Synagogues.
Carmen Weinstein,
présidente de la communauté juive, se félicite des efforts
actuels du CSA pour la restauration des synagogues et autres
objets de l’héritage juif. Entretien.
« Le patrimoine juif est intégré dans celui de l’Egypte
toute entière »
Al-Ahram Hebdo : Etes-vous satisfaite des efforts déployés
par le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) pour la
restauration du patrimoine juif de l’Egypte ?
Carmen Weinstein :
Jusqu’à présent, le service des antiquités n’avait pas
commencé une véritable restauration du patrimoine juif, mais
depuis 2007, le CSA a établi une liste des synagogues qui
seront graduellement restaurées. Il a commencé par la
synagogue de Maimonide qui est la plus détruite. Vraiment je
vois que le CSA travaille de tout cœur à la restauration des
monuments juifs, vu que le patrimoine juif est intégré dans
le patrimoine de l’Egypte toute entière et que les
synagogues font partie de l’histoire de ce pays, et en est
une partie inséparable, et c’est pour cela que moi-même en
tant que présidente de la communauté juive ainsi que tous
les membres, on refuse de se séparer de n’importe quel objet
de notre patrimoine pour être exposé ou expédié à
l’étranger.
— Avez-vous reçu une telle offre ?
— Oui bien sûr, il y a longtemps que l’on reçoit des offres
pareilles des juifs de l’étranger. On nous demande des
pièces des synagogues comme les anciens ouvrages, les lampes
en argent, les anciens registres, etc. afin de les exposer à
l’étranger pour les juifs sous prétexte que la communauté
est en régression et que personne ne pourra s’occuper du
patrimoine. Ce qui est démenti à présent par le grand
intérêt accordé au patrimoine juif de la part du CSA sous
l’égide du ministre de la Culture et du secrétaire général
du CSA. Ainsi refuse-t-on catégoriquement ces offres.
— La communauté joue-t-elle un rôle dans la préservation et
la restauration du patrimoine juif d’Egypte ?
— Tout d’abord, un des rôles principaux de la communauté est
la préservation du patrimoine juif en général. Evidemment
quand le service des antiquités entame la restauration d’une
certaine synagogue par exemple, il nous demande des
anciennes photos de l’endroit, des personnes qui ont des
souvenirs des lieux pour pouvoir la remettre dans son état
originel.
En outre, moi personnellement, depuis 1982, et en ce moment
je n’étais pas encore responsable de la communauté,
j’envoyais des pétitions aux responsables des antiquités
afin de déclarer toutes les 12 synagogues restantes
monuments nationaux, pour les préserver des ambitions des
présidents précédents de la communauté qui ont vendu 24
synagogues sous prétexte qu’il n’y avait pas assez de juifs
en Egypte pour prier dans ces lieux de culte. Cela reviendra
à dire donc qu’il faudrait vendre les temples pharaoniques,
puisqu’il n’y a plus de pharaons !
— Qu’en est–il du musée juif dont on a entendu parler ?
— En ce moment, nous sommes intéressés à ce qu’il y ait un
musée juif au Caire, et nous avons proposé d’offrir une des
synagogues pour en être le siège. L’objectif de la
construction de ce musée est de donner une idée de ce
qu’était la présence juive en Egypte, une présence qui a
commencé avec l’ère biblique, avec l’avènement en Egypte
d’Abraham et de Sarah. Ce projet a été évoqué par les juifs
américains qui ont proposé une aide l’année dernière. Mais à
vrai dire, on a reçu beaucoup de réserves de la part de
plusieurs journalistes qui ont l’air d’être effrayés d’une
telle idée. Pourquoi pas ? Puisqu’on a un musée copte, un
autre islamique, un troisième pharaonique, donc pourquoi pas
un musée juif pour compléter le cercle de la tolérance de
l’Egypte envers toutes les religions ?
Propos recueillis par Dalia Farouk