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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Secrétaire général adjoint au Département des opérations de maintien de la paix de l’Onu depuis octobre 2000, Jean-Marie Guéhenno vient de quitter son poste, fin juillet. Il livre son analyse des difficultés que rencontrent les opérations de maintien de la paix dans le monde, et particulièrement au Darfour.

« La coopération Onu-UA ne suffit pas
à surmonter les difficultés au Darfour »

 

Al-Ahram Hebdo : Durant votre mandat à la tête du Département des opérations de maintien de la paix, il y a eu une grande expansion du déploiement des troupes de l’Onu dans les zones de conflit du monde. Faudrait-il continuer sur cette voie ou encourager les opérations régionales ou mixtes de maintien de la paix, comme celles de l’Onu et de l’Union Africaine (UA) au Darfour et au Soudan ?

Jean-Marie Guéhenno : L’expansion significative du nombre de personnels déployés au sein des missions de maintien de la paix, depuis que j’ai pris la tête du Département, reflète dans une certaine mesure la confiance que la communauté internationale a dans cet outil. Cette expansion ne doit pas cependant conduire à considérer le maintien de la paix comme une panacée. C’est un outil parmi d’autres à la disposition de la communauté internationale. Il est des situations dans lesquelles cet outil pourrait ne pas être le plus adapté, et il ne peut en aucun cas remplacer la volonté des parties au conflit à construire la paix, ni la volonté politique de la communauté internationale de les y aider. Cette expansion a également ses limites : il devient de plus en plus difficile de trouver des troupes bien équipées et disponibles pour un déploiement dans des conditions parfois très difficiles.

Je ne pense pas, par ailleurs, qu’il s’agisse de choisir entre tel ou tel modèle d’opérations ; les efforts des Nations-Unies et des organisations régionales sont complémentaires et nos opérations sont soumises, dans bien des cas, aux mêmes contraintes. C’est bien le cas au Darfour, dont il faudra tirer les leçons pour améliorer encore notre coopération, de plus en plus étroite, avec l’UA.

L’opération hybride au Darfour rencontre de multiples problèmes politiques, financiers, logistiques et de coordination entre l’Onu et l’UA. Comment surmonter ces difficultés ?

— Cette opération constitue une première et il est normal que certaines procédures prennent un peu de temps à être mises en place entre deux organisations qui ont des cultures différentes. L’esprit de coopération qui existe entre elles est cependant indéniable, et nous poursuivons au Darfour comme dans d’autres théâtres en Afrique un objectif commun, qui est de soutenir un processus de paix. Cette coopération est nécessaire, mais ne suffit pas à surmonter les obstacles politiques, logistiques et opérationnels auxquels est confrontée la MINUAD. Pour cela, la Mission a besoin du soutien non seulement des autorités soudanaises, mais aussi de tous les Etats membres de l’UA, comme des Nations-Unies. C’est uniquement grâce au soutien des pays contributeurs de troupes, des principaux pays qui financent les opérations de maintien de la paix et d’un Conseil de sécurité uni que les moyens qui sont nécessaires pour accompagner le processus de paix au Darfour seront réunis. Mais en dernier ressort, l’impact de toute Mission de maintien de la paix dépend avant tout de la volonté des parties au conflit à aller vers la paix.

Comment surmonter la réticence des pays membres de l’Onu à fournir les troupes et les équipements nécessaires pour les opérations de maintien de la paix, comme au Darfour ?

— Pour beaucoup de pays, il ne s’agit pas de réticence, mais de l’impossibilité de déployer simultanément des troupes dans des théâtres d’opérations de plus en plus nombreux. Les tâches que l’on demande à ces troupes de remplir sont également de plus en plus complexes, souvent dans des environnements dangereux. Cependant, il me semble primordial de continuer à rechercher une contribution aussi large que possible à une Mission donnée, et tendre vers un équilibre global entre pays contributeurs de troupes. C’est un message politique très fort que de pouvoir démontrer l’engagement de la communauté internationale entière dans la résolution d’une crise, à travers la diversité des personnels qui y sont envoyés. C’est aussi parfois la seule façon d’obtenir les moyens indispensables à une opération militaire : très peu de pays ont la capacité de fournir les bâtiments nécessaires aux opérations maritimes de la Finul au Liban, par exemple.

