Somalie.
Après avoir défait les forces gouvernementales, les insurgés
islamistes ont pris le contrôle de Kismayo, la principale
ville du Sud. Une situation qui augmente l’instabilité et
l’insécurité dans le pays.
Menace islamiste
Une
fois de plus, la somalie est menacée par la violence. Le
pays a été le théâtre cette semaine d’accrochages meurtriers
entre des milices locales et des insurgés islamistes. Et,
après plusieurs jours de vive tension entre les deux camps,
les insurgés ont pris vendredi dernier le contrôle de
Kismayo le grand port au sud de la capitale somalienne. Ces
violents affrontements ont fait un lourd bilan. Au moins 41
personnes, combattants et civils confondus, ont été tuées et
quelque 135 personnes ont été blessées. Les combattants
islamistes avaient perdu il y a un an et demi les régions
somaliennes qu’ils contrôlaient depuis six mois, dont le
port de Kismayo.
Depuis, des insurgés mènent régulièrement des attaques
meurtrières quasi quotidiennes visant en particulier les
soldats éthiopiens et somaliens et des représentants du
gouvernement essentiellement à Mogadiscio, ravagée par
dix-sept ans de guerre civile. Ces insurgés souvent nommé
les « shebabs », forment un groupe dissident des Tribunaux
islamiques. Ces derniers ont quitté le pays mais ces jeunes
combattants sont restés en Somalie, notamment à Mogadiscio,
où ils mènent une lutte acharnée de guérilla. En reprenant
Kismayo, il s’agit d’une nouvelle démonstration de force
pour ces combattants, surtout au lendemain du renouvellement
pour six mois par le Conseil de sécurité de l’Onu du mandat
de la force de l’Union africaine en Somalie (l’Amisom).
Cette décision de l’Onu n’est pas la seule raison qui a
conduit à ces combats. Il s’agit d’un accord de paix signé
le 18 août entre le gouvernement du président somalien
Adullahi Yusuf et certaines personnalités de l’opposition
lors de négociations parrainées par l’Onu. L’accord prévoit
notamment le déploiement rapide de troupes de maintien de la
paix de l’Onu pour mettre un terme aux conflits dans ce
pays. Mais cet accord a été rejeté par les insurgés
islamistes et par les partisans d’une ligne dure au sein de
l’opposition.
Quant au représentant spécial de l’Onu pour la Somalie,
Ahmedou Ould Abdallah, il a annoncé que la raison véritable
de ces derniers combats réside « dans la prise de contrôle
du port et de ses ressources » et non, comme l’a avancé un
porte-parole des insurgés vendredi, cheikh Muktar Robow,
dans la volonté de chasser « les milices locales ». La ville
portuaire était jusqu’à vendredi contrôlée par des forces
gouvernementales dirigées par le colonel et membre du
Parlement Aden Bare Shire, surnommé « Hirale ». Mais, un de
ces commandants, Mohamud Hassan, a toutefois minimisé
l’entrée des islamistes en ville, assurant que ses hommes
avaient effectué « un repli tactique afin d’épargner la
population civile ». « Les insurgés n’ont pas pris
entièrement (la ville) et nos forces vont reprendre le
contrôle de Kismayo très rapidement », a-t-il promis.
Si le départ de ces miliciens de la région de Kismayo se
confirmait de la part du gouvernement somalien, les
islamistes auraient les mains complètement libres dans la
ville portuaire : les forces du gouvernement de transition
somalien, celles de son allié éthiopien et de l’Amisom sont
complètement absentes de cette région.
A la demande du gouvernement de transition, les troupes
éthiopiennes sont intervenues officiellement fin 2006 en
Somalie, et elles ont mis en déroute les Tribunaux
islamiques qui contrôlaient depuis six mois la majeure
partie du sud et du centre de ce pays en guerre civile
depuis 1991. Les Ethiopiens s’étaient retirés de Kismayo en
mars 2007 et avaient remis le port aux autorités
somaliennes. En dépit de l’absence de l’armée éthiopienne à
Kismayo, la prise de cette ville constitue un nouveau coup
d’éclat des insurgés, fidèles à leur rejet catégorique des
pourparlers de Djibouti. Ces pourparlers ont conduit à la
conclusion le 9 juin d’un accord de cessez-le-feu entre une
partie de l’opposition somalienne emmenée par les islamistes
et le gouvernement somalien. Un accord devait entrer en
vigueur le 9 juillet pour une période de trois mois
renouvelables. Mais les insurgés ont rejeté cet accord et
les combats n’ont pas cessé. Le gouvernement fédéral de
transition ne contrôle qu’une infime partie du pays.
Maha
Salem