Zambie.
La disparition du président Levy Mwanawasa ouvre une période
d’incertitude dans un pays parmi les plus pauvres du monde.
Course à la succession
L’avenir politique de la Zambie apparaît incertain au
lendemain du décès, la semaine dernière, de son président
Levy Mwanawasa dans un hôpital parisien, aucune personnalité
ne se détachant clairement pour lui succéder dans les
prochains mois. Et au-delà se pose la question de l’héritage
politique et économique de ce président.
M. Mwanawasa avait gagné les faveurs de l’Occident en menant
une politique économique orthodoxe et en osant critiquer son
homologue zimbabwéen Robert Mugabe, malgré le silence de la
région. Sa mort laisse son parti, le Mouvement pour la
démocratie multipartite (MMD), désemparé. Sans leader
naturel, la course à la succession est ouverte et pas moins
de 19 candidats se sont déclarés. Pour l’instant le
vice-président Rupiah Banda assure l’intérim jusqu’à
l’organisation d’une élection dans les 90 jours.
« Si le MMD ne se rallie pas derrière le vice-président, les
chances pour l’opposition de remporter l’élection seront
très grandes », explique Lee Habasonda, directeur exécutif
du Centre d’Afrique australe pour la résolution constructive
des conflits (Saccord). M. Banda, un diplomate de 71 ans,
est largement perçu comme un outsider, qui a été propulsé
dans les hautes sphères de l’Etat par M. Mwanawasa et de
nombreuses voix se sont élevées pour mettre en cause sa
légitimité. Mais « Banda peut attirer un vote de sympathie
», estime l’analyste. Que ce soit lui ou un autre membre du
MDD choisi comme candidat, une chose est sûre : il ou elle
devra faire face à l’impopularité croissante du
gouvernement.
Le
président Mwanawasa avait fait son cheval de bataille de la
lutte contre la corruption et le contrôle de l’inflation.
Mais durant les sept semaines de coma du chef de l’Etat,
victime d’une attaque cérébrale fin juin, les ministres se
sont octroyé de fortes augmentations de salaires. Dans ce
pays de près de 12 millions d’habitants, dont 64 % vivent en
dessous du seuil de pauvreté (moins d’un dollar par jour),
cette annonce a alimenté le mécontentement alors que les
prix des produits de première nécessité et de l’essence
n’ont cessé d’augmenter.
Après
plusieurs années de stagnation, Levy Mwanawasa avait
bénéficié d’une période de croissance économique liée à la
hausse des prix du cuivre. Sa politique lui avait valu le
soutien des bailleurs de fonds internationaux, qui avaient
accepté en 2005 d’annuler la quasi-totalité de sa dette,
d’un montant de 7,2 milliards de dollars. M. Mwanawasa était
ainsi apprécié des bailleurs de fonds internationaux pour sa
politique économique et son combat contre la corruption dans
un pays qui est l’un des principaux producteurs mondiaux de
cuivre. Mais ces réussites ne masquent pas son échec dans la
lutte contre la pauvreté. Un échec qu’il avait assumé en
2005, en présentant ses excuses à la nation. Ainsi, et
malgré une croissance économique soutenue, la Zambie se
classe toujours en 165e position sur 177, au classement de
l’Onu des Indices de Développement Humain (IDH).
L’impopularité du gouvernement, en raison de son échec dans
la lutte contre la pauvreté, pourrait favoriser l’opposition,
dont les deux principaux partis, le Front patriotique (PF)
et le Parti uni pour le développement national (UPND), sont
en pourparlers pour présenter un candidat unique. Si ces
deux partis y parviennent, ils ont une réelle chance de
gagner. Et si le chef du PF, Michael Sata, mène la campagne,
comme il l’avait fait en 2006, la politique de la Zambie est
susceptible de prendre une toute autre orientation.
Populiste et très proche du président zimbabwéen, il
pourrait rejoindre le clan des leaders régionaux
complaisants envers Robert Mugabe, alors que Levy Mwanawasa
n’a cessé de dénoncer ses exactions. C’est ainsi que le chef
de l’opposition zimbabwéenne Morgan Tsvangirai a estimé que
« son décès était un jour triste pour les Zimbabwéens
aspirant aujourd’hui à un nouveau départ, incontestablement
démocratique ». Michael Sata, qui a souvent accusé le
gouvernement de ne pas faire assez contre la pauvreté et
d’avoir vendu le pays aux Chinois — qui possèdent la plupart
des mines de cuivre —, pourrait également infléchir la
politique économique.
Hicham Mourad