Al-Ahram Hebdo, Monde | Les incertitudes de l’après-Musharraf
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Monde

Pakistan. Le départ du président Musharraf a mis à nu la fragilité de la coalition au pouvoir. Une coalition qui s’est déchirée après le retrait de l’un de ses deux piliers, Nawaz Sharif, à quelques jours des présidentielles du 6 septembre.  

Les incertitudes de l’après-Musharraf 

Une nouvelle page s’ouvre dans l’histoire du Pakistan qui doit élire le 6 septembre son nouveau président après la démission de Pervez Musharraf la semaine dernière. Selon la Constitution pakistanaise, le nouveau chef d’Etat sera désigné par les deux Assemblées parlementaires réunies en congrès et par les quatre Assemblées provinciales. Là, plusieurs questions s’imposent : l’éviction de Musharraf a-t-elle vraiment mis fin au chaos politique qui ronge le pays ? A-t-elle instauré la paix et la stabilité et réprimé les divisions politiques qui détournent l’attention des Pakistanais de leurs défis économiques et menaces terroristes provenant essentiellement des Talibans ?

A priori, la réponse semble négative car l’après-Musharraf s’avère l’une des ères les plus « complexes » de ce pays. Juste après la démission du général, les anciennes rivalités ont vite resurgi et la coalition au pouvoir, qui a poussé Musharraf à jeter l’éponge, est devenue de plus en plus « fragile ». Ce qui annonce des jours « difficiles » et une lutte acharnée pour la succession du président, surtout entre les deux leaders de la coalition au pouvoir, Asif Zardari, le veuf de Benazir Bhutto, chef du Parti du Peuple Pakistanais (PPP), et Nawaz Sharif, chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) et ex-premier ministre.

Selon les experts, la coalition a déjà commencé à avoir ses « fissures ». Lundi, une nouvelle surprise est venue fragiliser de plus en plus ce pays confronté à une montée dramatique de la violence talibane quand Nawaz Sharif, chef de la deuxième force politique du pays, a déclaré son retrait du gouvernement pour rejoindre l’opposition. Juste après son retrait, M. Sharif n’a pas tari de critiques à l’égard de son ex-partenaire Asif Zardari : « Aucun des engagements qu’il avait pris n’a été tenu. Cela nous contraint à retirer notre soutien à la coalition et à nous asseoir dans l’opposition », a-t-il déclaré. Pour marquer davantage la fin d’une période ponctuée sans cesse de querelles depuis la formation d’un gouvernement qui n’a jamais réussi à gouverner, M. Sharif a décidé, lundi, de présenter son propre candidat, l’ancien président de la Cour Suprême, Saeed uz Zaman Siddiqui, aux présidentielles du 6 septembre, contre M. Zardari qui a déjà proposé sa candidature en début de semaine au grand dam de Sharif.

Selon les experts, le retrait de Nawaz Sharif ne changera pas fondamentalement dans l’immédiat le paysage politique pakistanais : le PPP dispose toujours, grâce à l’appoint des autres petites formations de la coalition, d’une majorité à l’Assemblée nationale qui lui permet de gouverner. Mais, sur le long terme, avertissent les analystes, la tâche ne sera pas aisée pour le PPP, à la merci de petits partis « aux intérêts très divergents ».

 

Réhabilitation des magistrats

En effet, le retrait de Sharif a été le résultat des désaccords persistants qui ont surgi entre lui et M. Zardari quant à la politique future à suivre après la démission de Musharraf. Le principal point de discorde entre les deux portait sur la restauration des juges qui ont été limogés par le précédent chef de l’Etat. Alors que Sharif exige la réhabilitation rapide des magistrats, Asif Zardari semble beaucoup plus réticent ; il souhaite le rétablissement des juges, mais en maintenant ceux qui leur ont succédé et en excluant le président de la Cour Suprême, qui lui semble hostile. Selon sa future configuration, la juridiction suprême pourrait annuler tous les actes pris récemment par M. Musharraf, y compris un décret qui amnistiait M. Zardari de graves accusations de corruption, soulignent les experts. Ne pouvant pas convaincre son rival, Nawaz Sharif a menacé samedi de quitter le gouvernement très rapidement si un accord n’est pas trouvé : « Le limogeage des juges avait ébranlé les fondations du pays et il était nécessaire de les réintégrer », s’est justifié M. Sharif.

