Circulation. Avec
l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions, l’anarchie dans les rues a été
sensiblement réduite. Un fait dû, avant toute chose, à la réduction du nombre
de taxis et de microbus dont les chauffeurs craignent les sanctions sévères
désormais prévues.
Une loi qui fait peur
Place
Ramsès au Caire. Ce lieu, qui est parmi les plus encombrés et les plus
anarchiques de la capitale, est étonnement calme. Depuis 7h du matin, des hauts
gradés de la police sont positionnés en surnombre ça et là sur la place. Des
véhicules de police et des motos flambant neuf sillonnent les lieux en
permanence. Mesures de sécurité exceptionnelles en prévision à une
manifestation de l’opposition ou bien passage d’un cortège présidentiel ? Ni
l’un ni l’autre. C’est tout simplement une campagne pour rétablir l’ordre dans
les rues du Caire et faire respecter la nouvelle loi sur la circulation. Cette
loi, entrée en vigueur le 1er août, est censée mettre fin à l’anarchie de la
circulation dans les villes égyptiennes. La loi prévoit des peines très sévères
à l’encontre des automobilistes qui ne respectent pas le code de la route. Amendes
faramineuses, retraits et suppression de permis de conduire et peines
d’emprisonnement caractérisent cette loi dont la promulgation a donné lieu à un
vif débat sur la scène politique. Depuis l’entrée en vigueur de celle-ci, un
calme mêlé de prudence règne dans les rues du Caire. La circulation est moins
dense. Selon la direction générale de la circulation, il y a eu 83 000
procès-verbaux et 4 000 retraits de permis durant la première semaine
d’application de la loi. C’est beaucoup moins que la moyenne habituelle à cette
période de l’année. De plus, on remarque une baisse graduelle des
procès-verbaux entre le premier jour de l’application de la loi et les jours
suivants. Ainsi y a-t-il eu 26 000 procès-verbaux le 1er août. Le lendemain, il
y en avait 15 000 et 4 000 seulement au cours du sixième jour. Les
automobilistes, conscients des risques qu’ils encourent, se seraient-ils mis
subitement à respecter le code de la route ? Pas vraiment. Si le nombre de
contraventions a baissé, c’est parce que le nombre de véhicules a régressé dans
les rues de la capitale. Un grand nombre de chauffeurs de microbus et de taxis
se sont abstenus de travailler de peur de se faire piéger par la police. En
effet, beaucoup de ces chauffeurs conduisent en situation irrégulière (absence
de permis de conduire ou de carte grise, véhicules accidentés et en mauvais
état, etc.). D’autres ont simplement reçu des contraventions durant les
premiers jours d’application de la loi et ne veulent pas « risquer leur peau ».
Un petit tour à l’arrêt de microbus d’Ahmad Helmi au Caire permet rapidement de
le constater. Plusieurs dizaines de microbus sont stationnés à l’arrêt.
Certains chauffeurs sont installés par terre et prennent un verre de thé. Ils
refusent simplement de partir, ce qui a donné lieu à des échauffourées avec les
usagers. « Circuler maintenant serait trop risqué. Le pays est infesté
d’officiers et d’agents de la circulation et nous ne sommes pas en règle »,
lance Ibrahim Ali, chauffeur de microbus. Les microbus font la liaison entre
Ahmad Helmi et les quartiers de Haram, Madinet Nasr, Abboud et la cité du 6
Octobre. Pour accéder à cette dernière, ils doivent emprunter l’axe du 26
juillet. Une aventure risquée pour certains d’entre eux. « L’axe du 26 juillet
est très surveillé. Il y a des points de contrôle tous les 5 kilomètres. Avec
un véhicule accidenté, il est impossible de ne pas se faire prendre », explique
pour sa part Sayed, un autre chauffeur de microbus. Il affirme avoir eu trois
contraventions le premier jour de l’application de la loi dont le montant
s’élève à 1 000 L.E. Si auparavant un chauffeur de microbus pouvait payer un
dessous de table de 5 L.E. à un agent de la circulation pour ne pas avoir à
payer une contravention, tel n’est plus le cas depuis deux semaines, car ce
sont des officiers qui contrôlent la circulation et non pas de simples agents. «
Le revenu quotidien de mon microbus ne dépasse pas les 200 L.E. Comment vais-je
payer ces amendes ? Dans de telles conditions, mieux vaut ne pas travailler »,
assure-t-il. Et d’ajouter : « A Qalioubiya, les chauffeurs de microbus
projettent de faire grève pour protester contre la loi. Nous voulons faire la
même chose. Cette loi est injuste. Nous sommes déjà accablés par la pénurie de
l’essence 80 ».
Face à
la grogne des usagers qui ne trouvent pas de moyens de locomotion, certains
chauffeurs de microbus acceptent de faire seulement la moitié du trajet, de
façon à éviter les points de contrôle. Ils déposent les passagers à mi-chemin,
mais ils refusent de baisser le tarif. Cette situation a exaspéré de nombreux
citoyens. « Pour me rendre à Haram, je suis obligée de prendre deux microbus au
lieu d’un. C’est du temps perdu et de l’argent », lance Imane, fonctionnaire. 70
000 microbus sillonnent quotidiennement les rues du Caire. La plupart ne sont
pas en règle. Créés dans les années 1980 pour solutionner la crise des
transports, ils sont considérés comme l’une des causes de l’anarchie dans la
capitale.
Les
sanctions imposées par la nouvelle loi sont au-delà des moyens des chauffeurs
de microbus. Elles vont de 300 à 1 500 L.E. selon la gravité de l’infraction. Sans
compter les peines d’emprisonnement.
Outre
les microbus, les chauffeurs de taxis (il y en a 50 000 environ au Caire) ont
été durement touchés par la loi. « Le propriétaire du taxi m’a demandé
d’arrêter pendant quelques jours, le temps de voir comment la loi va être
appliquée », explique Ali, chauffeur de taxi au Caire. En effet, les
propriétaires de taxis craignent de se retrouver à la fin de l’année avec des
tonnes d’amendes à régler. Ils préfèrent arrêter le travail « le temps que les
choses s’estompent ». Certains automobilistes ordinaires ont eux aussi préféré ne
pas utiliser leurs voitures pour éviter tous risques. Si le calme est revenu
dans les rues de la capitale, ce n’est pas parce que l’on respecte mieux le
code de la route, mais parce que le nombre de véhicules a régressé. De nombreux
citoyens se trouvent dans les stations balnéaires pour passer les vacances
d’été. Il faudra attendre sans doute quelques mois avant de pouvoir dresser un
bilan plus précis.
Chérif Soliman
Héba Nasreddine