Synagogues.
La synagogue Ben Ezra du Caire, la plus ancienne et la plus
belle d’Egypte, est unique et comprend des éléments des
trois religions.
Un bâtiment riche en symboles
Son
architecture est chrétienne, ses arabesques sont islamiques,
mais ses ornements, les inscriptions qu’elle porte et, bien
sûr, son culte sont juifs. Bâtie par les coptes comme une
basilique orthodoxe, avec douze magnifiques colonnes en
marbre et trois nefs, ses murs et son plafond sont couverts
de mosaïques en ivoire et en nacre et les noms des trois
premiers califes musulmans et du sultan mamelouk Qalaoun
sont inscrits en arabe sur des lustres. Les ornements
hébraïques (menorah, maguen David et dix commandements) sont
étincelants et le verset 39-9 du livre de l’Exode est gravé
en hébreu sur une plaque en marbre.
Jusqu’en 1968, deux ou trois familles juives pauvres
habitaient encore dans des chambrettes entourant la
synagogue et l’entretenaient, mais la synagogue Ben Ezra
tombait en ruines. Grâce à un don canadien et à l’habileté
des ouvriers égyptiens qui ont travaillé pendant dix ans
(1982-1992), elle est totalement restaurée. Le gouvernement
égyptien l’a classée « monument historique », mais elle
demeure propriété de la communauté juive du Caire.
L’histoire de cette synagogue est mouvementée. La légende
dit que c’est à cet endroit que la fille du pharaon a
recueilli Moïse dans son panier. La légende dit aussi que
Moïse a grandi dans ces mêmes lieux. C’est Jérémie, fuyant
Nabuchodonosor et se réfugiant en Egypte, qui, avec quelques
fidèles, aurait construit la synagogue. Un parchemin
contenant le texte de la Torah, attribué à Ezra Sopher (Ezra
le scribe), y fut déposé et conservé pendant des siècles.
Au VIe siècle, les Romains sont christianisés et occupent
l’Egypte. Ils octroient la synagogue aux coptes qui édifient
une petite basilique orthodoxe. Au Xe siècle, l’Egypte est
déjà arabe et musulmane : les coptes sont en disgrâce et,
sous le règne d’Ahmad Ibn Touloun, lourdement taxés (20 000
dinars par an). En 1115, afin d’éviter la prison à leur
patriarche, Alexandre le 56e, les coptes vendent leur église
au rabbin Abraham Ben Ezra, originaire de Jérusalem.
L’église
est
rapidement
transformée en synagogue.
La
guenizah
Lorsque la ville du Caire est construite, le gros de la
population juive s’installe dans le quartier juif (Haret Al-Yahoud),
dans le quartier de Mouski. La synagogue de Ben Ezra de
Fostat perd de son importance. Mais elle rayonne toujours à
l’époque de Maimonide (1135-1204). En 1170, l’historien
Benjamin de Tolède la visite et consulte la « Torah d’Ezra
Sopher ». Ibn Safir la mentionne dans ses écrits et parle de
la guenizah (la salle où sont conservés des manuscrits
hébraïques). Le célèbre Al-Maqrizi (1364-1442), dans son
ouvrage « Khotat wa assar » (écrits et monuments, consacre
seize pages aux juifs de l’époque et décrit cinq synagogues,
parmi lesquelles celle du Vieux-Caire.
La guenizah fut découverte en 1895-1896 par le professeur
Schechter et ses collègues. Les manuscrits hébraïques sont
désormais dispersés dans divers pays. Une bibliothèque de 3
000 livres en hébreu remplace aujourd’hui la guenizah.
Les juifs égyptiens n’ont jamais oublié leur synagogue de
Ben Ezra. Chaque année à Roch Hodech (premier jour du mois)
d’Iyar, ils faisaient leur pèlerinage. Le matin, ils
montaient à Misr Al-Atiqua (Vieux-Caire), allumaient
quelques mèches à l’huile, murmuraient quelques prières et
quelques vœux et, quittant Ben Ezra, prenaient une felouque
et allaient passer la journée à l’île de Roda.
Aujourd’hui, la vieille synagogue chargée de tant d’histoire
n’est plus un lieu de culte ou de prière juive. C’est un
monument historique visité par les touristes, les curieux,
les nostalgiques et quelques célébrités.
Dalia
Farouk