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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Egypte

Droits de l’Homme. Ils seraient en forte régression selon le rapport annuel, publié la semaine dernière par une ONG qui fait autorité sur la question. Ses conclusions contredisent les affirmations officielles.

Le dossier reste chargé

Quatorze personnes, dont un enfant de douze ans, sont mortes suite à des actes de torture dans les lieux de détention durant l’année 2007, contre six personnes décédées dans des conditions semblables l’année précédente, indique — comme pour indiquer la tendance — le rapport de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme (EOHR) publié la semaine dernière. Globalement, le rapport suggère une « détérioration » de la condition des droits de l’homme en Egypte. L’EOHR, qui est l’une des premières ONG égyptiennes à fournir une documentation exhaustive sur le sujet, affirme en outre que le nombre de cas de torture est passé à 40 en 2007, contre 30 l’année précédente.

Mais d’après de nombreux activistes, les statistiques relatives à la torture ne représentent probablement que le sommet de l’iceberg, étant donné que les ONG ne publient dans leurs rapports que les cas bien documentés qu’elles se sentent en mesure de prouver. La plupart des défenseurs des droits de l’homme considèrent la torture comme une pratique systématique en Egypte qui inclut notamment l’usage de l’électrocution. Il en va de même pour les conditions de détention qui témoigneraient, elles aussi, d’une « détérioration continuelle ». Et cela « malgré les législations égyptiennes et les chartes internationales dont l’Egypte est signataire. Cela est en contradiction avec les affirmations et rapports publiés par le ministère de l’Intérieur et l’Organisme des prisons, qui font état d’une amélioration des conditions des prisonniers », souligne le rapport.

Lors d’une conférence de presse, le secrétaire général de l’EOHR, Hafez Abou-Seada, a affirmé que le ministère de l’Intérieur avait demandé un exemplaire du rapport. « Or, d’habitude, il ne prend pas la peine de réagir à ce qu’il contient », a-t-il ajouté.

Depuis sa création en 2003, le Conseil national des droits de l’homme, financé par le gouvernement, a reconnu certains cas de décès dans les lieux de détention. Toutefois, son président, Boutros Boutros-Ghali, souligne toujours « l’impossibilité de se débarrasser du jour au lendemain des pratiques ancrées depuis des centaines d’années ».

De son côté, le gouvernement égyptien affirme que les policiers soupçonnés de tels actes sont traduits en justice. En effet, plusieurs d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ces dernières années, cependant leur nombre est de loin proportionnel aux cas rapportés.

Par ailleurs, l’EOHR a considéré que l’année 2007 était « une autre mauvaise année » pour la liberté de la presse, avec 22 procès intentés contre des journalistes appartenant à la presse indépendante et de l’opposition et dont certains risquent la prison. Toujours relativement au dossier de la liberté d’expression, le rapport a fait état des cas de harcèlement de jeunes bloggueurs, dont certains ont été traduits en justice, ainsi que de la confiscation de certaines œuvres littéraires et autres publications.

 

Maintenir les choses sous contrôle

Le rapport critique en outre certains aspects des amendements constitutionnels survenus en 2007, qui donnent toujours le droit au gouvernement de traduire les citoyens devant des tribunaux militaires et qui nient aux juges tout contrôle dans les processus électoraux. « Les pressions exercées sur le gouvernement n’ont pas réussi à l’amener à adopter des législations susceptibles de garantir le respect des droits de l’homme », note le rapport. De plus, commente l’activiste Negad Al-Boraï, l’évolution des droits de l’homme en Egypte n’est pas uniforme. « Dans certains domaines, on peut noter une amélioration, c’est clair par exemple quand des policiers accusés de torture se retrouvent traduits en justice et condamnés à des peines de prison », souligne-t-il. En revanche, il estime qu’au niveau des libertés politiques et de la liberté d’expression, la situation « s’est dégradée ». Probablement parce que « les responsables au pouvoir pensent avoir intérêt à maintenir les choses sous contrôle. La percée des libertés survenue en 2005 et 2006 les a inquiétés », explique Al-Boraï. La raison ? D’après lui, cela s’inscrit dans le cadre de la « transition » du pouvoir. « Gamal Abdel-Nasser et Anouar Al-Sadate sont tous les deux morts subitement, or ce n’est pas le cas avec Hosni Moubarak dont l’âge avancé permet de faire certains arrangements au sommet du pouvoir. La restriction des libertés en est un », analyse l’activiste.

Chérif Albert

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