Musique.
Fonder un centre permanent de jazz en Egypte et compiler 50
ans de sa carrière, voilà ce qui anime actuellement le
batteur égyptien Yéhia Khalil. Il prépare aussi deux
concerts pour le mois de Ramadan.
Un jazzman en mission
Fonder
une entreprise égyptienne pour la diffusion de la culture et
des arts du jazz en Egypte, c’est l’objectif que s’est fixé
le jazzman égyptien de réputation mondiale Yéhia Khalil. Ce
projet verra bientôt le jour. Une telle ambition est en fait
inhérente à cette personnalité dynamique et persévérante,
qu’il déploie dans sa vie comme sur scène. Car il est le
premier à avoir introduit ce style de musique en Egypte et
dans le monde arabe. C’est lui qui a consacré 50 ans de sa
vie à cet art raffiné, qui touche de près ses émotions et
ses sensations.
Entre sa façon d’agir sur scène, ses frappes énergiques et
rapides, se crée une belle fusion qui fascine toujours ses
fans. Lui qui a débuté sa carrière à un âge très précoce a
formé à l’âge de 13 ans une petite troupe de jazz, le Cairo
Jazz Quartet. Ne trouvant pas, dans les années 1960, un
grand écho en Egypte, en raison d’un manque de liberté
d’expression, le jeune homme n’a pas hésité à l’âge de 21
ans à partir aux Etats-Unis et à étudier dans l’école de
jazz la plus réputée, la Old Roy Knapp. C’est donc dans le
berceau du jazz que Yéhia Khalil s’est retrouvé, entouré de
« ses idoles du jazz », comme Louis Armstrong, Duke
Ellington, Miles David et John Coltrane et surtout le fameux
batteur Gene Krupa. Pendant les 15 ans qu’il passe aux
Etats-Unis, Yéhia Khalil a l’occasion de jouer aux côtés des
pionniers du jazz que sont Oliver Jones, Dave Young, John
Lee, Van Freeman et le grand Dizzy Gillespie. C’est avec ce
dernier qu’il a participé à la cérémonie d’ouverture du
nouvel Opéra du Caire en 1989.
Armé d’une solide formation et expérience de jazz
occidental, Yéhia Khalil a voulu, de retour en Egypte,
marquer à son tour cet art international d’une touche
proprement égyptienne. C’est dans la fusion entre les
rythmes occidentaux et orientaux qu’il a trouvé
l’inspiration pour sa formation en 1979. « Le jazz est cet
art qui, au cours de son évolution, accepte l’intégration de
nombreuses influences et se prête à de nombreux métissages
musicaux, comme le blues, le rock, la musique latine et le
world-beat. Le jazz est une musique qui inclut souvent des
qualités comme le swing, l’improvisation, l’interaction en
groupe et le développement d’une voix individuelle … »,
souligne Khalil qui s’est servi des nombreuses variantes
pour créer une nouvelle forme créative de jazz occidental
(avec guitare, basse, batterie, saxophone et congas), nimbée
d’une saveur orientale (avec les darboukas, daff, qanoun,
nay et mizmar). Introductions dynamiques, variations vives,
tempos entraînants et équilibre sonore créent une belle
section rythmique ... Ce qui caractérise la troupe de Yéhia
Khalil, formée de jeunes musiciens, c’est la liberté dont
ils disposent pour se déplacer et improviser. Parfois, ils
sont même accompagnés d’une chanteuse étrangère ou d’une
danseuse du ventre. C’est à travers cette diversité
ethnique, par le biais des instruments utilisés et les
invités engagés, que Khalil développe un beau dialogue
interculturel. « Le Jazz jouit d’une certaine magie, capable
d’attirer autour d’elle tous les hommes du monde, à la
différence de leurs cultures et origines. Le jazz est la
musique de l’homme contemporain. Une musique capable de
faire réaliser aux hommes leurs espoirs, joies, espérances,
dépressions et même leurs rêves », dévoile Khalil.
Il n’a pas tardé à participer à différentes festivités
musicales : Festival international de jazz en Afrique du
Sud, à Cape Town en 2007, Bransko International Jazz en
Bulgarie en 2007, et célébration des 100 ans du quartier
d’Héliopolis en 2005.
Tournées dans divers gouvernorats
Toujours en mission, Yéhia Khalil conçoit dans un avenir
proche d’élargir le champ de ses concerts, limités
actuellement à quatre concerts par an, entre l’Opéra du
Caire et celui d’Alexandrie. « Je ne trouve pas beaucoup de
soutien auprès de l’Opéra du Caire, alors avec mon
entreprise propre, je pourrai diffuser ma musique plus
amplement et librement », souligne Yéhia Khalil.
Son entreprise de promotion et de diffusion du jazz en
Egypte ne se limitera pas à produire des concerts. Elle aura
aussi comme mission de créer un centre d’apprentissage pour
les jeunes jazzmen les plus doués de leur génération. C’est
par le biais de cette entreprise que la formation de Yéhia
Khalil aura l’occasion de réaliser des tournées dans les
divers gouvernorats d’Egypte, d’organiser des festivals de
films de jazz et des festivals mondiaux de jazz, afin
d’inviter en Egypte les géants mondiaux du jazz. Une manière
de rapprocher cet art autonome à la jeune génération avide
de s’exprimer plus librement. Justement pour celle-ci que
Yéhia Khalil achève en ce moment même un CD, Iqaa al-roh (le
rythme de l’âme) qui présentera les derniers arrangements
musicaux de jazz occidental aux côtés d’autres à la saveur
purement orientale. Ce CD qui sera lancé dans moins d’un
mois célébrera 50 ans de musique signée Yéhia Khalil.
Névine Lameï