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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Opinion


Le Darfour : complot ou échec ?

Abdallah Al-Achaal

Depuis que le procureur général de la Cour Pénale Internationale (CPI) a officiellement lancé un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar Al-Béchir, les intellectuels et les écrivains arabes ont exprimé des positions différentes sur cette question. Certains soutiennent Al-Béchir et d’autres réclament de le juger pour les crimes de guerre qu’il a commis, appelant à ne pas garder le silence face aux crimes des gouverneurs arabes. Un troisième avis, et qui semble le plus étonnant, estime que les Arabes ont pris l’habitude de s’appuyer sur la théorie du complot pour justifier leur échec et qu’Israël et les Etats-Unis n’ont rien à voir dans ce qui se passe actuellement avec le président Al-Béchir. Les partisans de cet avis qui conseillent aux Arabes de réfléchir objectivement voient que le problème réside dans l’incapacité du Soudan à gérer ces affaires et que la critique adressée par la communauté internationale au Soudan revient à l’atrocité des crimes commis au Darfour. Les partisans de cet avis s’appuient sur 3 justifications. Premièrement, ce seraient les organisations des droits de l’homme qui seraient responsables de l’ampleur qu’a gagnée cette crise dont Al-Béchir est responsable. Ce serait alors l’opinion publique qui aurait fait pression sur l’Administration américaine et sur la CPI dans l’objectif de punir Al-Béchir pour les crimes commis au Darfour. Deuxièmement, l’accusation des Etats-Unis et d’Israël serait une partie d’une culture arabe usée qui reporterait tous les maux arabes à une théorie du complot. L’objectif de cette théorie est de réconforter l’esprit arabe qui n’assume jamais la responsabilité de ses crises. Quant à la troisième justification, elle consiste à dire que l’intérêt accordé par les organisations sionistes à la campagne contre Al-Béchir est une partie de la campagne mondiale pour le Darfour. De plus, Karadzic a été arrêté au moment où la campagne contre Al-Béchir a été lancée.

Quant à moi, je pense qu’Israël et les Etats-Unis sont les deux joueurs principaux au Darfour et dans toutes les questions relatives au Soudan et ce, pour plusieurs causes.

Premièrement : la fusion complète entre Israël et les Etats-Unis durant les deux mandats de Bush a mené à des comportements américains planifiés par Israël sans aucun intérêt pour Washington. Ceci est clair en Palestine où la position américaine a permis le génocide du peuple palestinien au profit du peuple hébreu. Et l’Iraq a été divisé au profit d’Israël qui a eu main libre dans le pays. Donc, Washington a tout fait pour réaliser les intérêts d’Israël même si c’est au détriment des intérêts américains mêmes. Cette vérité est dévoilée en détails dans le célèbre livre Le Lobby israélien et la politique étrangère américaine, publié à la fin de l’année 2007.

Deuxièmement : le Soudan est le voisin de l’Egypte et celle-ci constitue le cœur même des plans sionistes. Donc, la division du Soudan menace directement les intérêts stratégiques et hydrauliques de l’Egypte. Aujourd’hui, la réalité arabe prouve que les plans américains dont nous avons beaucoup entendu parler sont devenus réalité. Ces plans visent à démanteler les liens arabes et à anéantir l’arabisme et l’islam pour que la région perde son identité et soit disposée à accepter une autre identité imposée par Israël. Cela alors que les forces sionistes ont réussi à tenir la prise de décision à Washington et dans un nombre de capitales européennes.

Enfin, les faits qui prouvent le rôle joué par les Etats-Unis et Israël sur cette scène sont nombreux. Signalons ici les plus importants pour réfuter les prétextes de ceux qui pensent que Washington et Tel-Aviv n’ont rien à voir dans l’affaire. En effet, c’est Washington qui a commencé après l’invasion de l’Iraq à soulever des tempêtes dans la région, que ce soit dans les pays du Levant, au Soudan ou en Somalie. Washington a alors jeté la lumière sur le dossier de Darfour à la fin de l’année 2003, puis le Conseil de sécurité s’est intéressé au dossier en l’imposant à la tête de l’intérêt médiatique, politique et diplomatique. Puis, la situation humaine au Darfour a pris une large ampleur depuis 2004 et le président Bush a mis la question de Darfour en tête des priorités de sa campagne électorale au point que les observateurs ont pensé que l’objectif était de gagner les voix des Noirs américains. Et ce, en montrant le conflit au Darfour comme étant le lien dans le nouveau conflit entre les Arabes et les Africains. L’objectif était donc de rompre toute coopération arabo-africaine pour qu’Israël puisse dominer facilement le corps arabe et le continent africain. Quant à la concentration sur le dossier du Darfour, elle diminuait ou augmentait selon le besoin, mais en fin de compte, elle a coïncidé avec l’accord sur le dossier du Sud.

D’autre part, le rôle de Washington dans le transfert du dossier du Darfour à la CPI en complicité avec la France, après la promulgation de la résolution 1593, est clair. Et quand les Africains et les Arabes ont voulu avoir recours au même Conseil pour stopper les procédures contre Al-Béchir après l’action entreprise contre lui par la CPI le 14 juillet, le représentant américain au Conseil de sécurité a annoncé le 30 juillet dernier que le temps n’était pas encore propice pour ce pas. Ceci nous rappelle les déclarations faites par Condoleezza Rice lors de l’attaque israélienne du Liban en 2006. Elle avait aussi annoncé qu’il n’était pas encore temps que le Conseil de sécurité intervienne et qu’un cessez-le-feu soit établi. L’objectif est clair : permettre à Israël de causer le maximum de pertes dans le camp libanais et commettre un génocide contre le peuple libanais.

Enfin, les leaders rebelles au Darfour ont annoncé qu’ils avaient ouvert des bureaux de représentation en Israël et que c’était Israël qui les formait et les armait. Et ce, alors que les juifs de par le monde soutiennent la campagne pour le Darfour à travers les sites Internet.

La poursuite de Béchir est le dernier épisode de pression contre le Soudan, alors que le Sud est sur le point de se séparer du pays. Reste à espérer que les partisans du sionisme ne déstabiliseront pas notre croyance en la nécessité de nous défendre par nous-mêmes.

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