Mauritanie.
Le coup d’Etat, devenu un facto, continue à faire des
remous, mettant l’avenir politique du pays dans
l’incertitude.
Horizon brouillé
Les
putschistes mauritaniens sont déterminés à aller de l’avant
dans leur coup d’Etat perpétré la semaine dernière et ne
semblent pas prêts à faire la moindre concession, malgré les
multiples pressions exercées de la part de la communauté
internationale, soucieuse de régler la crise. Le chef de la
junte, Ould Abdel-Aziz, désormais à la tête d’un Haut
Conseil d’Etat formé de 11 militaires, a commencé samedi
après-midi à recevoir les ambassadeurs de France, des
Etats-Unis, d’Allemagne et d’Espagne. Une délégation des
Nations-Unies a de même été reçue au palais présidentiel.
Dimanche matin, des émissaires de l’Union Africaine (UA) ont
également rencontré le dirigeant de la junte. Une « réunion
de coordination » fut ensuite organisée dimanche entre la
Ligue arabe, l’Onu et l’UA, « pour conjuguer les efforts »
et « aider la Mauritanie à sortir de la crise », selon le
secrétaire adjoint de la Ligue arabe, Ahmad bin Hilli.
Voulant apaiser les inquiétudes internationales, le général
de la junte a assuré dimanche qu’ils sont « venus
accidentellement au pouvoir mais uniquement pour bien servir
le pays », dans un extrait d’entretien diffusé par RFI. «
J’appelle l’ensemble des Mauritaniens à dépasser toutes
leurs petites divergences passagères (...) et à aider le
nouveau pouvoir à bien s’occuper des problèmes qui menacent
le pays, qui sont la faim, l’ignorance, la maladie », a-t-il
dit, promettant « de lutter de manière implacable contre la
corruption ». Il a également réitéré sa promesse d’organiser
une élection présidentielle, tout en refusant de « donner de
délai ». « Il est difficile de donner une date précise pour
l’élection présidentielle, parce que pour l’heure nous
fixons les priorités et les besoins du peuple que l’ancien
président a longtemps ignorés », a déclaré M. Aziz.
Au sujet du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi,
actuellement retenu dans une villa surveillée, le général a
assuré qu’il est en bonne santé, bien traité et dans de
bonnes conditions. « Nous ne relâcherons pas le président
renversé pour le moment pour des raisons de sécurité. Nous
essayons pour l’instant de rétablir le calme et de faire
baisser les tensions », a déclaré le chef des putschistes au
quotidien arabe Asharq Al-Awsat, basé à Londres, dans un
entretien téléphonique. « L’ancien président est en bonne
santé, il n’a pas de problème. Une nouvelle autorité est en
place — le Haut Conseil d’Etat —, qui étudiera le dossier du
président une fois l’ordre revenu dans les affaires internes
(du pays), ce qui va prendre un peu de temps », a-t-il
poursuivi.
Le général Mohamad Ould Abdel-Aziz, ancien chef de la garde
présidentielle qui a dirigé le coup de force de mercredi
dernier, a formé une junte — le Haut Conseil d’Etat —
composée de onze généraux et colonels. Ce dernier a procédé
vendredi à toute une série de nominations de gouverneurs
militaires dans les régions pour consolider son pouvoir. La
veille, cette instance s’était engagée à organiser dans les
meilleurs délais un scrutin présidentiel « libre et
transparent ». Le Conseil n’a avancé aucune date à cet
égard. La junte a fait savoir qu’elle assumerait les
pouvoirs présidentiels jusqu’à cette élection et désignerait
un gouvernement de transition placé sous l’autorité de
Abdel-Aziz.
Le coup d’Etat sur la sellette
Malgré les déclarations apaisantes des putschistes, la
communauté internationale est loin d’accepter leur coup
d’Etat dont elle assure l’illégitimité. C’est dans cette
lignée que l’UA a déclaré qu’elle allait « suspendre la
Mauritanie jusqu’à ce que le pays retrouve un gouvernement
constitutionnel », selon le ministre tanzanien des Affaires
étrangères, Bernard Membe, dans un communiqué publié
vendredi depuis Dodoma, la capitale tanzanienne. « Le coup
d’Etat est un revers grave pour les Mauritaniens parce qu’il
a volé au peuple son droit fondamental à élire librement les
dirigeants de son choix », a ajouté la Tanzanie, qui préside
l’UA. Les Etats-Unis, eux, ont déjà suspendu leur aide
bilatérale non humanitaire à la Mauritanie, dont le régime
renversé était un allié de Washington dans la lutte contre
le terrorisme. Il s’agit, à ce jour, de la seule mesure
concrète prise par la communauté internationale en
protestation contre le putsch.
A l’intérieur de la Mauritanie même, le coup d’Etat ne fait
pas l’unanimité. Si le président de l’Assemblée nationale a
solennellement affirmé son soutien au président Sidi Ould
Cheikh Abdallahi renversé, la majorité des députés
mauritaniens, 67 sur 95, ont dénoncé dimanche, dans un texte
commun, ses propos, estimant que le coup d’Etat est le
résultat logique des agissements du président. En
revanche, plusieurs centaines de partisans du président
renversé, dont des ministres et des députés, s’étaient
rassemblés au siège d’un parti à Nouakchott pour marquer
avec force leur opposition au coup d’Etat. Les quatre partis
du Front pour la défense de la démocratie ont réitéré leur «
refus de toute idée d’organiser de nouvelles élections ». «
C’est un leurre et une tentative de tromper le peuple et sa
classe politique, nous voulons que la Ligue arabe le sache
et fasse tout pour préserver cet embryon de démocratie dans
le monde arabe qu’elle cite en exemple et qui s’écroule sous
ses yeux », a déclaré Mohamed Ould Moloud, président de
l’Union des Forces du Progrès (UFP). « Nous continuerons la
lutte jusqu’à l’aboutissement de notre objectif »,
c’est-à-dire le rétablissement du président Ould Cheikh
Abdallahi, a déclaré Alkhalil Ould Teyib, premier
vice-président de l’Alliance Populaire Progressiste (APP).
Les intervenants successifs ont réaffirmé que Ould Cheikh
Abdallahi restait le « seul et unique président légitime »
et demandé aux militaires de « regagner leurs casernes ».
Ils ont souhaité que l’opinion internationale continue de
faire pression sur la junte qui a mis en place un Haut
Conseil d’Etat après avoir arrêté le président élu. Et ils
ont refusé tout dialogue pour entrer au gouvernement ou
organiser de nouvelles élections.
Le programme de lutte du Front prévoit des marches
(autorisées), sit-in, conférences de presse et campagnes de
sensibilisation de l’opinion.
Rania
Adel