Exposition.
Entre acryliques, peintures ou dessins à l’encre, l’artiste
alexandrin Esmat Dawestachi explore un monde à lui,
entièrement inspiré des marcs de café.
L’âme dans une tasse
Une
tasse de café pourrait résumer tout le parcours de Esmat
Dawestachi. Car le peintre est surtout réputé pour ses
œuvres simulant les marcs de café, recréant des personnages
fantasmagoriques. Comme des djinns venant de quitter leurs
lampes. C’est cette ambiance magique qui caractérise
l’exposition actuelle de Dawestachi, Magie de l’imagination,
au Centre culturel français d’Alexandrie.
Quelque 35 tableaux (couleurs et noir et blanc) occupent la
plupart des murs du rez-de-chaussée. Acryliques, peintures
ou dessins à l’encre, les genres sont différents. « Chacune
de mes expositions doit avoir un thème spécial. Par exemple,
la toute dernière portait sur les lignes de la main, avec
notamment des dessins sur des mains ... Une autre exposition
datant d’il y a 3 mois en France était centrée sur le
rideau. Et la prochaine parlera des amoureux, du rapport
homme-femme », explique Dawestachi.
Une fois son café bu, le peintre se penche sur la tasse pour
interpréter les formes faites par le marc. Elles se
confondent toutes et Dawestachi s’en inspire. « Ces petits
dessins peuvent être en relation avec l’état psychique du
buveur de café. On peut y trouver une histoire complète, des
signes d’amour, de guerre ... La tasse de café, c’est
quasiment tout le patrimoine humain », ajoute le peintre
alexandrin qui a réalisé près de 500 tableaux grâce aux
marcs de café. Même les dégradés des tons possèdent à ses
yeux des significations différentes. Sur l’un des tableaux
exposés, figurent des personnages en train de converser : le
bleu signifie la solidarité, le rouge synonyme de
révolution, le vert est l’espoir et le blanc en pointillé
donne un sentiment d’inquiétude.
Un autre tableau raconte l’histoire de Hassan, un brave
garçon sur son cheval. Derrière lui, il y a la princesse et
devant, un serpent. Il est en danger, mais une bonne fée
veille sur lui. Les contes se perpétuent. En noir et blanc,
le sens dramatique est exacerbé comme sur une pellicule
cinématographique.
Esmat Dawestachi a commencé par étudier la sculpture aux
beaux-arts d’Alexandrie en 1967. Ses œuvres ont des
penchants très abstraits, puis il a eu recours aux collages
et s’est beaucoup inspiré de la photographie qu’il maîtrise.
« J’ai eu un coup de cœur pour la peinture et j’ai essayé de
trouver un style nouveau dans les années 1970, puisant
surtout dans le surréalisme et le dadaïsme. Le cinéma m’a
beaucoup intéressé également. J’ai tout essayé, des couleurs
violentes avec des noirs plus profonds », indique Dawestachi
dont les formes plutôt courbes abondent de symboles. On
tisse de petites histoires à l’infini, c’est justement la
magie de l’imagination qui prend forme. Cette magie est
commune entre l’artiste-narrateur et le récepteur qui
devient lui aussi narrateur au bout du compte. Car si l’on
prend part au jeu, on commence à capter des signes et des
personnages pour en faire notre propre version de
l’histoire.
Samar
Zarée