Al-Ahram Hebdo, Afrique | Course à la succession
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 Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729

 

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Afrique

Zambie. La disparition du président Levy Mwanawasa ouvre une période d’incertitude dans un pays parmi les plus pauvres du monde. 

Course à la succession 

L’avenir politique de la Zambie apparaît incertain au lendemain du décès, la semaine dernière, de son président Levy Mwanawasa dans un hôpital parisien, aucune personnalité ne se détachant clairement pour lui succéder dans les prochains mois. Et au-delà se pose la question de l’héritage politique et économique de ce président.

M. Mwanawasa avait gagné les faveurs de l’Occident en menant une politique économique orthodoxe et en osant critiquer son homologue zimbabwéen Robert Mugabe, malgré le silence de la région. Sa mort laisse son parti, le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD), désemparé. Sans leader naturel, la course à la succession est ouverte et pas moins de 19 candidats se sont déclarés. Pour l’instant le vice-président Rupiah Banda assure l’intérim jusqu’à l’organisation d’une élection dans les 90 jours.

« Si le MMD ne se rallie pas derrière le vice-président, les chances pour l’opposition de remporter l’élection seront très grandes », explique Lee Habasonda, directeur exécutif du Centre d’Afrique australe pour la résolution constructive des conflits (Saccord). M. Banda, un diplomate de 71 ans, est largement perçu comme un outsider, qui a été propulsé dans les hautes sphères de l’Etat par M. Mwanawasa et de nombreuses voix se sont élevées pour mettre en cause sa légitimité. Mais « Banda peut attirer un vote de sympathie », estime l’analyste. Que ce soit lui ou un autre membre du MDD choisi comme candidat, une chose est sûre : il ou elle devra faire face à l’impopularité croissante du gouvernement.

Le président Mwanawasa avait fait son cheval de bataille de la lutte contre la corruption et le contrôle de l’inflation. Mais durant les sept semaines de coma du chef de l’Etat, victime d’une attaque cérébrale fin juin, les ministres se sont octroyé de fortes augmentations de salaires. Dans ce pays de près de 12 millions d’habitants, dont 64 % vivent en dessous du seuil de pauvreté (moins d’un dollar par jour), cette annonce a alimenté le mécontentement alors que les prix des produits de première nécessité et de l’essence n’ont cessé d’augmenter.

Après plusieurs années de stagnation, Levy Mwanawasa avait bénéficié d’une période de croissance économique liée à la hausse des prix du cuivre. Sa politique lui avait valu le soutien des bailleurs de fonds internationaux, qui avaient accepté en 2005 d’annuler la quasi-totalité de sa dette, d’un montant de 7,2 milliards de dollars. M. Mwanawasa était ainsi apprécié des bailleurs de fonds internationaux pour sa politique économique et son combat contre la corruption dans un pays qui est l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre. Mais ces réussites ne masquent pas son échec dans la lutte contre la pauvreté. Un échec qu’il avait assumé en 2005, en présentant ses excuses à la nation. Ainsi, et malgré une croissance économique soutenue, la Zambie se classe toujours en 165e position sur 177, au classement de l’Onu des Indices de Développement Humain (IDH).

L’impopularité du gouvernement, en raison de son échec dans la lutte contre la pauvreté, pourrait favoriser l’opposition, dont les deux principaux partis, le Front patriotique (PF) et le Parti uni pour le développement national (UPND), sont en pourparlers pour présenter un candidat unique. Si ces deux partis y parviennent, ils ont une réelle chance de gagner. Et si le chef du PF, Michael Sata, mène la campagne, comme il l’avait fait en 2006, la politique de la Zambie est susceptible de prendre une toute autre orientation. Populiste et très proche du président zimbabwéen, il pourrait rejoindre le clan des leaders régionaux complaisants envers Robert Mugabe, alors que Levy Mwanawasa n’a cessé de dénoncer ses exactions. C’est ainsi que le chef de l’opposition zimbabwéenne Morgan Tsvangirai a estimé que « son décès était un jour triste pour les Zimbabwéens aspirant aujourd’hui à un nouveau départ, incontestablement démocratique ». Michael Sata, qui a souvent accusé le gouvernement de ne pas faire assez contre la pauvreté et d’avoir vendu le pays aux Chinois — qui possèdent la plupart des mines de cuivre —, pourrait également infléchir la politique économique.

Hicham Mourad

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