Inventions. Grâce à son esprit hors du commun, Abdel-Raouf Helmi, 14 ans, compte à son actif plus de 40 objets auxquels s’intéressent même des scientifiques américains. Portrait d’un petit génie qui cherche à être parrainé.

 

L’enfant prodige en mal de reconnaissance

 

Il s’appelle Abdel-Raouf Helmi. Il n’est ni artiste célèbre ni footballeur de renommée, pas même chercheur ou expert étranger. C’est un adolescent de 14 ans, à l’esprit génial, d’un dynamisme et d’une intelligence hors du commun. Il bouillonne de créativité, saisit au vol toutes les idées qui lui sont soumises et les emmagasine dans sa petite tête pour s’en servir plus tard comme matière pour ses inventions. Il a conçu un appareil pour le dessalement de l’eau de mer, un détecteur de mines et un autre pour prédire les séismes, un porte-monnaie antivol, sans oublier un appareil pour lutter contre l’effet de serre. C’est cette dernière création qui a fait sensation au point qu’une mission américaine a voulu la tester, car elle pourrait empêcher bien des dangers. Des inventions dont le nombre a atteint la quarantaine. Le jeune Abdel-Raouf s’est toujours montré très curieux. « Alors qu’il était en deuxième année primaire, j’ai remarqué son intérêt pour tout ce qui est électronique et il ne cessait de démonter et monter ses jouets pour savoir comment ils étaient fabriqués et la manière dont ils fonctionnaient pour pouvoir les transformer en un objet plus utile », rapporte Mervat, sa mère, enseignante dans une école à Alexandrie.

Aujourd’hui, Abdel-Raouf est devenu une star des médias. Chaque jour, il est invité à la télé ou interviewé pour un journal. Alors que le gouverneur d’Alexandrie, Adel Labib, ainsi que le ministre de l’Enseignement, Yousri Al-Gamal, et celui de l’Environnement, Magued Georges, l’ont honoré à plusieurs reprises. Il possède à ce jour 83 certificats d’honneur émanant de l’Université d’Alexandrie, du ministère de l’Enseignement, de celui de l’Environnement et du Palais de la culture. Le ministère de la Culture vient d’ailleurs de lui attribuer une bourse spéciale. Abdel-Raouf s’apprête à se rendre au Sultanat d’Oman pour représenter l’Egypte dans le domaine des sciences et des inventions.

« Les jouets ordinaires ne m’ont jamais attiré et je déteste les imitations. Si je devais copier, je n’aurais jamais évolué », lance-t-il à sa mère, qui à partir de cette confession a commencé à suivre son fils dans toutes ses créations, tout en l’aidant à développer son imagination et sa créativité. Abdel-Raouf ne cesse de poser des questions pour approfondir ses connaissances. Il est même arrivé à transformer un petit pistolet en un sèche-cheveux, il a conçu une ville adaptée aux normes de l’environnement où la pollution n’aurait pas de place. Une maquette qui a ébloui les experts de l’environnement et pour laquelle il a remporté le premier prix en 2004 lors d’une compétition pour la protection de l’environnement sous l’égide du ministère. Un enfant prodige dont la mère n’a jamais dénigré les inventions, même si parfois elle n’en voyait pas la nécessité.

