Pesticides.
De nombreux cas de cancer sont constatés depuis plusieurs
années dans les zones agricoles et chez les agriculteurs.
Faute d’études précises, les décideurs estiment qu’un lien
de cause à effet est impossible.
Montrés du doigt mais encore innocents
Zakariya
Moustapha Mohamad, employé du ministère de l’Education dans
le gouvernorat de Minya, est atteint d’un cancer. Sa femme,
qui a travaillé pendant plus de 20 ans à la direction de
l’agriculture du gouvernorat, est décédée de cette maladie
en 2006. « Je suis sûr que c’est à cause de l’usage des
pesticides cancérigènes qui sont entrés dans le pays à
l’époque de Youssef Wali, resté pendant plusieurs années et
jusqu’en 2003 ministre de l’Agriculture, et qui ont pollué
l’environnement, que nous sommes tombés malades », indique
Zakariya. Il ajoute que son épouse avait pris l’habitude de
rapporter avec elle toutes sortes de fruits, légumes, et
même des œufs frais achetés près de son lieu de travail.
Zakariya fonde sa conviction sur les informations selon
lesquelles le nombre de cancers est en augmentation en
Egypte à cause de la toxicité des aliments. Mais selon le Dr
Hamdi Al-Sayed, président de l’Ordre des médecins, ce
raisonnement est totalement infondé. « Les pesticides
dangereux affectent d’abord le foie, puis le système
digestif et les reins. Cela provoque la mort avant le
cancer. Les chiffres égyptiens révèlent que le taux annuel
de cancers en Egypte est de 145 pour 100 000 personnes. Ce
qui est un taux normal », poursuit Hamdi Al-Sayed.
Très peu de données sont en fait disponibles pour déterminer
s’il existe un lien réel entre les pesticides et
l’apparition de certains cancers. Ces données suggèrent que
les agriculteurs développent plus de cancers spécifiques
(estomac, prostate, ovaire et lèvres) que les autres. Mais
cela permet-il de déduire qu’il existe des pesticides
cancérigènes ? « Sûrement pas. Dire qu’il existe un
pesticide cancérigène n’est pas sérieux. Ni à l’Organisation
Mondiale de la Santé (OMS), ni à l’Organisation des
Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ni
au Centre international des recherches, on ne parle de
pesticide cancérogène », commente le Dr Moustapha Kamal
Tolba, ancien directeur exécutif du Programme des
Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), et président du
comité des pesticides au sein du ministère de l’Agriculture
et de l’Association de la défense du consommateur. « J’ai
rédigé une thèse de doctorat concernant les maladies des
plantes et je peux vous dire qu’en ce qui concerne les
pesticides, nous devons respecter certains principes :
défendre la santé des Egyptiens, l’environnement, l’économie
nationale et la production agricole », signale le Dr Tolba.
Il ajoute que les pesticides sont une matière chimique
toxique, donc un dosage exagéré peut empoisonner jusqu’à la
mort, mais pas occasionner un cancer.
« En octobre 2006, le ministre de l’Agriculture Amin Abaza a
formé le comité des pesticides au sein de son ministère. Ce
comité présidé par le Dr Tolba renferme 18 membres, experts
et académiciens en agriculture, médecines et compagnies de
productions agricoles qui représentent les consommateurs »,
explique le Dr Salah Soliman, professeur de chimie et de
toxicité des pesticides à l’Université d’Alexandrie et
vice-président du comité des pesticides. Ce comité fixe les
bases et les réglementations de l’utilisation des
pesticides. Le ministère de l’Agriculture dispose de
plusieurs agronomes dans les différents gouvernorats. La
vente de pesticides est assistée par une personne formée
pour orienter les agriculteurs dans leurs achats. A vrai
dire, la tâche du comité des pesticides n’est pas aisée,
d’autant plus qu’il a été formé à une époque où les
pesticides sont devenus source de troubles. C’est pourquoi,
il vérifie que tous les pesticides entrant en Egypte sont
sains pour la santé et l’environnement. « Nos références
pour admettre un pesticide sont l’Organisation
internationale des recherches sur le cancer (IARC), l’Agence
américaine de la protection de l’environnement (USEDA) et la
Commission européenne. Un pesticide interdit par ces trois
organismes n’est jamais utilisé en Egypte », indique le Dr
Salah Soliman.
Chiffre de consommation assez faible
L’Egypte a consommé 11 000 tonnes de pesticides en 2007.
Avant 1995, l’Etat se chargeait de les importer et de les
distribuer. Les quantités consommées par an variaient entre
18 et 22 000 tonnes et atteignaient dans les pires cas 42
000 tonnes. Après 1995, avec la libéralisation du marché des
pesticides, l’approvisionnement a baissé. Entre 1995 et
2005, la consommation des pesticides était de 6 500 tonnes
par an, dont 2 000 tonnes utilisées par le gouvernement pour
la culture du coton et 4 500 tonnes utilisées par les
agriculteurs pour les autres cultures sur 8 millions de
feddans (1 feddan = 0,42 ha). « Quelques-uns sont cultivés
deux fois par an, ce qui permet de dire que cette quantité
de pesticides servait à cultiver près de 12 millions de
feddans », précise le Dr Salah Soliman.
De même, pour produire les pesticides, l’Egypte utilise 2
500 tonnes de matière par an, soit une part par habitant de
33 grammes. Ce qui est 20 à 30 fois moins comparé à d’autres
pays du monde. Le chiffre de la consommation nationale des
pesticides est alors assez faible. Le vrai problème de la
pollution vient du comportement des personnes et du manque
de sensibilisation. Car certains agriculteurs se
débarrassent des restes des pesticides dans les cours d’eau,
et d’autres utilisent les emballages comme récipient ... «
Nous avons essayé de sensibiliser les producteurs et les
consommateurs. Nous leur avons demandé de produire
différentes tailles de boîtes de pesticides et de convaincre
les consommateurs de ne pas réutiliser les boîtes comme
verre d’eau ! », indique le Dr Tolba. En effet, la pollution
par les pesticides occupe la 28e place en Egypte sur la
liste des polluants de l’environnement, selon le Dr Mohamad
Abdel-Razeq Al-Sayed, ex-responsable au Laboratoire central
des pesticides. « C’est en réalité la pollution de l’air
occasionnée par les véhicules et l’incinération en plein air
des déchets solides contenant un taux très élevé de
plastique qui sont les premiers responsables de la
propagation des cancers en Egypte », conclut le Dr Abdel-Razeq.
Dalia
Abdel-Salam