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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Arts

Musique. Fonder un centre permanent de jazz en Egypte et compiler 50 ans de sa carrière, voilà ce qui anime actuellement le batteur égyptien Yéhia Khalil. Il prépare aussi deux concerts pour le mois de Ramadan.

Un jazzman en mission

Fonder une entreprise égyptienne pour la diffusion de la culture et des arts du jazz en Egypte, c’est l’objectif que s’est fixé le jazzman égyptien de réputation mondiale Yéhia Khalil. Ce projet verra bientôt le jour. Une telle ambition est en fait inhérente à cette personnalité dynamique et persévérante, qu’il déploie dans sa vie comme sur scène. Car il est le premier à avoir introduit ce style de musique en Egypte et dans le monde arabe. C’est lui qui a consacré 50 ans de sa vie à cet art raffiné, qui touche de près ses émotions et ses sensations.

Entre sa façon d’agir sur scène, ses frappes énergiques et rapides, se crée une belle fusion qui fascine toujours ses fans. Lui qui a débuté sa carrière à un âge très précoce a formé à l’âge de 13 ans une petite troupe de jazz, le Cairo Jazz Quartet. Ne trouvant pas, dans les années 1960, un grand écho en Egypte, en raison d’un manque de liberté d’expression, le jeune homme n’a pas hésité à l’âge de 21 ans à partir aux Etats-Unis et à étudier dans l’école de jazz la plus réputée, la Old Roy Knapp. C’est donc dans le berceau du jazz que Yéhia Khalil s’est retrouvé, entouré de « ses idoles du jazz », comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Miles David et John Coltrane et surtout le fameux batteur Gene Krupa. Pendant les 15 ans qu’il passe aux Etats-Unis, Yéhia Khalil a l’occasion de jouer aux côtés des pionniers du jazz que sont Oliver Jones, Dave Young, John Lee, Van Freeman et le grand Dizzy Gillespie. C’est avec ce dernier qu’il a participé à la cérémonie d’ouverture du nouvel Opéra du Caire en 1989.

Armé d’une solide formation et expérience de jazz occidental, Yéhia Khalil a voulu, de retour en Egypte, marquer à son tour cet art international d’une touche proprement égyptienne. C’est dans la fusion entre les rythmes occidentaux et orientaux qu’il a trouvé l’inspiration pour sa formation en 1979. « Le jazz est cet art qui, au cours de son évolution, accepte l’intégration de nombreuses influences et se prête à de nombreux métissages musicaux, comme le blues, le rock, la musique latine et le world-beat. Le jazz est une musique qui inclut souvent des qualités comme le swing, l’improvisation, l’interaction en groupe et le développement d’une voix individuelle … », souligne Khalil qui s’est servi des nombreuses variantes pour créer une nouvelle forme créative de jazz occidental (avec guitare, basse, batterie, saxophone et congas), nimbée d’une saveur orientale (avec les darboukas, daff, qanoun, nay et mizmar). Introductions dynamiques, variations vives, tempos entraînants et équilibre sonore créent une belle section rythmique ... Ce qui caractérise la troupe de Yéhia Khalil, formée de jeunes musiciens, c’est la liberté dont ils disposent pour se déplacer et improviser. Parfois, ils sont même accompagnés d’une chanteuse étrangère ou d’une danseuse du ventre. C’est à travers cette diversité ethnique, par le biais des instruments utilisés et les invités engagés, que Khalil développe un beau dialogue interculturel. « Le Jazz jouit d’une certaine magie, capable d’attirer autour d’elle tous les hommes du monde, à la différence de leurs cultures et origines. Le jazz est la musique de l’homme contemporain. Une musique capable de faire réaliser aux hommes leurs espoirs, joies, espérances, dépressions et même leurs rêves », dévoile Khalil.

Il n’a pas tardé à participer à différentes festivités musicales : Festival international de jazz en Afrique du Sud, à Cape Town en 2007, Bransko International Jazz en Bulgarie en 2007, et célébration des 100 ans du quartier d’Héliopolis en 2005.

 

Tournées dans divers gouvernorats

Toujours en mission, Yéhia Khalil conçoit dans un avenir proche d’élargir le champ de ses concerts, limités actuellement à quatre concerts par an, entre l’Opéra du Caire et celui d’Alexandrie. « Je ne trouve pas beaucoup de soutien auprès de l’Opéra du Caire, alors avec mon entreprise propre, je pourrai diffuser ma musique plus amplement et librement », souligne Yéhia Khalil.

Son entreprise de promotion et de diffusion du jazz en Egypte ne se limitera pas à produire des concerts. Elle aura aussi comme mission de créer un centre d’apprentissage pour les jeunes jazzmen les plus doués de leur génération. C’est par le biais de cette entreprise que la formation de Yéhia Khalil aura l’occasion de réaliser des tournées dans les divers gouvernorats d’Egypte, d’organiser des festivals de films de jazz et des festivals mondiaux de jazz, afin d’inviter en Egypte les géants mondiaux du jazz. Une manière de rapprocher cet art autonome à la jeune génération avide de s’exprimer plus librement. Justement pour celle-ci que Yéhia Khalil achève en ce moment même un CD, Iqaa al-roh (le rythme de l’âme) qui présentera les derniers arrangements musicaux de jazz occidental aux côtés d’autres à la saveur purement orientale. Ce CD qui sera lancé dans moins d’un mois célébrera 50 ans de musique signée Yéhia Khalil.

Névine Lameï

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