Accentuant la rivalité entre les deux hommes, Asif Zardari s’est officiellement déclaré samedi candidat à la présidentielle : « M. Zardari a été désigné à l’unanimité par son parti, le PPP », a annoncé le secrétaire général adjoint de cette formation, Raza Rabbani qui souligne que M. Zardari a été choisi en hommage à son épouse tuée dans un attentat au cours d’une manifestation en décembre 2007. Selon les experts, le candidat du PPP a une grande chance de l’emporter, s’il arrive à s’adjoindre, en plus de l’appui de sa formation politique, le soutien des petits partis. Le parti de la défunte Bhutto dispose de la majorité relative des sièges à l’Assemblée nationale. Le PPP peut donc compter sur la majorité absolue des suffrages au Parlement et dans les provinces grâce à l’apport des autres petites formations de l’actuelle coalition. Cette éventualité est loin de plaire à Nawaz Sharif, lequel a indiqué qu’il « souhaitait que le futur chef de l’Etat ne soit pas issu du PPP ».

Dans une toute première réaction à la candidature de Zardari, le porte-parole de la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N) a déclaré qu’il s’agissait de « la décision du seul PPP et en aucun cas celle des membres de la coalition ».

 

Les Talibans plus menaçants que jamais

Un pays sans chef. Un gouvernement déchiré. Un chaos politique et un avenir indécis. Le terrain était cette semaine bien fertile à l’épanouissement des Talibans. Après le départ de leur « bête noire », ces étudiants en théologie ont resurgi avec force cette semaine et étaient plus menaçants que jamais. Lundi, des membres des Talibans ont attaqué la maison du frère d’un député de la majorité dans le nord-ouest du Pakistan, tuant 8 personnes. La veille, au moins 6 personnes ont été également tuées lors d’une série d’attaques distinctes dans la vallée de Swat, dans le nord-ouest du Pakistan, où les forces de sécurité sont confrontées à la résistance des islamistes. Vendredi, un double attentat a frappé le pays quand deux kamikazes à pied ont massacré 64 ouvriers qui sortaient de la principale usine militaire d’armement du pays à Wah, près d’Islamabad. Ces attaques sont parmi les plus meurtrières de la vague sans précédent d’attentats qui a fait près de 1 200 morts dans tout le pays depuis un an. Elles ont entraîné la fuite de plus de 200 000 personnes habitant des zones tribales frontalières de l’Afghanistan, selon la Croix-Rouge internationale.

Un porte-parole des Talibans pakistanais, réputés proches d’Al-Qaëda, a menacé de lâcher ses kamikazes dans les plus grandes villes si l’armée ne cessait pas ses opérations contre eux dans les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l’Afghanistan.

De peur de voir ces attentats se multiplier, l’armée pakistanaise a déclenché, samedi et dimanche, une vaste offensive dans la vallée de Swat, dans le nord-ouest du pays, tuant jusqu’à 35 combattants islamistes. Le gouvernement a également placé toutes ses forces de sécurité en alerte maximum et renforcé la protection de ses sites stratégiques.

Lundi, Islamabad a interdit le principal mouvement des Talibans : « Le Tehreek-e-Taliban Pakistan (Mouvement des Talibans du Pakistan, TTP), considéré par Washington comme affilié au réseau Al-Qaëda, a été interdit en raison de son implication dans une série d’attentats suicide », a indiqué Rehman Malik, le directeur du département de l’Intérieur au cabinet du premier ministre. Le décret du département de l’Intérieur a ordonné le gel de tous les comptes en banques et des biens des organisations membres du TTP.

La menace islamiste est telle que certaines sources affirmaient samedi que de hauts responsables du Pentagone pensent que l’armée américaine doit entreprendre une opération isolée contre les militants islamistes présents dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan : « Des groupes terroristes radicaux dans les régions frontalières sapent et combattent le gouvernement central du Pakistan et ont installé des repaires et des bases d’entraînement », a déclaré un haut responsable américain sous couvert de l’anonymat. « Ils sont revenus et présentent un défi significatif », a-t-il dit, alors que de plus en plus de personnes au sein de l’Administration américaine s’interrogent sur l’efficacité du nouveau gouvernement d’Islamabad en matière de lutte contre les terroristes.

Maha Al-Cherbini

 




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