Al-Ahram Hebdo,Environnement | Montrés du doigt mais encore innocents
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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Environnement

Pesticides. De nombreux cas de cancer sont constatés depuis plusieurs années dans les zones agricoles et chez les agriculteurs. Faute d’études précises, les décideurs estiment qu’un lien de cause à effet est impossible.

Montrés du doigt mais encore innocents

Zakariya Moustapha Mohamad, employé du ministère de l’Education dans le gouvernorat de Minya, est atteint d’un cancer. Sa femme, qui a travaillé pendant plus de 20 ans à la direction de l’agriculture du gouvernorat, est décédée de cette maladie en 2006. « Je suis sûr que c’est à cause de l’usage des pesticides cancérigènes qui sont entrés dans le pays à l’époque de Youssef Wali, resté pendant plusieurs années et jusqu’en 2003 ministre de l’Agriculture, et qui ont pollué l’environnement, que nous sommes tombés malades », indique Zakariya. Il ajoute que son épouse avait pris l’habitude de rapporter avec elle toutes sortes de fruits, légumes, et même des œufs frais achetés près de son lieu de travail. Zakariya fonde sa conviction sur les informations selon lesquelles le nombre de cancers est en augmentation en Egypte à cause de la toxicité des aliments. Mais selon le Dr Hamdi Al-Sayed, président de l’Ordre des médecins, ce raisonnement est totalement infondé. « Les pesticides dangereux affectent d’abord le foie, puis le système digestif et les reins. Cela provoque la mort avant le cancer. Les chiffres égyptiens révèlent que le taux annuel de cancers en Egypte est de 145 pour 100 000 personnes. Ce qui est un taux normal », poursuit Hamdi Al-Sayed.

Très peu de données sont en fait disponibles pour déterminer s’il existe un lien réel entre les pesticides et l’apparition de certains cancers. Ces données suggèrent que les agriculteurs développent plus de cancers spécifiques (estomac, prostate, ovaire et lèvres) que les autres. Mais cela permet-il de déduire qu’il existe des pesticides cancérigènes ? « Sûrement pas. Dire qu’il existe un pesticide cancérigène n’est pas sérieux. Ni à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ni à l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ni au Centre international des recherches, on ne parle de pesticide cancérogène », commente le Dr Moustapha Kamal Tolba, ancien directeur exécutif du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), et président du comité des pesticides au sein du ministère de l’Agriculture et de l’Association de la défense du consommateur. « J’ai rédigé une thèse de doctorat concernant les maladies des plantes et je peux vous dire qu’en ce qui concerne les pesticides, nous devons respecter certains principes : défendre la santé des Egyptiens, l’environnement, l’économie nationale et la production agricole », signale le Dr Tolba. Il ajoute que les pesticides sont une matière chimique toxique, donc un dosage exagéré peut empoisonner jusqu’à la mort, mais pas occasionner un cancer.

« En octobre 2006, le ministre de l’Agriculture Amin Abaza a formé le comité des pesticides au sein de son ministère. Ce comité présidé par le Dr Tolba renferme 18 membres, experts et académiciens en agriculture, médecines et compagnies de productions agricoles qui représentent les consommateurs », explique le Dr Salah Soliman, professeur de chimie et de toxicité des pesticides à l’Université d’Alexandrie et vice-président du comité des pesticides. Ce comité fixe les bases et les réglementations de l’utilisation des pesticides. Le ministère de l’Agriculture dispose de plusieurs agronomes dans les différents gouvernorats. La vente de pesticides est assistée par une personne formée pour orienter les agriculteurs dans leurs achats. A vrai dire, la tâche du comité des pesticides n’est pas aisée, d’autant plus qu’il a été formé à une époque où les pesticides sont devenus source de troubles. C’est pourquoi, il vérifie que tous les pesticides entrant en Egypte sont sains pour la santé et l’environnement. « Nos références pour admettre un pesticide sont l’Organisation internationale des recherches sur le cancer (IARC), l’Agence américaine de la protection de l’environnement (USEDA) et la Commission européenne. Un pesticide interdit par ces trois organismes n’est jamais utilisé en Egypte », indique le Dr Salah Soliman.

Chiffre de consommation assez faible

L’Egypte a consommé 11 000 tonnes de pesticides en 2007. Avant 1995, l’Etat se chargeait de les importer et de les distribuer. Les quantités consommées par an variaient entre 18 et 22 000 tonnes et atteignaient dans les pires cas 42 000 tonnes. Après 1995, avec la libéralisation du marché des pesticides, l’approvisionnement a baissé. Entre 1995 et 2005, la consommation des pesticides était de 6 500 tonnes par an, dont 2 000 tonnes utilisées par le gouvernement pour la culture du coton et 4 500 tonnes utilisées par les agriculteurs pour les autres cultures sur 8 millions de feddans (1 feddan = 0,42 ha). « Quelques-uns sont cultivés deux fois par an, ce qui permet de dire que cette quantité de pesticides servait à cultiver près de 12 millions de feddans », précise le Dr Salah Soliman.

De même, pour produire les pesticides, l’Egypte utilise 2 500 tonnes de matière par an, soit une part par habitant de 33 grammes. Ce qui est 20 à 30 fois moins comparé à d’autres pays du monde. Le chiffre de la consommation nationale des pesticides est alors assez faible. Le vrai problème de la pollution vient du comportement des personnes et du manque de sensibilisation. Car certains agriculteurs se débarrassent des restes des pesticides dans les cours d’eau, et d’autres utilisent les emballages comme récipient ... « Nous avons essayé de sensibiliser les producteurs et les consommateurs. Nous leur avons demandé de produire différentes tailles de boîtes de pesticides et de convaincre les consommateurs de ne pas réutiliser les boîtes comme verre d’eau ! », indique le Dr Tolba. En effet, la pollution par les pesticides occupe la 28e place en Egypte sur la liste des polluants de l’environnement, selon le Dr Mohamad Abdel-Razeq Al-Sayed, ex-responsable au Laboratoire central des pesticides. « C’est en réalité la pollution de l’air occasionnée par les véhicules et l’incinération en plein air des déchets solides contenant un taux très élevé de plastique qui sont les premiers responsables de la propagation des cancers en Egypte », conclut le Dr Abdel-Razeq.

Dalia Abdel-Salam

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