Cinéma.
Un long métrage intitulé Imam al-dam (l’imam du sang), sur
la vie de l’ancien leader de la Révolution islamique d’Iran,
l’ayatollah Khomeiny, est en préparation en réaction à la
vive controverse soulevée après la diffusion d’un film
iranien sur l’ancien président égyptien Sadate.
La guerre des films
Le
torchon brûle entre Le Caire et Téhéran. C’est le
documentaire produit par l’Iran, L’Exécution du pharaon qui
vient d’attiser la tension entre les intellectuels et les
politiciens des deux pays. Il relate l’assassinat de
l’ancien président égyptien, Anouar Al-Sadate, en 1981.
L’auteur du crime, Khaled Islamboulli, y est érigé en martyr
alors que l’ex-chef de l’Etat égyptien y est décrit comme un
« traître pour avoir signé, en 1978, les accords de Camp
David, qui marquent la reconnaissance d’Israël par l’Egypte
».
Des remous au sujet de cette représentation satirique de
Sadate ont bouleversé nombre de pays arabes. Côté égyptien,
la réaction ne s’est pas faite attendre. Le 9 juillet
dernier, le gouvernement a convoqué le chargé des intérêts
iraniens au Caire, exigeant des éclaircissements sur ce
film. Et c’est sur le terrain artistique et dramatique que
l’Egypte a décidé de réagir.
« J’ai commencé la rédaction du scénario d’Imam al-dam (imam
du sang) comme réaction furieuse mais civilisée aux
railleries du documentaire iranien, vilipendé par tous les
patriotes égyptiens », proclame Mohamad Hassan Al-Alfi,
scénariste du film et rédacteur en chef du quotidien Al-Watani
Al-Yom, porte-parole du Parti National Démocrate (PND, au
pouvoir).
En effet, l’écrivain est en voie de terminer la rédaction
des premiers chapitres du scénario qui devra être réalisé
par Mohamad Fadel, et qui contiendra plusieurs informations
bien documentées sur la période du règne de Khomeiny et
l’influence de ses idées islamiques sur les assassins de
Sadate.
« J’essayerai de montrer comment l’idéologie de Khomeiny
n’était pas basée sur des convictions religieuses, mais sur
une passion pour l’effusion du sang et la violence », ajoute
Al-Alfi.
Déjà au bout de deux mois de diffusion, le film iranien
alimente les controverses et les débats. L’assistant du
ministre égyptien des Affaires étrangères pour les affaires
asiatiques, Tamer Khalil, avait convoqué Sayed Hossein
Rajabi, chef de la section des intérêts iraniens au Caire
pour s’enquérir des motifs iraniens. Il lui a fait
comprendre que le film est préjudiciable aux relations entre
les deux pays qui, depuis 1980, ne sont jamais parvenus à «
normaliser » leurs rapports. Il affectera tout développement
positif des relations bilatérales. Pour sa part, la famille
du feu président Sadate a déclaré son intention d’attaquer
en justice les producteurs iraniens du film documentaire,
qui décrivait l’assassinat de Sadate en 1981 comme « le
meurtre d’un traître par un martyr ».
L’Institut des recherches islamiques d’Al-Azhar a également
critiqué le film, estimant qu’il est une « offense pour tous
les Egyptiens ».
L’institut considère que l’accueil réservé par le président
Sadate au schah d’Iran durant sa maladie et la visite de
l’ancien président égyptien en Israël pour faire avancer la
paix entre les deux pays étaient des preuves de sa sagesse
et de son courage et non pas des actes de traîtrise, comme
l’affirme le film.
D’autre part, la Fédération égyptienne de football avait
déjà réagi à ce dénigrement, annulant le match amical qui
devait opposer, le 20 août aux Emirats arabes unis, son
équipe nationale à l’Iran. On observe alors le syndrome de
la diplomatie du football. « Vu la popularité de ce sport,
annuler un match de football est un moyen d’exprimer son
mécontentement », explique une source de la Fédération
égyptienne.
Néanmoins, plusieurs diplomates et analystes craignent que
cette guerre des films n’ait des incidences néfastes sur les
relations égypto-iraniennes, qui prenaient le chemin d’une
entente diplomatique totale pour la première fois depuis
1979. Selon eux, la diffusion de ce genre de documentaires
risque de couper court à ce rapprochement.
« Ce genre de films et de pratiques même artistiques
pourraient enfreindre tous les codes et l’éthique
diplomatique », souligne Karim Al-Zeini, chercheur auprès de
l’Onu.
Il est à noter que l’Iran a rompu ses relations
diplomatiques avec l’Egypte en 1980 en signe de protestation
à la signature des accords de Camp David. Les relations
entre les deux pays se sont encore envenimées lorsque les
autorités iraniennes ont donné le nom de Khaled Islamboulli
à une rue de Téhéran. Il y a eu cependant une période de
détente entamée en 2004 lorsque l’Iran a annoncé vouloir
débaptiser la rue et l’appeler Intifada en hommage aux
Palestiniens. Mais cela n’a pas été officiellement fait
puisque, aujourd’hui encore, l’appellation de cette rue
demeure floue, variant entre Intifada et Islamboulli au gré
des relations qu’entretiennent les deux pays.
A attendre alors l’effet du nouveau film égyptien, dont la
diffusion ne serait certainement pas neutre.
Yasser Moheb