Al-Ahram Hebdo, Visages | Hayfaa Wahbi,  Un rêve les yeux ouverts
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 26 août 2008, numéro 728

 

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Visages

La chanteuse libanaise Hayfaa Wahbi est devenue en cinq ans l’icône de la sensualité dans le monde arabe. Elle s’apprête aujourd’hui à réaliser une autre de ses ambitions : devenir actrice. Et sans doute déchaîner d’autres passions ...  

Un rêve les yeux ouverts 

Hayfaa Wahbi est au septième ciel. Il y a juste quelques jours, elle a commencé les derniers préparatifs pour le tournage de son premier vrai rôle au cinéma, dans le film Dokkane Chéhata (boutique de Chéhata). Durant cette même année, elle a eu plusieurs autres succès : deux hommages au Liban et en Tunisie et une dizaine de concerts partout dans les pays arabes. « C’était l’un de mes rêves de devenir actrice et surtout de jouer dans un film égyptien ! », s’exclame-t-elle. Mais elle a des antécédents face à la caméra, ayant participé cette année à la comédie musicale Bahr al-nogoum (mer des stars). « Dans Dokkane Chéhata, j’incarne le rôle d’une jeune fille mi-libanaise mi-égyptienne qui s’éprend d’un jeune Egyptien vivant dans l’un des quartiers populaires du Caire », explique Hayfaa qui a trouvé en ce rôle une image qui lui convient, une belle femme à l’allure libre.

Hayfaa Wahbi est la chanteuse libanaise la plus à la mode. Comme ses compatriotes Nancy Agram ou Myriam Farès, elle chante sur une musique traditionnelle fortement imprégnée de pop, que les DJ remixent pour les soirées orientales. Elle a aujourd’hui plus de quarante ans et c’est l’une des chanteuses arabes les plus célèbres de ces dernières années. C’est avec talent, travail et un style propre qu’elle a réussi à se faire un nom.

Fille d’une mère égyptienne et d’un père libanais parents de trois filles, Hayfaa Wahbi sent très vite couler en elle les bons côtés de la mixité, comme les rythmes libanais et le goût égyptien assez oriental. C’est au cœur de cette mixité culturelle qu’elle grandit, à Mahrouna, un petit village au Sud-Liban.

Dès son plus jeune âge, en chantant et dansant à l’école, elle montre des signes évidents de talent. C’est lorsqu’elle a été placée en pensionnat, entre 6 à 18 ans avec l’une de ses sœurs, qu’elle a appris à ne compter que sur elle-même. Sa mère voulait lui assurer une éducation stricte. Et le plus important : elle a découvert la musique. « C’était dur de passer mon enfance loin de mes parents, je ne comprenais pas à l’époque le motif qui les avait conduits à prendre cette décision. Après cette expérience, je n’ai plus jamais été la même. Si un jour je deviens mère à mon tour, je ne reproduirai pas l’erreur de priver mes petits de tendresse maternelle ».

Sa mère découvre le potentiel de Hayfaa pendant ses sept ans. Connue comme la mélomane de la famille, la mère transmet à sa fille sa passion pour la musique et lui enseigne les techniques de chant. Alors qu’elle fredonnait une ancienne chanson d’Oum Kalsoum, elle fit une fausse note. La petite Hayfaa lui fit alors remarquer et rechanta le passage correctement. Sa mère lui donne des cours de chant, et bientôt Hayfaa y concentre toute son énergie. La nuit, elle écoute en cachette sous son oreiller ses idoles telles que Fairouz, Chadia, Soad Hosni et ne rêve plus que d’une chose : devenir star ! « Tout le monde trouvait cette idée assez naïve, car je lançais le mot artiste rapidement et sans penser à ce que ce qu’il implique véritablement ».

Avec une voix exceptionnelle, la petite Hayfaa exploite ce don dans des concours de jeunes talents. C’est à l’âge de 16 ans qu’elle a fait sa première apparition dans les concours de beauté et, quelques années plus tard, gagne la seconde place lors de l’élection de Miss Liban de 1995. Ce succès lui permet de participer à de nombreux défilés de mode et d’apparaître dans plus d’une centaine de magazines. Les dés ainsi jetés, elle revoit sa trajectoire par le filtre de la belle vedette qu’elle est devenue.

