Droits de l’Homme.
Ils seraient en forte régression selon le rapport annuel,
publié la semaine dernière par une ONG qui fait autorité sur
la question. Ses conclusions contredisent les affirmations
officielles.
Le dossier reste chargé
Quatorze personnes, dont un enfant de douze ans, sont mortes
suite à des actes de torture dans les lieux de détention
durant l’année 2007, contre six personnes décédées dans des
conditions semblables l’année précédente, indique — comme
pour indiquer la tendance — le rapport de l’Organisation
égyptienne des droits de l’homme (EOHR) publié la semaine
dernière. Globalement, le rapport suggère une «
détérioration » de la condition des droits de l’homme en
Egypte. L’EOHR, qui est l’une des premières ONG égyptiennes
à fournir une documentation exhaustive sur le sujet, affirme
en outre que le nombre de cas de torture est passé à 40 en
2007, contre 30 l’année précédente.
Mais d’après de nombreux activistes, les statistiques
relatives à la torture ne représentent probablement que le
sommet de l’iceberg, étant donné que les ONG ne publient
dans leurs rapports que les cas bien documentés qu’elles se
sentent en mesure de prouver. La plupart des défenseurs des
droits de l’homme considèrent la torture comme une pratique
systématique en Egypte qui inclut notamment l’usage de
l’électrocution. Il en va de même pour les conditions de
détention qui témoigneraient, elles aussi, d’une «
détérioration continuelle ». Et cela « malgré les
législations égyptiennes et les chartes internationales dont
l’Egypte est signataire. Cela est en contradiction avec les
affirmations et rapports publiés par le ministère de
l’Intérieur et l’Organisme des prisons, qui font état d’une
amélioration des conditions des prisonniers », souligne le
rapport.
Lors d’une conférence de presse, le secrétaire général de l’EOHR,
Hafez Abou-Seada, a affirmé que le ministère de l’Intérieur
avait demandé un exemplaire du rapport. « Or, d’habitude, il
ne prend pas la peine de réagir à ce qu’il contient »,
a-t-il ajouté.
Depuis sa création en 2003, le Conseil national des droits
de l’homme, financé par le gouvernement, a reconnu certains
cas de décès dans les lieux de détention. Toutefois, son
président, Boutros Boutros-Ghali, souligne toujours «
l’impossibilité de se débarrasser du jour au lendemain des
pratiques ancrées depuis des centaines d’années ».
De son côté, le gouvernement égyptien affirme que les
policiers soupçonnés de tels actes sont traduits en justice.
En effet, plusieurs d’entre eux ont été condamnés à des
peines de prison ces dernières années, cependant leur nombre
est de loin proportionnel aux cas rapportés.
Par ailleurs, l’EOHR a considéré que l’année 2007 était «
une autre mauvaise année » pour la liberté de la presse,
avec 22 procès intentés contre des journalistes appartenant
à la presse indépendante et de l’opposition et dont certains
risquent la prison. Toujours relativement au dossier de la
liberté d’expression, le rapport a fait état des cas de
harcèlement de jeunes bloggueurs, dont certains ont été
traduits en justice, ainsi que de la confiscation de
certaines œuvres littéraires et autres publications.
Maintenir les choses sous contrôle
Le rapport critique en outre certains aspects des
amendements constitutionnels survenus en 2007, qui donnent
toujours le droit au gouvernement de traduire les citoyens
devant des tribunaux militaires et qui nient aux juges tout
contrôle dans les processus électoraux. « Les pressions
exercées sur le gouvernement n’ont pas réussi à l’amener à
adopter des législations susceptibles de garantir le respect
des droits de l’homme », note le rapport. De plus, commente
l’activiste Negad Al-Boraï, l’évolution des droits de
l’homme en Egypte n’est pas uniforme. « Dans certains
domaines, on peut noter une amélioration, c’est clair par
exemple quand des policiers accusés de torture se retrouvent
traduits en justice et condamnés à des peines de prison »,
souligne-t-il. En revanche, il estime qu’au niveau des
libertés politiques et de la liberté d’expression, la
situation « s’est dégradée ». Probablement parce que « les
responsables au pouvoir pensent avoir intérêt à maintenir
les choses sous contrôle. La percée des libertés survenue en
2005 et 2006 les a inquiétés », explique Al-Boraï. La raison
? D’après lui, cela s’inscrit dans le cadre de la «
transition » du pouvoir. « Gamal Abdel-Nasser et Anouar
Al-Sadate sont tous les deux morts subitement, or ce n’est
pas le cas avec Hosni Moubarak dont l’âge avancé permet de
faire certains arrangements au sommet du pouvoir. La
restriction des libertés en est un », analyse l’activiste.
Chérif Albert