Le petit génie ne fréquente pas la Cité des sciences, les bibliothèques ou les cyber-cafés. Il passe plutôt son temps enfermé dans sa petite chambre située au quartier d’Al-Labbane, à Alexandrie. Ses instruments ne sont que des pièces détachées qu’il a accumulées au fil du temps. « Chaque semaine, je me rends au Souq Al-Gomaa où des jouets usés ou cassés sont vendus. Je démonte tout, mets de côté les fils et les batteries, et d’un autre, les moteurs et les roues afin de pouvoir les utiliser par la suite dans mes créations », explique-t-il. Sa chambre transformée en débarras, où on a du mal à bouger, tant les pièces détachées s’entassent et couvrent le sol, lui sert de laboratoire. Sous son lit, dans son placard, sur la table ou la commode sont disposées des boîtes de cartons. « Ce sont mes boîtes à trésors et personne n’a le droit d’y toucher avant le résultat final », dit-il, tout en ajoutant qu’au début ce grand désordre mettait en colère sa mère. « Une fois, j’ai découvert un tapis ou un rideau brûlé, une autre fois j’ai entendu des déflagrations au point que les portes et les fenêtres ont vibré. Son sens d’observation et son imagination lui ont permis de créer de nouveaux objets. Un jour, il a même voulu créer une cuisinière à partir d’une passoire ! », raconte sa mère. Aujourd’hui, elle ne fait plus appel à des techniciens pour réparer ses appareils électroménagers. Une fois, la télévision était tombée en panne, il l’a non seulement réparée, mais inventé aussi une antenne en bois. « A chaque invention, je pense à aider autrui. Lorsque j’ai conçu une chaise roulante pour handicapés, j’ai tout fait pour que ces personnes puissent se mouvoir en toute facilité, elles peuvent monter et descendre les escaliers sans avoir besoin d’une autre personne. Une chaise qui leur permet en même temps de profiter de quelques exercices de kinésithérapie tout en les protégeant des chutes », explique Abdel-Raouf, qui malgré ses journées bien remplies, trouve encore du temps pour d’autres activités favorites : le golf et les échecs.

Lorsque Abdel-Raouf se présente, il le fait avec beaucoup d’assurance : « Je suis Abdel-Raouf, le plus jeune inventeur d’Egypte ». Puis, il s’empresse de montrer sa carte d’adhérent à l’Association pour la protection des enfants surdoués, ses certificats d’honneur et autres attestations. « Mes camarades m’ont surnommé le génie et j’en suis fier », dit-il. Et il y a de quoi, puisque le savant Ahmad Zoweil lui a promis de l’intégrer dans son équipe dès qu’il aura atteint 16 ans.

 

Obstacle à la créativité

Une perspective qui ne déplaît pas à sa mère, qui pense que les talents et les aptitudes d’un enfant doivent évoluer au fur et à mesure qu’il grandit. « Il faut suivre les enfants, et les placer dans un milieu intellectuel valorisant. En Egypte, les surdoués ne sont pas pris en charge et le système éducatif laisse à désirer. D’autant plus que l’enseignement est basé sur la mémorisation et non pas sur la réflexion. D’un autre côté, certains enseignants briment toute forme d’intelligence », explique-t-elle, tout en ajoutant qu’au début, les professeurs n’encourageaient pas son fils et lui disaient même de jeter ses inventions à la poubelle. C’est grâce à Hanane Chalabi, sous-secrétaire du ministère de la Culture, que son fils a été autant médiatisé.

Abdel-Raouf n’a cependant pas réussi à obtenir un brevet pour ses inventions ni à les déposer à l’Académie de recherche scientifique. Cette dernière lui demande d’abord de verser 500 L.E. par invention. Une somme qui dépasse ses moyens et qui représente un obstacle à la créativité des chercheurs et scientifiques. « On ne peut pas croire tous ceux qui se prétendent être des génies. Nous recevons énormément d’inventions, mais ce qui nous importe le plus ce n’est pas le nombre, mais la qualité. Et quand cela est mérité, il faut que la personne verse 500 L.E. pour déposer sa création. Il est hors de question que l’Académie de recherche scientifique prenne de tels frais à sa charge car le budget est insuffisant », précise un responsable au Centre national de recherches.

Pourtant, Abdel-Raouf ne perd pas espoir et croit dur comme fer qu’il récoltera un jour le fruit de ses inventions. Et là il donnera la preuve qu’il est réellement un véritable génie. « Pourquoi veut-on me priver de mes talents de créateur ? », s’indigne Abdel-Raouf qui, malgré les offres qui lui sont parvenues de l’étranger, refuse de quitter son pays. « C’est vrai que j’aurai là-bas une chance de suivre des études de qualité et peut-être même d’obtenir une autre nationalité. Mais je deviendrai leur bien, alors que je veux rester ici, servir mon pays et enregistrer mes inventions au nom de l’Egypte. Je ne veux pas qu’un autre pays récupère mes inventions », conclut-il, tout en rêvant d’entrer à la faculté de la police et d’inventer une arme défensive pour repousser le danger.

Chahinaz Gheith