« Pour moi, être belle c’est un don de Dieu. Mais ce n’est pas tout pour devenir star. Je peux vous citer une longue liste de belles femmes qui n’ont pas rencontré le succès parce qu’elles ne se sont reposées que sur leur beauté. Ce qui compte pour moi, ce sont les expériences acquises par le travail, qui ont forgé vraiment ma personnalité et toute ma carrière ». Toutefois, elle a soulevé une grande polémique en faisant il y a quelques mois une assurance sur son corps pour des millions de dollars. Elle se défend : « C’est un système connu et appliqué par tous dans le monde, donc je ne suis pas innovatrice ! ».

Sa combinaison de charme, de présence, d’élégance et d’allure a conduit ses fans et les sociétés de disques à la convaincre de poursuivre une carrière de chanteuse. La plupart de ses chansons sont un mélange de style Gypsy Kings occidental et de rythme oriental, une tendance assez classique aujourd’hui sur la scène musicale arabe. Hayfaa Wahbi a connu un succès immédiat en 2003 avec son premier album, Howa al-zamane (c’est le temps), bénéficiant de la « vague libanophile » qui agitait le monde musical depuis les premiers enregistrements d’Elissa.

Hayfaa est connue pour son physique spectaculaire, mais la femme qui se cache derrière la beauté, et qui a le plus fait la une des magazines people de la région, est simple et dotée d’une personnalité parfois anxieuse. « Je deviens triste et effrayée en imaginant perdre un jour le succès que le public m’a offert. Pour moi, c’est un vrai cauchemar ».

Au-delà de son image de Cendrillon et de petite fille parfaite d’autrefois, Hayfaa veut se sentir libre et s’habille donc de façon sexy, ce qui lui vaut énormément de critiques. Mais elle s’en moque et affirme que c’est là « la vraie Hayfaa ». Elle se veut provocante et attirante : c’est gagné, puisque son ascension musicale et populaire ne fait que croître. « Je ne me trouve pas du tout osée dans mon comportement ni mes vêtements. Je porte des robes que portent la majorité des jeunes filles de ma génération, et si certains me trouvent attirante ou séductrice, cela n’a rien à voir avec mes robes, ça peut être une nature que je ne déteste pas franchement en moi », avoue-t-elle. Souriante et calme, Hayfaa Wahbi confesse aussi volontiers ses faiblesses professionnelles. « Je ne me suis jamais prise pour une grande chanteuse, je me considère tout simplement comme quelqu’un qui possède une voix acceptée et aimée par les autres. Un point, c’est tout ! ». Une conviction qui l’a aidée à apprécier pleinement son succès. Mais les moments difficiles n’ont pas manqué non plus. « Des problèmes, j’en ai eu depuis mon enfance. Jeune, j’ai beaucoup souffert ». Son frère âgé de 24 ans décédera au cours de l’invasion israélienne de 1982. Et elle sera déchue de son titre suite à des révélations sur son mariage précoce et sur la naissance de sa fille Zeinab, ou plutôt Zaza comme elle aime à la surnommer. Celle-ci vit depuis 9 ans avec sa grand-mère au Koweït, depuis le divorce de ses parents. Un aspect de sa vie privée qui a fait couler beaucoup d’encre.

En cinq ans de carrière, elle a déjà vendu plus d’un million de disques à travers le monde ! Sa chanson Ragab a également fait un tabac, et plusieurs critiques ont posé la question : qui est ce Ragab auquel la pin up libanaise s’adressait dans sa chanson ?

« C’est une chanson comme beaucoup d’autres, et j’ignore qui est ce Ragab, créé par le parolier », dit-elle avant d’éclater en rire.

Ambitieuse, Hayfaa réalise que le meilleur moyen de conquérir le marché international est d’apprendre l’anglais et de s’ouvrir sur le monde. Elle a commencé depuis des années à multiplier ses lectures et ses connaissances. Elle a même participé au Festival de Cannes, pendant lequel elle a rencontré des artistes connus mondialement.

