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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Synagogues. La synagogue Ben Ezra du Caire, la plus ancienne et la plus belle d’Egypte, est unique et comprend des éléments des trois religions.

Un bâtiment riche en symboles

Son architecture est chrétienne, ses arabesques sont islamiques, mais ses ornements, les inscriptions qu’elle porte et, bien sûr, son culte sont juifs. Bâtie par les coptes comme une basilique orthodoxe, avec douze magnifiques colonnes en marbre et trois nefs, ses murs et son plafond sont couverts de mosaïques en ivoire et en nacre et les noms des trois premiers califes musulmans et du sultan mamelouk Qalaoun sont inscrits en arabe sur des lustres. Les ornements hébraïques (menorah, maguen David et dix commandements) sont étincelants et le verset 39-9 du livre de l’Exode est gravé en hébreu sur une plaque en marbre.

Jusqu’en 1968, deux ou trois familles juives pauvres habitaient encore dans des chambrettes entourant la synagogue et l’entretenaient, mais la synagogue Ben Ezra tombait en ruines. Grâce à un don canadien et à l’habileté des ouvriers égyptiens qui ont travaillé pendant dix ans (1982-1992), elle est totalement restaurée. Le gouvernement égyptien l’a classée « monument historique », mais elle demeure propriété de la communauté juive du Caire.

L’histoire de cette synagogue est mouvementée. La légende dit que c’est à cet endroit que la fille du pharaon a recueilli Moïse dans son panier. La légende dit aussi que Moïse a grandi dans ces mêmes lieux. C’est Jérémie, fuyant Nabuchodonosor et se réfugiant en Egypte, qui, avec quelques fidèles, aurait construit la synagogue. Un parchemin contenant le texte de la Torah, attribué à Ezra Sopher (Ezra le scribe), y fut déposé et conservé pendant des siècles.

Au VIe siècle, les Romains sont christianisés et occupent l’Egypte. Ils octroient la synagogue aux coptes qui édifient une petite basilique orthodoxe. Au Xe siècle, l’Egypte est déjà arabe et musulmane : les coptes sont en disgrâce et, sous le règne d’Ahmad Ibn Touloun, lourdement taxés (20 000 dinars par an). En 1115, afin d’éviter la prison à leur patriarche, Alexandre le 56e, les coptes vendent leur église au rabbin Abraham Ben Ezra, originaire de Jérusalem. L’église est rapidement transformée en synagogue.

 

La guenizah

Lorsque la ville du Caire est construite, le gros de la population juive s’installe dans le quartier juif (Haret Al-Yahoud), dans le quartier de Mouski. La synagogue de Ben Ezra de Fostat perd de son importance. Mais elle rayonne toujours à l’époque de Maimonide (1135-1204). En 1170, l’historien Benjamin de Tolède la visite et consulte la « Torah d’Ezra Sopher ». Ibn Safir la mentionne dans ses écrits et parle de la guenizah (la salle où sont conservés des manuscrits hébraïques). Le célèbre Al-Maqrizi (1364-1442), dans son ouvrage « Khotat wa assar » (écrits et monuments, consacre seize pages aux juifs de l’époque et décrit cinq synagogues, parmi lesquelles celle du Vieux-Caire.

La guenizah fut découverte en 1895-1896 par le professeur Schechter et ses collègues. Les manuscrits hébraïques sont désormais dispersés dans divers pays. Une bibliothèque de 3 000 livres en hébreu remplace aujourd’hui la guenizah.

Les juifs égyptiens n’ont jamais oublié leur synagogue de Ben Ezra. Chaque année à Roch Hodech (premier jour du mois) d’Iyar, ils faisaient leur pèlerinage. Le matin, ils montaient à Misr Al-Atiqua (Vieux-Caire), allumaient quelques mèches à l’huile, murmuraient quelques prières et quelques vœux et, quittant Ben Ezra, prenaient une felouque et allaient passer la journée à l’île de Roda.

Aujourd’hui, la vieille synagogue chargée de tant d’histoire n’est plus un lieu de culte ou de prière juive. C’est un monument historique visité par les touristes, les curieux, les nostalgiques et quelques célébrités.

Dalia Farouk

 

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