Synagogues.
Les édifices juifs d’Egypte ont suscité dernièrement un
débat sur leur restauration et leur financement, le CSA
refusant toute aide étrangère.
Des monuments égyptiens à part entière
La
restauration des monuments juifs d’Egypte a été le thème de
plusieurs controverses entre des cercles de juifs d’origine
égyptienne et le Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Des
juifs égyptiens qui résident en Suisse et aux Etats-Unis ont
proposé récemment de financer les travaux de restauration de
tous les monuments. Ce financement ne veut pas dire que le
CSA ne va pas superviser les travaux, ont-ils fait valoir.
De plus, une initiative pareille avait été la bienvenue dans
les années 1980 lors de la restauration de la synagogue
célèbre de la rue Adli, au centre-ville, de Chaar Ha Chamaim
(la porte du ciel). Une entreprise qui a eu lieu « par les
mains des habiles ouvriers, artistes et peintres égyptiens.
(...) Des juifs sépharades de Genève (Suisse) ont largement
financé et supervisé cette restauration bien réussie »,
explique Elie Cohen, un juif d’origine égyptienne sur un
site Internet.
Ce qui est arrivé dans les années 1980, c’était
l’application d’une clause des accords de Camps David
qui exige la restauration d’une synagogue juive en Egypte.
Le Dr Phyllis Lambert, présidente du Centre canadien
d’archéologie, a choisi en 1982 la synagogue de Ben Ezra
pour la restaurer, puisque c’était la synagogue la plus
symbolique située à côté de l’église Suspendue et celle
d’Abou-Serga (Saint-Serge) et à proximité de la mosquée de
Amr Ibn Al-Ass. Cette restauration a duré 10 ans. Mais après
le tremblement de terre de 1992, tous les ornements et les
gravures du plafond ont craqué et il a fallu refaire le
travail. Jusqu’en 2007, c’était le Centre canadien
d’archéologie qui s’en chargeait. Dès le début de 2008,
c’est le CSA qui se charge des travaux de maintenance et de
restauration périodiques.
Quant à la grande synagogue de la rue Adli, c’est
l’Association mondiale des juifs sépharades, établie en
Suisse sous la présidence de Nessim Gaon, qui entame sa
restauration en 1983. Evidemment c’est après 25 ans de la
restauration quand on a voulu célébrer le centenaire
de cette synagogue, qu’on a demandé à Zahi Hawas, secrétaire
général du CSA, de la restaurer. C’était fait, et le CSA a
terminé la façade et quelques constructions à l’intérieur.
Maintenant, il traite le sous-sol qui a souffert pendant
plus de vingt ans sous le joug de l’eau souterraine.
Il a même embelli le voisinage tout autour de la
synagogue. Il l’a entourée de barres en fer très élégants
pour protéger l’entrée. C’était vraiment formidable et la
synagogue a requis ses beautés d’antan.
La synagogue de Maimonide date du XIXe siècle ainsi que la
Yéchiva (école religieuse) où Maimonide, médecin, philosophe
et théologien juif né en 1135 à Cordoue et mort au Caire en
1204, lui-même y enseigna la religion juive. Cet endroit est
d’une importance majeure pour les juifs du monde entier
parce qu’il porte une certaine valeur mystique étant donné
que juifs, musulmans et chrétiens s’y rendaient toujours à
la recherche de guérison de beaucoup de maladies. Le roi
Fouad lui-même s’y est rendu à la suite de l’attentat auquel
il a été exposé à l’Auberge. Cette synagogue a été aussi
restaurée pendant les années 1980 par un banquier parisien
d’origine égyptienne, M. Vattouri.
Cette restauration n’était pas bien faite, et à la fin de la
même décennie, il a payé une autre fois pour la restauration
qui n’était pas elle aussi au niveau exigé à cause de
l’eau souterraine. Ceci a fait que la Yéchiva est
devenue dans un très mauvais état. En outre, la synagogue a
été fortement affectée par le tremblement de terre de
1992. « A l’heure actuelle, la restauration est autant très
compliquée que coûteuse. Ainsi c’est miraculeux pour le CSA
qui débute un projet vraiment gigantesque pour sauver cette
synagogue tout en remédiant au problème de l’eau souterraine
», affirme Mme Carmen Weinstein, présidente de la communauté
juive en Egypte.
Mais aujourd’hui on rechigne au CSA face à un tel apport
matériel. « Actuellement on n’a recours dans les travaux de
restauration qu’à des missions scientifiques qualifiées. On
n’accepte pas de financements étrangers, puisque le CSA
possède ses propres ressources et elles sont suffisantes »,
relève Mohsen Rabie, directeur du département des synagogues
au CSA. De plus, il affirme qu’il n’y a jamais eu d’offre
ferme, mais juste des demandes d’information et
d’explication de la part de ces cercles. Il ajoute que les
responsables de l’archéologie en Egypte traitent les
monuments juifs exactement comme ceux chrétiens ou ceux
islamiques en matière de maintenance et de restauration. Ces
synagogues sont, en fait, une partie importante du
patrimoine égyptien et elles relatent des époques marquantes
de son histoire.
Le refus ne vient pas seulement de la part des responsables
du CSA, mais aussi les membres de la communauté juive en
Egypte ont partagé cette même idée. « Madame Carmen
Weinstein a refusé pour le moment les propositions
concernant la restauration des monument juifs ou son
financement, puisque le CSA qui est la partie qui s’en
charge n’a pas négligé ses responsabilités vis-à-vis de
toutes les synagogues qui existent en Egypte. Il assume bien
sa tâche dans la restauration de tous les monuments
égyptiens selon un plan de priorité et les synagogues ne
sont qu’une partie de ces monuments », assure un membre de
la communauté juive en Egypte qui a requis l’anonymat.
En fait, le CSA accorde beaucoup d’intérêt aux monuments
juifs d’Egypte. « On a un plan ambitieux pour restaurer ces
monuments. On va commencer bientôt un grand projet pour la
remise en état de la synagogue de Moussa Ben Maïmoun
(Maimonide) qui se trouve à Haret Al-Yahoud (quartier juif)
dans le quartier d’Al-Mouski, au Caire. Ce temple est
vraiment dans un état déplorable et on lui a consacré un
grand budget pour lui rendre sa beauté originelle d’antan ».
C’est aussi le CSA qui a procédé l’année dernière aux
nouveaux travaux de restauration et d’embellissement de la
synagogue de Chaar Ha Chamaim dans la rue Adli, afin que la
communauté juive célèbre le centenaire de sa création en
novembre 2007, comme l’a souligné Mme Weinstein.
Dalia
Farouk