La chanteuse libanaise Hayfaa
Wahbi est devenue en cinq ans l’icône de la
sensualité dans le monde arabe. Elle s’apprête aujourd’hui à
réaliser une autre de ses ambitions : devenir actrice. Et
sans doute déchaîner d’autres passions ...
Un rêve les yeux ouverts
Hayfaa Wahbi est au septième ciel. Il y a juste quelques
jours, elle a commencé les derniers préparatifs pour le
tournage de son premier vrai rôle au cinéma, dans le film
Dokkane Chéhata (boutique de Chéhata). Durant cette même
année, elle a eu plusieurs autres succès : deux hommages au
Liban et en Tunisie et une dizaine de concerts partout dans
les pays arabes. « C’était l’un de mes rêves de devenir
actrice et surtout de jouer dans un film égyptien ! »,
s’exclame-t-elle. Mais elle a des antécédents face à la
caméra, ayant participé cette année à la comédie musicale
Bahr al-nogoum (mer des stars). « Dans Dokkane Chéhata,
j’incarne le rôle d’une jeune fille mi-libanaise
mi-égyptienne qui s’éprend d’un jeune Egyptien vivant dans
l’un des quartiers populaires du Caire », explique Hayfaa
qui a trouvé en ce rôle une image qui lui convient, une
belle femme à l’allure libre.
Hayfaa Wahbi est la chanteuse libanaise la plus à la mode.
Comme ses compatriotes Nancy Agram ou Myriam Farès, elle
chante sur une musique traditionnelle fortement imprégnée de
pop, que les DJ remixent pour les soirées orientales. Elle a
aujourd’hui plus de quarante ans et c’est l’une des
chanteuses arabes les plus célèbres de ces dernières années.
C’est avec talent, travail et un style propre qu’elle a
réussi à se faire un nom.
Fille d’une mère égyptienne et d’un père libanais parents de
trois filles, Hayfaa Wahbi sent très vite couler en elle les
bons côtés de la mixité, comme les rythmes libanais et le
goût égyptien assez oriental. C’est au cœur de cette mixité
culturelle qu’elle grandit, à Mahrouna, un petit village au
Sud-Liban.
Dès son plus jeune âge, en chantant et dansant à l’école,
elle montre des signes évidents de talent. C’est lorsqu’elle
a été placée en pensionnat, entre 6 à 18 ans avec l’une de
ses sœurs, qu’elle a appris à ne compter que sur elle-même.
Sa mère voulait lui assurer une éducation stricte. Et le
plus important : elle a découvert la musique. « C’était dur
de passer mon enfance loin de mes parents, je ne comprenais
pas à l’époque le motif qui les avait conduits à prendre
cette décision. Après cette expérience, je n’ai plus jamais
été la même. Si un jour je deviens mère à mon tour, je ne
reproduirai pas l’erreur de priver mes petits de tendresse
maternelle ».
Sa mère découvre le potentiel de Hayfaa pendant ses sept
ans. Connue comme la mélomane de la famille, la mère
transmet à sa fille sa passion pour la musique et lui
enseigne les techniques de chant. Alors qu’elle fredonnait
une ancienne chanson d’Oum Kalsoum, elle fit une fausse
note. La petite Hayfaa lui fit alors remarquer et rechanta
le passage correctement. Sa mère lui donne des cours de
chant, et bientôt Hayfaa y concentre toute son énergie. La
nuit, elle écoute en cachette sous son oreiller ses idoles
telles que Fairouz, Chadia, Soad Hosni et ne rêve plus que
d’une chose : devenir star ! « Tout le monde trouvait cette
idée assez naïve, car je lançais le mot artiste rapidement
et sans penser à ce que ce qu’il implique véritablement ».
Avec une voix exceptionnelle, la petite Hayfaa exploite ce
don dans des concours de jeunes talents. C’est à l’âge de 16
ans qu’elle a fait sa première apparition dans les concours
de beauté et, quelques années plus tard, gagne la seconde
place lors de l’élection de Miss Liban de 1995. Ce succès
lui permet de participer à de nombreux défilés de mode et
d’apparaître dans plus d’une centaine de magazines. Les dés
ainsi jetés, elle revoit sa trajectoire par le filtre de la
belle vedette qu’elle est devenue.
