La mise à l’écart des peuples
Salama A. Salama
Pendant
deux semaines consécutives, le monde arabe a entendu des
histoires sensationnelles qui ont éclipsé les détails de la
tournée électorale effectuée par Barak Obama, le candidat
américain démocrate aux élections présidentielles, en
Afghanistan, en Iraq, au Moyen-Orient et en Europe.
La première histoire qui a surpris le monde entier est cette
demande d’inculpation du président Al-Béchir émise par la
Cour pénale internationale pour génocide au Darfour. La
Ligue arabe, quant à elle, s’est empressée de déployer les
efforts diplomatiques nécessaires, dans une tentative de
sauver le Soudan. Cependant, aucune lueur d’espoir ne laisse
présager qu’Al-Béchir sortira sain et sauf de l’impasse dans
laquelle il s’est mis.
La seconde histoire est une copie conforme à la première.
Elle implique un défi abject aux lois et considère les
peuples comme des troupeaux d’esclaves. Son héros cette
fois-ci n’est autre que Hannibal, le 4e fils du colonel
Kadhafi, qui réside en Suisse en compagnie de son épouse
dans un hôtel luxueux. Ils ont été tous les deux accusés
d’avoir maltraité et porté des coups à deux de leurs
servantes d’origine marocaine et tunisienne. La police
suisse est alors intervenue pour investigation et les a
ensuite libérés après qu’ils ont payé une caution d’un
demi-million de francs.
Et puisque les dirigeants arabes et leurs enfants ne
supportent pas de se trouver sous la coupe du respect de la
loi, l’accident a déclenché une crise politique aiguë entre
la Libye et la Suisse. La Libye, de son côté, a annoncé la
fermeture des bureaux des compagnies suisses et la réduction
des liaisons aériennes. Elle a menacé d’arrêter ses
exportations en pétrole, a suspendu la remise des visas et a
demandé des excuses officielles de la Suisse. Bien que les
Arabes soient ceux qui répètent le fameux proverbe de Omar
Ibn Al-Khattab défendant la liberté des individus et
rejetant catégoriquement l’esclavagisme, il n’en demeure pas
moins que les principes de citoyenneté et d’égalité face à
la loi ne font toujours pas partie de la culture arabe
collective.
Il existe encore cette discrimination entre Arabes et
bédouins, entre dirigeants et citoyens et entre militaires
et civils. Lorsque les causes d’ordre personnel et privé
deviennent des causes d’ordre public, les intérêts de la
nation entrent en jeu pour servir les intérêts étroits du
gouverneur et de sa famille. Ainsi voyons-nous que les
intérêts des dirigeants viennent avant ceux des peuples. Des
scénarios qui ne se produisent que dans les régimes féodaux
qui considèrent leurs peuples comme des troupeaux et qui
nous rappellent les conjonctures sociales du Moyen Age.
Les désastres et les affres vécus au Darfour sont restés
longtemps le dernier souci des Arabes. Et lorsque la crise a
pris de l’ampleur, les peuples arabes se sont trouvés
confrontés à un choix difficile entre l’application de la
justice et la crainte quant au destin du Soudan en proie à
la division et à l’anéantissement, et à celle de la Somalie.
Et c’est à ce moment-là qu’Al-Béchir et son régime se sont
trouvés dans une impasse obscure. Une situation semblable
dans laquelle s’est mis Hannibal Kadhafi. Pour lui, ou bien
les autorités suisses l’autorisent à frapper ses servantes
pour satisfaire un sentiment de tyrannie individuelle, ou
bien la Libye est obligée de rompre ses relations avec la
Suisse.
Le véritable problème est que les mouvements de libération
dans le monde arabe et la plupart des pays africains se sont
renfermés sur eux-mêmes, pour devenir une source
d’arriération et de misère pour leurs peuples et surtout une
source de heurts avec les principes de liberté et de
démocratie de par le monde.