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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Mauritanie. Le coup d’Etat, devenu un facto, continue à faire des remous, mettant l’avenir politique du pays dans l’incertitude.

Horizon brouillé

Les putschistes mauritaniens sont déterminés à aller de l’avant dans leur coup d’Etat perpétré la semaine dernière et ne semblent pas prêts à faire la moindre concession, malgré les multiples pressions exercées de la part de la communauté internationale, soucieuse de régler la crise. Le chef de la junte, Ould Abdel-Aziz, désormais à la tête d’un Haut Conseil d’Etat formé de 11 militaires, a commencé samedi après-midi à recevoir les ambassadeurs de France, des Etats-Unis, d’Allemagne et d’Espagne. Une délégation des Nations-Unies a de même été reçue au palais présidentiel. Dimanche matin, des émissaires de l’Union Africaine (UA) ont également rencontré le dirigeant de la junte. Une « réunion de coordination » fut ensuite organisée dimanche entre la Ligue arabe, l’Onu et l’UA, « pour conjuguer les efforts » et « aider la Mauritanie à sortir de la crise », selon le secrétaire adjoint de la Ligue arabe, Ahmad bin Hilli.

Voulant apaiser les inquiétudes internationales, le général de la junte a assuré dimanche qu’ils sont « venus accidentellement au pouvoir mais uniquement pour bien servir le pays », dans un extrait d’entretien diffusé par RFI. « J’appelle l’ensemble des Mauritaniens à dépasser toutes leurs petites divergences passagères (...) et à aider le nouveau pouvoir à bien s’occuper des problèmes qui menacent le pays, qui sont la faim, l’ignorance, la maladie », a-t-il dit, promettant « de lutter de manière implacable contre la corruption ». Il a également réitéré sa promesse d’organiser une élection présidentielle, tout en refusant de « donner de délai ». « Il est difficile de donner une date précise pour l’élection présidentielle, parce que pour l’heure nous fixons les priorités et les besoins du peuple que l’ancien président a longtemps ignorés », a déclaré M. Aziz.

Au sujet du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, actuellement retenu dans une villa surveillée, le général a assuré qu’il est en bonne santé, bien traité et dans de bonnes conditions. « Nous ne relâcherons pas le président renversé pour le moment pour des raisons de sécurité. Nous essayons pour l’instant de rétablir le calme et de faire baisser les tensions », a déclaré le chef des putschistes au quotidien arabe Asharq Al-Awsat, basé à Londres, dans un entretien téléphonique. « L’ancien président est en bonne santé, il n’a pas de problème. Une nouvelle autorité est en place — le Haut Conseil d’Etat —, qui étudiera le dossier du président une fois l’ordre revenu dans les affaires internes (du pays), ce qui va prendre un peu de temps », a-t-il poursuivi.

Le général Mohamad Ould Abdel-Aziz, ancien chef de la garde présidentielle qui a dirigé le coup de force de mercredi dernier, a formé une junte — le Haut Conseil d’Etat — composée de onze généraux et colonels. Ce dernier a procédé vendredi à toute une série de nominations de gouverneurs militaires dans les régions pour consolider son pouvoir. La veille, cette instance s’était engagée à organiser dans les meilleurs délais un scrutin présidentiel « libre et transparent ». Le Conseil n’a avancé aucune date à cet égard. La junte a fait savoir qu’elle assumerait les pouvoirs présidentiels jusqu’à cette élection et désignerait un gouvernement de transition placé sous l’autorité de Abdel-Aziz.

 

Le coup d’Etat sur la sellette

Malgré les déclarations apaisantes des putschistes, la communauté internationale est loin d’accepter leur coup d’Etat dont elle assure l’illégitimité. C’est dans cette lignée que l’UA a déclaré qu’elle allait « suspendre la Mauritanie jusqu’à ce que le pays retrouve un gouvernement constitutionnel », selon le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Membe, dans un communiqué publié vendredi depuis Dodoma, la capitale tanzanienne. « Le coup d’Etat est un revers grave pour les Mauritaniens parce qu’il a volé au peuple son droit fondamental à élire librement les dirigeants de son choix », a ajouté la Tanzanie, qui préside l’UA. Les Etats-Unis, eux, ont déjà suspendu leur aide bilatérale non humanitaire à la Mauritanie, dont le régime renversé était un allié de Washington dans la lutte contre le terrorisme. Il s’agit, à ce jour, de la seule mesure concrète prise par la communauté internationale en protestation contre le putsch.

A l’intérieur de la Mauritanie même, le coup d’Etat ne fait pas l’unanimité. Si le président de l’Assemblée nationale a solennellement affirmé son soutien au président Sidi Ould Cheikh Abdallahi renversé, la majorité des députés mauritaniens, 67 sur 95, ont dénoncé dimanche, dans un texte commun, ses propos, estimant que le coup d’Etat est le résultat logique des agissements  du président. En revanche, plusieurs centaines de partisans du président renversé, dont des ministres et des députés, s’étaient rassemblés au siège d’un parti à Nouakchott pour marquer avec force leur opposition au coup d’Etat. Les quatre partis du Front pour la défense de la démocratie ont réitéré leur « refus de toute idée d’organiser de nouvelles élections ». « C’est un leurre et une tentative de tromper le peuple et sa classe politique, nous voulons que la Ligue arabe le sache et fasse tout pour préserver cet embryon de démocratie dans le monde arabe qu’elle cite en exemple et qui s’écroule sous ses yeux », a déclaré Mohamed Ould Moloud, président de l’Union des Forces du Progrès (UFP). « Nous continuerons la lutte jusqu’à l’aboutissement de notre objectif », c’est-à-dire le rétablissement du président Ould Cheikh Abdallahi, a déclaré Alkhalil Ould Teyib, premier vice-président de l’Alliance Populaire Progressiste (APP). Les intervenants successifs ont réaffirmé que Ould Cheikh Abdallahi restait le « seul et unique président légitime » et demandé aux militaires de « regagner leurs casernes ». Ils ont souhaité que l’opinion internationale continue de faire pression sur la junte qui a mis en place un Haut Conseil d’Etat après avoir arrêté le président élu. Et ils ont refusé tout dialogue pour entrer au gouvernement ou organiser de nouvelles élections.

Le programme de lutte du Front prévoit des marches (autorisées), sit-in, conférences de presse et campagnes de sensibilisation de l’opinion.

Rania Adel

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