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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Hommage. La mort du poète palestinien Mahmoud Darwich, le 9 août, à l’âge de 67 ans, au 60e anniversaire de la Nakba palestinienne, reste significative. Ses poèmes, au-delà de son renouvellement continu, ont toujours lié l’expérience individuelle à l’amour passion de la terre de l’olivier. En voici quelques vers.

L’ultime soupir de l’Arabe

 

Pour notre patrie

Pour notre patrie,

proche de la parole divine,

un toit de nuages.

Pour notre patrie,

distante des attributs du nom,

une carte de l’absence.

Pour notre patrie,

petite comme un grain de sésame,

un horizon céleste … et un abîme caché.

Pour notre patrie,

pauvre comme les ailes de la grouse,

des Livres saints … et une blessure à l’identité.

Pour notre patrie,

aux collines assiégées déchiquetées,

les embuscades du passé nouveau.

Pour notre patrie, butin de guerre,

le droit de mourir consumé d’amour.

Pierre précieuse dans sa nuit sanglante,

notre patrie resplendit au loin, au loin,

elle illumine alentour …

mais nous, en elle,

nous étouffons chaque jour davantage !

 

Tiré de Ne t’excuse pas, traduction de l’arabe d’Elias Sanbar, Actes Sud / Sindbad, 2006.

 

L’éternité du figuier de Barbarie

— Où me mènes-tu père ?

— En direction du vent, mon enfant

 

A la sortie de la plaine où les soldats de Bonaparte édifièrent une butte

Pour épier les ombres sur les vieux remparts de Saint-Jean-D’Acre

Un père dit à son fils : N’aie pas peur

N’aie pas peur du sifflement des balles

Adhère à la tourbe et tu seras sauf. Nous survivrons

Gravirons une montagne au nord, et rentrerons

Lorsque les soldats reviendront à leurs parents au lointain

 

— Qui habitera notre maison après nous, père ?

— Elle restera telle que nous l’avons laissée mon enfant

 

Il palpa sa clé comme s’il palpait ses membres et s’apaisa

Franchissant une barrière de ronces, il dit :

Souviens-toi mon fils. Ici, les Anglais crucifièrent ton père deux nuits durant sur les épines d’un figuier de Barbarie

Mais jamais ton père n’avoua. Tu grandiras

Et raconteras à ceux qui hériteront des fusils

Le dit du sang versé sur le fer

 

— Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?

— Que la maison reste animée, mon enfant. Car les maisons meurent quand partent leurs habitants

 

L’éternité ouvre ses portes de loin aux passants de la nuit

Les loups des landes aboient à une lune apeurée

Et un père dit à son fils

Sois fort comme ton grand-père

Grimpe à mes côtés la dernière colline des chênes

Et souviens-toi. Ici le janissaire est tombé de sa mule de guerre

Tiens bon avec moi et nous reviendrons chez nous

 

— Quand donc, mon père ?

— Dans un jour ou deux, mon fils

 

Derrière eux, un lendemain étourdi mâchait le vent dans les longues nuits hivernales

Et les hommes de Josué bin Noun édifiaient leur citadelle

Des pierres de leur maison

Haletants sur la route du Cana, il dit : Ici

Passa un jour Notre Seigneur. Ici

Il changea l’eau en vin puis parla longuement de l’amour

Souviens-toi des châteaux croisés

Anéantis par l’herbe d’avril, après le départ des soldats

 

(…)

Telle la lettre noun

dans la sourate du Rahman

Dans l’oliveraie, à l’est des sources

Mon grand-père s’est replié sur son ombre abandonnée

Aucune herbe légendaire n’y a poussé

Et le nuage des lilas

Ne s’est pas répandu sur la scène

 

La terre est vêtement brodée à l’aiguille du sumac dans son rêve brisé

Mon grand-père a bondi de son sommeil

Pour arracher les mauvaises herbes de sa vigne

Ensevelie sous la rue noire

 

Il m’a enseigné le Coran dans le jardin de myrte, à l’est du puits

D’Adam nous venons et d’Eve

Dans l’Eden de l’oubli

Grand-père ! Je suis le dernier des vivants dans le désert. Montons

 

Entourant son nom nu de gardiens

La mer et le désert ne connaissaient

Ni mon grand-père, ni ses fils

Debout désormais, autour du noun

Dans la sourate de Rahman

Dieu, sois témoin !

 

Quant à lui

Né de lui-même

Enterré en lui-même près du feu

Qu’il donne au griffon de qu’il faut de secret consumé

Pour illuminer le temple

 

Tirés de Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
 traduction d’Elias Sanbar, © Actes Sud 1996.

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Mahmoud Darwich

1941 : Naissance en Palestine, à Biroueh près de Haïfa, qui fut détruit lors de la guerre de 1948.

1960 : Entrée au Parti communiste israélien après le lycée. Il commença à écrire des poèmes pour des journaux de gauche. Est devenu depuis ses débuts dans les années 1960 un symbole de l’engagement pour la lutte du peuple palestinien et un prêcheur du droit du retour.

1964 : Publication du recueil Assafir bila agneha (oiseaux sans ailes). Puis se multiplient les recueils traduits en plus de 20 langues aujourd’hui. Ihda achr kawkaban, éditions Riyad Al-Rayyes en 1994 (Au dernier soir sur cette terre, Actes Sud 1994). La taëtazer amma faalt, éditions Riyad Al-Rayyes en 2004 (Ne t’excuse pas, éd. Actes Sud 2006).

1973 : Il rejoint l’OLP mais démissionne en 1993 pour protester contre les accords d’Oslo conclus par Yasser Arafat avec l’Etat hébreu.

1982 : Darwich relatera la résistance palestinienne au siège israélien dans Qassidat Beyrouth (1982) et Madih al-zell al-aali (1983).

1996 : Il s’installera à Ramallah.

2000 : La parution d’une anthologie aux éditions Gallimard, La Terre nous est étroite et autres poèmes (1966-1999), traduction d’Elias Sanbar.

2007 : Prix de la poésie à la 1re conférence internationale de la poésie arabe au Caire.

 




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