Les opérations de maintien de la paix font face à des problèmes de financement, les Etats-Unis notamment, principal contributeur financier, se plaignant de la hausse des coûts. Comment régler ce problème ?

— Il est vrai que le maintien de la paix coûte cher. Le budget des opérations que nous gérons s’élève à près de 7 milliards de dollars, et la contribution de certains Etats qui financent une grande part de ce budget n’est pas à sous-estimer. Cela me semble cependant un bon investissement : d’abord parce que, tout compte fait, ces 7 milliards de dollars ne représentent qu’un pourcentage très faible des dépenses militaires globales. Ensuite, parce que cet investissement doit permettre, en accompagnant le retour de la paix dans une région donnée, d’y créer les bases d’un développement durable, dont le bénéfice économique, aussi bien qu’humain, a pu être dans certains cas chiffré.

Le coût du maintien de la paix n’est cependant pas prêt de diminuer : les moyens mis à disposition de nos Missions sont dans la plupart des cas le strict minimum nécessaire à l’accomplissement de leurs mandats, qui sont fixés, comme vous le savez, par le Conseil de sécurité.

Quels sont vos efforts pour faire face aux exactions (violence, trafic d’armes et de diamants, viols) commises par certains soldats des forces de l’Onu en Afrique ?

— Le secrétaire général a adopté une position de tolérance zéro vis-à-vis de ces comportements, que nous avons appliquée avec constance et détermination. Nous nous devons d’exiger de tous nos personnels — pas seulement des soldats — une conduite exemplaire. Nous avons fait de grands progrès à cet égard, que ce soit au sujet du traitement des allégations reçues, des procédures d’enquêtes (qui, par leur rigueur, permettent de constituer des dossiers solides contre ceux qui commettent ces actes répréhensibles, mais également de préserver les individus contre des allégations mensongères) ou du soutien que les Etats membres apportent à nos efforts. Beaucoup reste à faire, c’est l’un des domaines dans lesquels nous ne pouvons relâcher notre attention.

Quels types de soutien l’Onu peut-elle apporter aux efforts de l’UA pour africaniser les opérations de maintien de la paix dans le continent ?

— Je ne suis pas sûr qu’« africaniser » les opérations de maintien de la paix en Afrique soit un but en soit. S’il s’agit de missions de maintien de la paix des Nations-Unies, comme je l’ai déjà dit, il est important de cultiver, autant que faire se peut, l’universalité qui caractérise l’organisation. Cela dit, l’UA fait d’immenses d’efforts en faveur de la résolution de conflits sur le continent africain. Les Nations-Unies sont engagées dans un processus de soutien à long terme des capacités de l’UA pour la prévention et la résolution des conflits. Comme je l’ai dit précédemment, nous poursuivons les mêmes objectifs.

Le gouvernement de transition de la Somalie a appelé l’Onu à envoyer une force de maintien de la paix pour soutenir la stabilisation dans le pays. Pensez-vous que l’Onu pourrait accepter d’envoyer une telle force ? Et qu’est-ce qui empêche l’envoi d’une telle opération de consolidation de la paix ?

— Le Conseil de sécurité a très récemment débattu de la situation en Somalie. Il a entendu le représentant spécial du secrétaire général pour la Somalie, le commissaire pour la paix et la sécurité de l’UA et le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de transition. Il est important de considérer l’ensemble des facteurs concernant le déploiement éventuel d’une force de stabilisation en Somalie, y compris la viabilité du processus de paix en cours et l’adhérence des parties sur le terrain à un accord éventuel, mais également les capacités dont cette force devra bénéficier pour avoir l’espoir d’être effective dans un contexte extrêmement difficile. Il est important à cet égard de se souvenir des leçons apprises au cours des revers dramatiques du maintien de la paix durant les années 1990, distillées dans le rapport du panel sur les opérations de maintien de la paix, dirigé en 2000 par Lakhdar Brahimi.

Propos recueillis par Hicham Mourad

 




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