Al-Ahram Hebdo,Arts | La guerre des films
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Cinéma. Un long métrage intitulé Imam al-dam (l’imam du sang), sur la vie de l’ancien leader de la Révolution islamique d’Iran, l’ayatollah Khomeiny, est en préparation en réaction à la vive controverse soulevée après la diffusion d’un film iranien sur l’ancien président égyptien Sadate.

La guerre des films

Le torchon brûle entre Le Caire et Téhéran. C’est le documentaire produit par l’Iran, L’Exécution du pharaon qui vient d’attiser la tension entre les intellectuels et les politiciens des deux pays. Il relate l’assassinat de l’ancien président égyptien, Anouar Al-Sadate, en 1981. L’auteur du crime, Khaled Islamboulli, y est érigé en martyr alors que l’ex-chef de l’Etat égyptien y est décrit comme un « traître pour avoir signé, en 1978, les accords de Camp David, qui marquent la reconnaissance d’Israël par l’Egypte ».

Des remous au sujet de cette représentation satirique de Sadate ont bouleversé nombre de pays arabes. Côté égyptien, la réaction ne s’est pas faite attendre. Le 9 juillet dernier, le gouvernement a convoqué le chargé des intérêts iraniens au Caire, exigeant des éclaircissements sur ce film. Et c’est sur le terrain artistique et dramatique que l’Egypte a décidé de réagir.

« J’ai commencé la rédaction du scénario d’Imam al-dam (imam du sang) comme réaction furieuse mais civilisée aux railleries du documentaire iranien, vilipendé par tous les patriotes égyptiens », proclame Mohamad Hassan Al-Alfi, scénariste du film et rédacteur en chef du quotidien Al-Watani Al-Yom, porte-parole du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir).

En effet, l’écrivain est en voie de terminer la rédaction des premiers chapitres du scénario qui devra être réalisé par Mohamad Fadel, et qui contiendra plusieurs informations bien documentées sur la période du règne de Khomeiny et l’influence de ses idées islamiques sur les assassins de Sadate.

« J’essayerai de montrer comment l’idéologie de Khomeiny n’était pas basée sur des convictions religieuses, mais sur une passion pour l’effusion du sang et la violence », ajoute Al-Alfi.

Déjà au bout de deux mois de diffusion, le film iranien alimente les controverses et les débats. L’assistant du ministre égyptien des Affaires étrangères pour les affaires asiatiques, Tamer Khalil, avait convoqué Sayed Hossein Rajabi, chef de la section des intérêts iraniens au Caire pour s’enquérir des motifs iraniens. Il lui a fait comprendre que le film est préjudiciable aux relations entre les deux pays qui, depuis 1980, ne sont jamais parvenus à « normaliser » leurs rapports. Il affectera tout développement positif des relations bilatérales. Pour sa part, la famille du feu président Sadate a déclaré son intention d’attaquer en justice les producteurs iraniens du film documentaire, qui décrivait l’assassinat de Sadate en 1981 comme « le meurtre d’un traître par un martyr ».

L’Institut des recherches islamiques d’Al-Azhar a également critiqué le film, estimant qu’il est une « offense pour tous les Egyptiens ».

L’institut considère que l’accueil réservé par le président Sadate au schah d’Iran durant sa maladie et la visite de l’ancien président égyptien en Israël pour faire avancer la paix entre les deux pays étaient des preuves de sa sagesse et de son courage et non pas des actes de traîtrise, comme l’affirme le film.

D’autre part, la Fédération égyptienne de football avait déjà réagi à ce dénigrement, annulant le match amical qui devait opposer, le 20 août aux Emirats arabes unis, son équipe nationale à l’Iran. On observe alors le syndrome de la diplomatie du football. « Vu la popularité de ce sport, annuler un match de football est un moyen d’exprimer son mécontentement », explique une source de la Fédération égyptienne.

Néanmoins, plusieurs diplomates et analystes craignent que cette guerre des films n’ait des incidences néfastes sur les relations égypto-iraniennes, qui prenaient le chemin d’une entente diplomatique totale pour la première fois depuis 1979. Selon eux, la diffusion de ce genre de documentaires risque de couper court à ce rapprochement.

« Ce genre de films et de pratiques même artistiques pourraient enfreindre tous les codes et l’éthique diplomatique », souligne Karim Al-Zeini, chercheur auprès de l’Onu.

Il est à noter que l’Iran a rompu ses relations diplomatiques avec l’Egypte en 1980 en signe de protestation à la signature des accords de Camp David. Les relations entre les deux pays se sont encore envenimées lorsque les autorités iraniennes ont donné le nom de Khaled Islamboulli à une rue de Téhéran. Il y a eu cependant une période de détente entamée en 2004 lorsque l’Iran a annoncé vouloir débaptiser la rue et l’appeler Intifada en hommage aux Palestiniens. Mais cela n’a pas été officiellement fait puisque, aujourd’hui encore, l’appellation de cette rue demeure floue, variant entre Intifada et Islamboulli au gré des relations qu’entretiennent les deux pays.

A attendre alors l’effet du nouveau film égyptien, dont la diffusion ne serait certainement pas neutre.

Yasser Moheb

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