« Partir au Festival de Cannes m’a permis de découvrir le monde du cinéma que je ne connaissais pas très bien et aussi de faire d’autres rencontres instructives. Le Festival de Cannes vaut la peine d’être vécu une fois dans sa vie. Cette ambiance est assez peu descriptible ». Elle a participé aussi à une émission de téléréalité Al-Wadi (la vallée), équivalente à la Ferme des célébrités, diffusée par la chaîne libanaise LBC qui l’a fait connaître dans le monde arabe. Elle est depuis peu l’icône de Pepsi pour le Moyen-Orient.

Intéressée par le monde des enfants, elle a essayé de chanter pour eux. C’est dans ce cadre qu’elle a produit la chanson la plus controversée de sa carrière Bousse al-wawa (fais un bisou sur le bobo). Avec des vêtements assez torrides et faisant des gestes osés en chantant pour un bébé, plusieurs critiques y ont trouvé « un abus de la pureté et la naïveté des enfants ». D’autres critiques l’ont pris pour un clip érotique, trouvant la danse de Hayfaa très suggestive. Ce qu’elle dément. « Je la considère parmi mes plus belles chansons, se justifie-t-elle. En tournant ce vidéoclip, je ne pensais qu’à cette idée nouvelle de créer un clip pour les enfants, idée qui a été reprise par plusieurs autres chanteurs et chanteuses. Et eux, personne ne les a critiqués ». Elle est consciente de ce qu’elle a réalisé, et en est très fière. D’un succès à un autre, Hayfaa Wahbi s’est transformée en un vrai phénomène, copiée intégralement par d’autres chanteuses. « Etre imitée ne me gêne pas du tout, au contraire, ça me fait redoubler de confiance, car si je n’étais pas reconnue, personne ne s’intéresserait à moi », dit-elle sur un ton plein de fierté. Loin de l’allure d’une star, Hayfaa cherche la tranquillité toujours chez elle : « Comme toutes les femmes, j’ai une grande passion pour le shopping. J’aime acheter les robes et les chaussures colorées, mais dès que je rentre chez moi, j’essaye de me libérer de toutes les charges du Star System ... Je porte mon pyjama et je bouge partout dans la maison, même sans pantoufle, pour me sentir le plus à l’aise possible ». Ici, c’est Hayfaa la femme, et non la star.

A raison d’un album tous les deux ans, Hayfaa Wahbi arrive vite à son quatrième opus, dans lequel elle chante Habibi ana (mon bien-aimé, à moi). En 2008, l’artiste se sert de la musique pour se diriger vers le cinéma. Elle fait ses premiers pas dans Bahr al-nogoum, une comédie musicale où elle joue son vrai rôle dans la vie : Hayfaa Wahbi, la star. Sa présence a été très appréciée par ses fans, mais le film ne connaît pas le succès attendu. Néanmoins, son look et sa popularité parmi les jeunes sont si rassurants pour les producteurs qui lui accordent les premiers rôles dans certains nouveaux films.

Elue il y a quelques mois « Chanteuse arabe de la décennie » par CNN, Hayfaa est devenue une artiste confirmée. Elle se consacre également à des œuvres de charité et à des associations pour la lutte contre le sida.

Aujourd’hui, « comme toutes les jeunes filles », son rêve est de rencontrer le grand amour et de vivre une passionnante histoire digne de ses chansons. « Certes, je rêve de rencontrer un jour l’homme de mes rêves, c’est avec lui seulement que je sentirai la paix et la sécurité qui me manquent ». Pour le reste de l’été et la fête du petit Baïram, elle se produira en concert dans plusieurs pays arabes, y compris l’Egypte. Ce sera l’occasion pour Hayfaa de conquérir un nouveau public ... déjà sous le charme.

Yasser Moheb

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Jalons 

10 mars : Naissance à Mahrouna (Liban).

1995 : Remporte la seconde place lors de l’élection de Miss Liban.

2003 : Sortie de son premier album Howa al-zamane (c’est le temps).

2004 : Participation à l’émission Al-Wadi (la vallée).

2006 : Hommage au Festival de la chanson du Caire.

2008 : Tournage de son premier film, Dokkane Chéhata.

 




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