« Pour moi, être belle c’est un don de Dieu. Mais ce n’est
pas tout pour devenir star. Je peux vous citer une longue
liste de belles femmes qui n’ont pas rencontré le succès
parce qu’elles ne se sont reposées que sur leur beauté. Ce
qui compte pour moi, ce sont les expériences acquises par le
travail, qui ont forgé vraiment ma personnalité et toute ma
carrière ». Toutefois, elle a soulevé une grande polémique
en faisant il y a quelques mois une assurance sur son corps
pour des millions de dollars. Elle se défend : « C’est un
système connu et appliqué par tous dans le monde, donc je ne
suis pas innovatrice ! ».
Sa combinaison de charme, de présence, d’élégance et
d’allure a conduit ses fans et les sociétés de disques à la
convaincre de poursuivre une carrière de chanteuse. La
plupart de ses chansons sont un mélange de style Gypsy Kings
occidental et de rythme oriental, une tendance assez
classique aujourd’hui sur la scène musicale arabe. Hayfaa
Wahbi a connu un succès immédiat en 2003 avec son premier
album, Howa al-zamane (c’est le temps), bénéficiant de la «
vague libanophile » qui agitait le monde musical depuis les
premiers enregistrements d’Elissa.
Hayfaa est connue pour son physique spectaculaire, mais la
femme qui se cache derrière la beauté, et qui a le plus fait
la une des magazines people de la région, est simple et
dotée d’une personnalité parfois anxieuse. « Je deviens
triste et effrayée en imaginant perdre un jour le succès que
le public m’a offert. Pour moi, c’est un vrai cauchemar ».
Au-delà de son image de Cendrillon et de petite fille
parfaite d’autrefois, Hayfaa veut se sentir libre et
s’habille donc de façon sexy, ce qui lui vaut énormément de
critiques. Mais elle s’en moque et affirme que c’est là « la
vraie Hayfaa ». Elle se veut provocante et attirante : c’est
gagné, puisque son ascension musicale et populaire ne fait
que croître. « Je ne me trouve pas du tout osée dans mon
comportement ni mes vêtements. Je porte des robes que
portent la majorité des jeunes filles de ma génération, et
si certains me trouvent attirante ou séductrice, cela n’a
rien à voir avec mes robes, ça peut être une nature que je
ne déteste pas franchement en moi », avoue-t-elle. Souriante
et calme, Hayfaa Wahbi confesse aussi volontiers ses
faiblesses professionnelles. « Je ne me suis jamais prise
pour une grande chanteuse, je me considère tout simplement
comme quelqu’un qui possède une voix acceptée et aimée par
les autres. Un point, c’est tout ! ». Une conviction qui l’a
aidée à apprécier pleinement son succès. Mais les moments
difficiles n’ont pas manqué non plus. « Des problèmes, j’en
ai eu depuis mon enfance. Jeune, j’ai beaucoup souffert ».
Son frère âgé de 24 ans décédera au cours de l’invasion
israélienne de 1982. Et elle sera déchue de son titre suite
à des révélations sur son mariage précoce et sur la
naissance de sa fille Zeinab, ou plutôt Zaza comme elle aime
à la surnommer. Celle-ci vit depuis 9 ans avec sa grand-mère
au Koweït, depuis le divorce de ses parents. Un aspect de sa
vie privée qui a fait couler beaucoup d’encre.
En cinq ans de carrière, elle a déjà vendu plus d’un million
de disques à travers le monde ! Sa chanson Ragab a également
fait un tabac, et plusieurs critiques ont posé la question :
qui est ce Ragab auquel la pin up libanaise s’adressait dans
sa chanson ?
« C’est une chanson comme beaucoup d’autres, et j’ignore qui
est ce Ragab, créé par le parolier », dit-elle avant
d’éclater en rire.
