Al-Ahram Hebdo, Opinion | Agrium et l’opinion publique
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Opinion
 

Agrium et l’opinion publique

Mohamed Salmawy

 

La plupart des écrits dont a regorgé la presse ces derniers mois à propos de l’usine Agrium, censée être installée à Damiette,  ont ignoré un aspect très important du dossier qui s’avère être d’ordre primordial à mon sens. A tel point que si nous n’en parlons pas, cette crise se répétera.

Il est plus qu’évident que l’opinion publique égyptienne est devenue un réel acteur dans la prise de décision et gagne en influence au niveau des thèmes qui se rapportent directement à son quotidien. Aujourd’hui, il semble impossible que le gouvernement ne prenne une décision donnée sur un sujet se rapportant à l’opinion publique sans qu’il ne soit nécessaire de bénéficier de son approbation. Et ce, au lieu de se contenter du consensus de la majorité auprès de l’Assemblée du peuple qui reçoit les ordres de vote des dirigeants du PND au pouvoir et non pas des différentes tendances de l’opinion publique.

Le débat intense qui a entouré le projet a mis l’accent sur deux volets uniquement. D’abord, l’installation de l’usine prévue mènera inévitablement à une pollution de l’environnement. Sur ce, les citoyens ont refusé sa mise en place et ont appelé le gouvernement et la compagnie étrangère propriétaire de transférer son chantier d’exécution. Ensuite, il est question de la perte considérable que le pays aura à assumer, si le gouvernement avait à revenir sur une décision qu’il avait approuvée au préalable. Une perte qui est estimée à des milliards et non pas à des millions uniquement.

L’aspect le plus important de ce dossier qui ne doit certes pas passer inaperçu est le fait que l’opinion publique a été le véritable moteur de la crise et a mené, en fin de compte, le gouvernement à modifier son point de vue.  Et pourtant, aucune des parties n’a porté un intérêt à cette opinion publique. La compagnie étrangère s’est imaginée, d’une part, que si elle avait obtenu l’approbation nécessaire du gouvernement, elle n’aurait pas besoin nécessairement du consentement des habitants résidant dans la région accueillant le projet.

D’autre part, le gouvernement s’est imaginé qu’il était le propriétaire du pays et, par conséquent, il a approuvé le projet et a considéré qu’il relevait uniquement d’une décision souveraine n’ayant rien à avoir avec les habitants de loin ou de près.

Ainsi, les deux parties, la compagnie étrangère et le gouvernement, ont ignoré la plus importante évolution dont l’Egypte a témoigné ces dernières années et surtout durant l’époque de Moubarak. Nous avons témoigné d’une évolution sans précédent de l’activité de la société civile représentée parfois dans des mouvements populaires aux degrés variés d’efficacité, différents d’un mouvement à l’autre, et d’une organisation et association à l’autre. Dans un cas comme celui d’Agrium ou de celui de la loi sur la presse promulguée dans les années 90 et dont le gouvernement a été forcé d’interrompre. Nous avons également témoigné d’une réaction spontanée qui était générée, sans que l’incitateur ne soit pour autant une organisation quelconque, un mouvement ou un groupe.

Bien que ce soit un gouvernement différent qui a été forcé de revenir sur la loi de la presse et non pas celui du Dr Nazif en exercice actuellement, nous avions l’impression que l’actuel gouvernement qui a été l’un de ceux qui ont répondu le plus aux revendications populaires, depuis la grève des ouvriers de Mahalla jusqu’aux fonctionnaires des impôts fonciers, serait plus sensibilisé à l’égard de l’opinion publique que les gouvernements antérieurs, et qu’il serait plus conscient des évolutions qui ont secoué le pays à ce niveau.

Malheureusement, le côté égyptien a manifesté une ignorance déplorable au niveau des réactions des citoyens et probablement la situation aurait changé, s’il avait interagi correctement vis-à-vis de ce sujet dès le départ. En désignant le côté égyptien, je ne parle pas uniquement du gouvernement, mais également des hommes d’affaires égyptiens en rapport avec le projet qui voient que l’opinion publique a été influencée par certains cercles hostiles au projet, comme le gouverneur et la presse, pour reprendre leurs propos. Ils ne réalisent pas, que ce faisant, ils reconnaissent implicitement qu’ils ne prennent pas l’opinion publique assez au sérieux. Raison pour laquelle, ils ont alors laissé le soin à l’autre partie de traiter avec les réactions et les sentiments que les habitants ont manifestés et qui, selon eux, seraient erronées, sans déployer aucun effort pour les rectifier.

Nous avons cru que la compagnie étrangère serait plus consciente que le gouvernement de l’importance de l’avis de l’opinion publique. D’autant que dans son  pays, l’opinion publique a une  influence certaine et son avis est pris en considération bien avant l’approbation d’un quelconque projet.

Je me souviens, dans ce contexte, de l’exemple révélateur d’un citoyen égyptien qui n’est autre que celui de Samih Sawirès qui a instauré un projet touristique en Suisse et qui devait introduire beaucoup de changements dans l’un des villages pour faire évoluer son potentiel touristique. Il a tenu dès le départ à avoir le consentement des habitants de ce village. Consentement sans lequel, les approbations officielles nécessaires au projet n’auraient eu aucune valeur. C’est une histoire connue et la presse étrangère en a beaucoup parlé et ce n’est pas Samih Sawirès en personne qui me l’a rapporté.

Est-il logique, qu’un citoyen égyptien se comporte de la sorte à l’étranger, alors qu’une compagnie étrangère agisse de cette manière déplorable chez nous, sans qu’aucun des hommes d’affaires égyptiens, avec lesquels elle collabore ne prenne l’initiative de contacter les cercles refusant le projet, à savoir les habitants de Damiette eux-mêmes ? Ils se sont apparemment dit que l’approbation gouvernementale valait tout et que l’opinion publique n’y était pour rien et, de surcroît, son opposition à son projet n’avait pas grande valeur.

Je ne débats pas ici de l’utilité du projet ou la perte que peut subir l’Egypte comme conséquence de son annulation ou du transfert du projet à un autre lieu. Je ne débats pas non plus de l’intégrité de la position entreprise par les habitants vis-à-vis de ce projet. Le projet peut être extrêmement bénéfique pour l’Egypte et les retombées pourraient être considérables. De même, la position des habitants pourrait être erronée sans que rien ne change au sujet que nous abordons.

Ce dont je débats est ce qui a été négligé à savoir l’importance qui doit être accordée à l’opinion publique et à son approbation. Ce qui n’a pas eu lieu de la part du gouvernement, de la compagnie étrangère, ou des hommes d’affaires qui ont été complices. L’opinion publique a ignoré ceux là ainsi que les médias qui recherchaient une crise pour noircir les pages des journaux, et non pas pour déterminer la responsabilité, ou pour évoquer l’évolution qu’a connue la société civile égyptienne, rendant impossible toute négligence ou ignorance de cette dernière, comme il arrivait à des époques précédentes. En n’étant pas conscients de cela, l’opinion publique ne cessera de prendre à l’avenir des positions similaires à celle d’Agrium.

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