Le Darfour : complot ou échec ?
Abdallah Al-Achaal
Depuis
que le procureur général de la Cour Pénale Internationale (CPI)
a officiellement lancé un mandat d’arrêt contre le président
soudanais Omar Al-Béchir, les intellectuels et les écrivains
arabes ont exprimé des positions différentes sur cette
question. Certains soutiennent Al-Béchir et d’autres
réclament de le juger pour les crimes de guerre qu’il a
commis, appelant à ne pas garder le silence face aux crimes
des gouverneurs arabes. Un troisième avis, et qui semble le
plus étonnant, estime que les Arabes ont pris l’habitude de
s’appuyer sur la théorie du complot pour justifier leur
échec et qu’Israël et les Etats-Unis n’ont rien à voir dans
ce qui se passe actuellement avec le président Al-Béchir.
Les partisans de cet avis qui conseillent aux Arabes de
réfléchir objectivement voient que le problème réside dans
l’incapacité du Soudan à gérer ces affaires et que la
critique adressée par la communauté internationale au Soudan
revient à l’atrocité des crimes commis au Darfour. Les
partisans de cet avis s’appuient sur 3 justifications.
Premièrement, ce seraient les organisations des droits de
l’homme qui seraient responsables de l’ampleur qu’a gagnée
cette crise dont Al-Béchir est responsable. Ce serait alors
l’opinion publique qui aurait fait pression sur
l’Administration américaine et sur la CPI dans l’objectif de
punir Al-Béchir pour les crimes commis au Darfour.
Deuxièmement, l’accusation des Etats-Unis et d’Israël serait
une partie d’une culture arabe usée qui reporterait tous les
maux arabes à une théorie du complot. L’objectif de cette
théorie est de réconforter l’esprit arabe qui n’assume
jamais la responsabilité de ses crises. Quant à la troisième
justification, elle consiste à dire que l’intérêt accordé
par les organisations sionistes à la campagne contre
Al-Béchir est une partie de la campagne mondiale pour le
Darfour. De plus, Karadzic a été arrêté au moment où la
campagne contre Al-Béchir a été lancée.
Quant à moi, je pense qu’Israël et les Etats-Unis sont les
deux joueurs principaux au Darfour et dans toutes les
questions relatives au Soudan et ce, pour plusieurs causes.
Premièrement : la fusion complète entre Israël et les
Etats-Unis durant les deux mandats de Bush a mené à des
comportements américains planifiés par Israël sans aucun
intérêt pour Washington. Ceci est clair en Palestine où la
position américaine a permis le génocide du peuple
palestinien au profit du peuple hébreu. Et l’Iraq a été
divisé au profit d’Israël qui a eu main libre dans le pays.
Donc, Washington a tout fait pour réaliser les intérêts
d’Israël même si c’est au détriment des intérêts américains
mêmes. Cette vérité est dévoilée en détails dans le célèbre
livre Le Lobby israélien et la politique étrangère
américaine, publié à la fin de l’année 2007.
Deuxièmement : le Soudan est le voisin de l’Egypte et
celle-ci constitue le cœur même des plans sionistes. Donc,
la division du Soudan menace directement les intérêts
stratégiques et hydrauliques de l’Egypte. Aujourd’hui, la
réalité arabe prouve que les plans américains dont nous
avons beaucoup entendu parler sont devenus réalité. Ces
plans visent à démanteler les liens arabes et à anéantir
l’arabisme et l’islam pour que la région perde son identité
et soit disposée à accepter une autre identité imposée par
Israël. Cela alors que les forces sionistes ont réussi à
tenir la prise de décision à Washington et dans un nombre de
capitales européennes.
Enfin, les faits qui prouvent le rôle joué par les
Etats-Unis et Israël sur cette scène sont nombreux.
Signalons ici les plus importants pour réfuter les prétextes
de ceux qui pensent que Washington et Tel-Aviv n’ont rien à
voir dans l’affaire. En effet, c’est Washington qui a
commencé après l’invasion de l’Iraq à soulever des tempêtes
dans la région, que ce soit dans les pays du Levant, au
Soudan ou en Somalie. Washington a alors jeté la lumière sur
le dossier de Darfour à la fin de l’année 2003, puis le
Conseil de sécurité s’est intéressé au dossier en l’imposant
à la tête de l’intérêt médiatique, politique et
diplomatique. Puis, la situation humaine au Darfour a pris
une large ampleur depuis 2004 et le président Bush a mis la
question de Darfour en tête des priorités de sa campagne
électorale au point que les observateurs ont pensé que
l’objectif était de gagner les voix des Noirs américains. Et
ce, en montrant le conflit au Darfour comme étant le lien
dans le nouveau conflit entre les Arabes et les Africains.
L’objectif était donc de rompre toute coopération
arabo-africaine pour qu’Israël puisse dominer facilement le
corps arabe et le continent africain. Quant à la
concentration sur le dossier du Darfour, elle diminuait ou
augmentait selon le besoin, mais en fin de compte, elle a
coïncidé avec l’accord sur le dossier du Sud.
D’autre part, le rôle de Washington dans le transfert du
dossier du Darfour à la CPI en complicité avec la France,
après la promulgation de la résolution 1593, est clair. Et
quand les Africains et les Arabes ont voulu avoir recours au
même Conseil pour stopper les procédures contre Al-Béchir
après l’action entreprise contre lui par la CPI le 14
juillet, le représentant américain au Conseil de sécurité a
annoncé le 30 juillet dernier que le temps n’était pas
encore propice pour ce pas. Ceci nous rappelle les
déclarations faites par Condoleezza Rice lors de l’attaque
israélienne du Liban en 2006. Elle avait aussi annoncé qu’il
n’était pas encore temps que le Conseil de sécurité
intervienne et qu’un cessez-le-feu soit établi. L’objectif
est clair : permettre à Israël de causer le maximum de
pertes dans le camp libanais et commettre un génocide contre
le peuple libanais.
Enfin, les leaders rebelles au Darfour ont annoncé qu’ils
avaient ouvert des bureaux de représentation en Israël et
que c’était Israël qui les formait et les armait. Et ce,
alors que les juifs de par le monde soutiennent la campagne
pour le Darfour à travers les sites Internet.
La poursuite de Béchir est le dernier épisode de pression
contre le Soudan, alors que le Sud est sur le point de se
séparer du pays. Reste à espérer que les partisans du
sionisme ne déstabiliseront pas notre croyance en la
nécessité de nous défendre par nous-mêmes.