Ambitieuse, Hayfaa réalise que le meilleur moyen de
conquérir le marché international est d’apprendre l’anglais
et de s’ouvrir sur le monde. Elle a commencé depuis des
années à multiplier ses lectures et ses connaissances. Elle
a même participé au Festival de Cannes, pendant lequel elle
a rencontré des artistes connus mondialement.
« Partir au Festival de Cannes m’a permis de découvrir le
monde du cinéma que je ne connaissais pas très bien et aussi
de faire d’autres rencontres instructives. Le Festival de
Cannes vaut la peine d’être vécu une fois dans sa vie. Cette
ambiance est assez peu descriptible ». Elle a participé
aussi à une émission de téléréalité Al-Wadi (la vallée),
équivalente à la Ferme des célébrités, diffusée par la
chaîne libanaise LBC qui l’a fait connaître dans le monde
arabe. Elle est depuis peu l’icône de Pepsi pour le
Moyen-Orient.
Intéressée par le monde des enfants, elle a essayé de
chanter pour eux. C’est dans ce cadre qu’elle a produit la
chanson la plus controversée de sa carrière Bousse al-wawa
(fais un bisou sur le bobo). Avec des vêtements assez
torrides et faisant des gestes osés en chantant pour un
bébé, plusieurs critiques y ont trouvé « un abus de la
pureté et la naïveté des enfants ». D’autres critiques l’ont
pris pour un clip érotique, trouvant la danse de Hayfaa très
suggestive. Ce qu’elle dément. « Je la considère parmi mes
plus belles chansons, se justifie-t-elle. En tournant ce
vidéoclip, je ne pensais qu’à cette idée nouvelle de créer
un clip pour les enfants, idée qui a été reprise par
plusieurs autres chanteurs et chanteuses. Et eux, personne
ne les a critiqués ». Elle est consciente de ce qu’elle a
réalisé, et en est très fière. D’un succès à un autre,
Hayfaa Wahbi s’est transformée en un vrai phénomène, copiée
intégralement par d’autres chanteuses. « Etre imitée ne me
gêne pas du tout, au contraire, ça me fait redoubler de
confiance, car si je n’étais pas reconnue, personne ne
s’intéresserait à moi », dit-elle sur un ton plein de
fierté. Loin de l’allure d’une star, Hayfaa cherche la
tranquillité toujours chez elle : « Comme toutes les femmes,
j’ai une grande passion pour le shopping. J’aime acheter les
robes et les chaussures colorées, mais dès que je rentre
chez moi, j’essaye de me libérer de toutes les charges du
Star System ... Je porte mon pyjama et je bouge partout dans
la maison, même sans pantoufle, pour me sentir le plus à
l’aise possible ». Ici, c’est Hayfaa la femme, et non la
star.
A raison d’un album tous les deux ans, Hayfaa Wahbi arrive
vite à son quatrième opus, dans lequel elle chante Habibi
ana (mon bien-aimé, à moi). En 2008, l’artiste se sert de la
musique pour se diriger vers le cinéma. Elle fait ses
premiers pas dans Bahr al-nogoum, une comédie musicale où
elle joue son vrai rôle dans la vie : Hayfaa Wahbi, la star.
Sa présence a été très appréciée par ses fans, mais le film
ne connaît pas le succès attendu. Néanmoins, son look et sa
popularité parmi les jeunes sont si rassurants pour les
producteurs qui lui accordent les premiers rôles dans
certains nouveaux films.
Elue il y a quelques mois « Chanteuse arabe de la décennie »
par CNN, Hayfaa est devenue une artiste confirmée. Elle se
consacre également à des œuvres de charité et à des
associations pour la lutte contre le sida.
Aujourd’hui, « comme toutes les jeunes filles », son rêve
est de rencontrer le grand amour et de vivre une
passionnante histoire digne de ses chansons. « Certes, je
rêve de rencontrer un jour l’homme de mes rêves, c’est avec
lui seulement que je sentirai la paix et la sécurité qui me
manquent ». Pour le reste de l’été et la fête du petit
Baïram, elle se produira en concert dans plusieurs pays
arabes, y compris l’Egypte. Ce sera l’occasion pour Hayfaa
de conquérir un nouveau public ... déjà sous le charme.
Yasser Moheb