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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Idées

Hommage. Les poètes palestinien Ibrahim Nasrallah et bahreïni Qassem Haddad livrent leurs impressions et témoignages sur Mahmoud Darwich, figure emblématique de la poésie arabe. La jeune génération reconnaît aussi la grande valeur de l’auteur, dont les vers dépassent la simple poésie de la résistance.

Comment trouver les mots face à une mort pareille ?

C’est une mort qui nous attaque en plein cœur, qui nous abat, alors que nous ne manquions ni d’ennemis ni de morts. Pour une raison qui m’échappe, j’ai eu ces derniers jours le sentiment qu’il allait revenir d’entre les morts pour lire les discours funèbres à son attention, mais il ne l’a pas fait.

La mort de Mahmoud Darwich ressemble à une scène majeure de la tragédie palestinienne, où l’amoureux transi parvient à rencontrer sa bien-aimée seulement après avoir connu le martyr ou l’égarement, selon ses propres termes.

Sa disparition, comme la disparition de n’importe quel artiste ou écrivain connu, a privé de refuge une grande partie de l’âme palestinienne et arabe. Car chacun de ses poèmes constituait un giron protecteur pour ces âmes. Nous subissons donc une lourde perte aujourd’hui, et le rêve du peuple palestinien, qui aspire à vivre librement, est endolori.

Nous avons conscience que la mort guette chacun d’entre nous, à un détour ou un autre, de façon voilée et confuse ou au contraire plus claire que jamais, au point de nous poser la question : comment a-t-elle pu nous surprendre ? Et inévitablement la mort nous frappe en plein cœur au point de ne jamais nous en remettre.

Malgré tous les indices et en dépit des trois actes de la tragédie de la mort, et là je veux parler des trois interventions de chirurgie cardiaque qu’a subies le poète, sa mort a été foudroyante. Peut-être parce qu’à force de voir la mort nous entourer, nous nous accrochons avec acharnement à la bouée de la vie comme à celle de l’esthétisme, absent de notre patrie mais reconnaissable dans un poème, un roman, une peinture ou une chanson.

A chaque fois que nous perdons un grand artiste, nous nous consolons en disant qu’il nous a légué un chef-d’œuvre éternel. Cependant, la mort nous a vaincus parce qu’elle nous a privés de nouveaux poèmes, et par conséquent d’une part de vie et d’esthétisme que nous aurions pu connaître à l’avenir.

Et la mort nous a une nouvelle fois visés en plein cœur, d’une flèche mortelle.

Ibrahim Nasrallah

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