Al-Ahram Hebdo, Economie | Un exposé accablant
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Francophonie

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Economie

Développement. Une récente étude publiée par les Nations-Unies, avec pour auteur l’économiste Hazem Al-Biblawi,  explique pourquoi les performances de l’économie égyptienne sont loin de celles des pays asiatiques.

Un exposé accablant

L’étude en question, publiée au mois de juillet par les Nations-Unies, est intitulée : « La Croissance économique en Egypte. Les obstacles et les contraintes (1974-2004) ». L’auteur, l’économiste Hazem Al-Biblawi, plonge dans 30 ans d’histoire moderne et contemporaine pour mettre la main sur les maux d’une économie qui a « raté plus d’une opportunité de développement ». Mais pourquoi parler seulement des maux alors que l’économie égyptienne a connu une croissance importante au cours des dernières années ? « Si tu vas voir un médecin, il va probablement te dire ce qui ne va pas, même si tu es en bonne santé », justifie Hazem Al-Biblawi. Selon lui, la performance de l’économie égyptienne est moins que satisfaisante si on la compare aux économies prometteuses des pays de l’Extrême-Orient. « L’Egypte n’a pas réussi à rejoindre le club des économies prometteuses comme l’Inde, la Chine et la Corée », explique Hazem Al-Biblawi. Pourtant, elle était bien placée pour le faire vers le milieu du XXe siècle à une époque où on ne parlait même pas de la Malaisie en tant que potentiel économique. Mais pourquoi cet échec ? C’est la question à laquelle Al-Biblawi essaye de répondre. Al-Biblawi note que vers le début du XXe siècle, l’Egypte « avait besoin de sa propre révolution industrielle. Cependant, 3 facteurs interdépendants ont freiné ce processus ».

Le premier selon lui c’est l’absence de réforme démocratique. L’Egypte dispose d’un Etat puissant qui régit une société fragile. Les trois régimes successifs qui ont gouverné l’Egypte depuis 1952, à savoir les régimes de Nasser, Sadate et Moubarak, ont employé la méthode autoritaire. Or, dans de tels régimes, l’autorité de la loi, la transparence et le fait de demander des comptes aux dirigeants n’existent pas. Le régime fonctionne selon des limites qu’il définit lui-même.

Mais pourquoi des régimes non démocratiques comme Singapour ou la Corée du Sud ont-ils réussi à créer des économies industrialisées, alors que l’Egypte n’a pas réussi ? Selon Al-Biblawi, les pays du Moyen-Orient souffrent d’une crise de crédibilité. Car plusieurs promesses de développement dans le passé n’ont pas été tenues, ce qui a laissé les peuples indifférents et sceptiques. Hazem Al-Biblawi avance des preuves pour appuyer son point de vue. « En Egypte, l’élite politique est à l’écart de tout contrôle. Plusieurs décisions importantes sont prises derrière les portes closes. Personne ne sait exactement qui sont les responsables qui entourent le président, lui-même à l’écart de tout compte à rendre », affirme-t-il.

Conséquence : la qualité de gestion publique est nettement inférieure à celle des pays du sud-est de l’Asie. La Banque mondiale estime que si des pays du Moyen-Orient, comme l’Egypte, avaient maintenu une qualité de gestion comparable à l’Indonésie, à la Malaisie, aux Philippines, à Singapour et à la Thaïlande, leur taux de croissance aurait gagné un point de pourcentage de plus chaque année. « En l’espace de 50 ans, cela aurait créé un changement économique important  », argumente Al-Biblawi.

 

Mentalité rentière

Mais pourquoi les Egyptiens acceptent-ils cet abus de pouvoir ? Où est le rôle de la société civile ? Al-Biblawi explique cette absence de la société civile par ce qu’il appelle « la mentalité rentière des Egyptiens ». Pendant une vingtaine d’années, des fonds envoyés par les travailleurs du Golfe ont afflué vers l’Egypte. Ces milliards de dollars ont créé une classe de citoyens qui reçoit de l’argent sans faire d’efforts ni prendre de risque. Ce fait a atténué sa soif aux réformes, puisque cette classe est capable d’améliorer son niveau de vie sans faire des pressions sur le régime politique. Il faut savoir que, pendant la période entre 1970 et 1998, les fonds provenant du Golfe représentaient entre 7,2 et 31,6 % du PIB pour imaginer l’ampleur du phénomène.

D’un autre côté, le régime égyptien s’est accoutumé à recevoir des fonds provenant de l’aide internationale, juste parce que l’Egypte occupe une position stratégique dans la région. « C’est comme si l’Egypte recevait un loyer annuel. Des primes sans risque et sans effort ». Hazem Al-Biblawi explique l’impact de cette mentalité sur la prise de décision. En avril 2006, les journaux gouvernementaux ont annoncé l’inauguration de la plus grande usine de liquéfaction de gaz naturel, ce qui aurait rendu l’Egypte le 6e exportateur mondial de gaz. Quatre mois plus tard, les mêmes journaux ont annoncé l’intention du gouvernement d’installer un réacteur nucléaire en raison d’un manque prévu dans les ressources énergétiques. Pourquoi donc exporte-t-on le gaz s’il est connu que les réserves en pétrole et en gaz seront épuisées en une vingtaine ou une trentaine d’années ? C’est en fait la mentalité rentière qui trouve que la vente du gaz est la manière la plus facile pour avoir des devises. Les générations à venir trouveront d’autres rentes ! C’est donc selon Al-Biblawi une mentalité rentière épanouie dans une société où règne un esprit qui ne connaît pas la critique. En revanche, une société industrielle a besoin de créativité, de vision et de prise de risque. Al-Biblawi prouve que l’enseignement en Egypte ne fournit pas ces qualités aux étudiants, ni même les qualités de précision et de perfectionnisme.

On peut tout de même souligner que la période de 2004-2008 a connu une croissance élevée, grâce à une série de réformes économiques, en dépit de la persistance de tous les facteurs cités par Al-Biblawi. L’auteur argumente que pendant les 30 ans qui font l’objet de cette étude, l’Egypte a connu des périodes de croissance qui n’ont pas duré plus de cinq ans chacune, suivies par des périodes de récession. Les mêmes fautes se répètent. Sans le dire explicitement, il ne faut pas espérer des miracles tant qu’une réforme politique n’est pas à l’ordre du jour.

Salma Hussein

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.