Sociétés d’Assurances Publiques.
Elles ont perdu des parts de marché dans le domaine de
l’assurance-vie. Mais selon les spécialistes, les récentes
modifications législatives concernant le secteur devraient
permettre de leur faire regagner du terrain.
Une voie pour se ressaisir
«
L’assurance-vie du secteur public a perdu des parts de
marché pendant les six premiers mois de 2008. Elle occupe
désormais 49 %, contre 51 % pour le secteur privé ». Un
responsable de la Holding pour l’assurance, qui désire
conserver son anonymat, a révélé ces chiffres suite à la
publication, mi-juillet, du rapport semestriel de
l’Organisme de contrôle d’assurance sur les chiffres
d’affaires des sociétés d’assurances du secteur public.
Le rapport a révélé des résultats très modestes que la
Holding espérait meilleurs suite à la fusion, il y a quatre
mois, de trois grandes sociétés publiques d’assurance :
Assurances Al-Charq, Réassurance Al-Masriya qui ont fusionné
dans Assurance Misr. Une fusion qui devrait permettre la
restructuration des trois sociétés selon Adel Hammad,
président actuel d’Assurance Misr. Or, pour Mohamad Youssef,
ex-président de la société Assurance Misr, la
restructuration n’a fait que détériorer la performance des
sociétés publiques en ce qui concerne l’assurance-vie : «
Déjà, la part de ces sociétés sur le marché était en baisse.
Elles ne pouvaient plus faire face à la compétition des
sociétés privées comme l’allemande Allianz, l’américaine
Alico, ou AIG Egypte et Assurance Ace Egypte qui présentent
des produits variés et plus attrayants », souligne-t-il. Une
société de gestion des actifs issue de la Holding a été
créée afin de procéder à une restructuration de ces
sociétés. « Elle devrait les aider à rembourser leurs dettes
et maximiser leurs profits. Pour le moment, la
restructuration n’a fait qu’ouvrir des dossiers très
suspects et installer un nouveau système basé sur de
nouveaux règlements. Mais avec le temps, elle aidera la
nouvelle société à se redresser », défend par contre Adel
Hamad.
Le temps où les sociétés publiques s’accaparaient le marché
de l’assurance semble donc révolu ... pour un temps. «
Depuis 2001/2002, la part du secteur public ne cesse de
dégringoler. De 69 % en 2002/2003, elle a atteint 57 %
l’année suivante. Cette part a atteint 52 % en 2004/2005
avant de fléchir à 41 % l’année passée bien qu’elle ait
atteint 30,6 % les six premiers mois de 2008 », explique
Mohamad Youssef. Mais la source de la Holding d’assurance
pense que la situation des sociétés publiques est en
amélioration même si cela ne s’est pas encore répercuté sur
leur part de marché. « Les sociétés publiques ont payé cette
année 409 millions de L.E., soit 53,5 % du total des
versements d’assurance-vie, contre 40,4 % en 2007 », ajoute
la source. Adel Hamad, pour sa part, défend la fusion des
trois sociétés publiques dans Assurance Misr et énumère ses
points positifs. « La fusion a permis à Assurances Misr de
se retrouver à la tête des sociétés du marché de l’assurance
habitation en le dominant avec 58,26 % », dit-il. Hamad
dévoile également la prochaine signature d’un contrat entre
Assurance Misr et la société NileSat qui, selon lui,
redressera le marché en sa faveur. « Cet accord conduira
Assurance Misr à récupérer sa solide position d’autrefois et
lui permettra de proposer ce genre d’assurance dans d’autres
marchés internationaux », déclare-t-il.
Crédibilité financière
Reste que la situation du marché n’est pas très rassurante
pour les sociétés opérantes en Egypte. C’est pourquoi « il y
a deux mois, le Parlement a révisé l’ancienne loi sur
l’assurance, promulguée dans les années 1990 pour qu’elle
soit conforme aux normes internationales. Elle sera
appliquée suite à la formulation du décret d’application »,
déclare Adel Mounir, le président de l’organisme. Il ajoute
que de nombreux éléments de la loi sur l’assurance ont été
révisés, dont le plus important est que le capital autorisé
ne soit pas inférieur à 60 millions de L.E. et que le
capital libéré ne soit pas inférieur non plus à la moitié de
cette somme, au moment de la création de la société. « Quant
au reste du capital autorisé, il doit être payé dans les
cinq ans de la création de la société », ajoute-t-il. Ce
règlement garantira la crédibilité financière ainsi que la
poursuite des activités. De plus, l’Organisme de contrôle
d’assurance a entamé il y a deux semaines la première
évaluation des 19 sociétés œuvrant sur le marché. « Nous
avons examiné leur position financière ainsi que le rapport
entre le capital de ces sociétés et les risques qu’elles
assument afin de réorganiser le marché par l’introduction de
nouveaux règlements », précise Mounir.
Les nouvelles règles législatives assurent par ailleurs la
séparation entre l’activité de l’assurance-vie et
l’assurance habitation. Selon la loi révisée, les sociétés
opérantes sur le marché auront un délai de trois ans afin de
pouvoir se plier aux nouveaux règlements, assurant ainsi la
séparation des deux activités en deux sociétés différentes :
« Il existe déjà des sociétés du secteur privé qui ont
entrepris des avancées sérieuses concernant cette séparation
», dit-il. De plus, Tareq Qandil, adjoint du gouverneur de
la Banque Centrale d’Egypte et membre du conseil de
l’Organisme de contrôle des assurances, assure que le
secteur des assurances a réalisé au cours des six premiers
mois de 2008 une croissance de 52,2 %, soit 3,5 milliards de
L.E. contre 51,7 % pour l’année 2007. Ce chiffre record a
été enregistré grâce à l’essor de la part des primes
d’assurance-vie qui a contribué à 43,5 % des 3,5 milliards
de L.E. les six premiers mois de 2008 contre 34,9 % en 2007.
« Il est temps que les sociétés publiques, notamment
Assurance Misr récupèrent leur place dominante, comme
auparavant, dans le domaine de l’assurance-vie. Les
prévisions faites par le Holding ont indiqué qu’Assurance
Misr pourrait s’emparer de 65 % des primes de
l’assurance-vie en 2012/2013 », estime Mounir. Mais il est
probable que si Assurance Misr ne se redresse pas dans les
deux ans à venir, elle « sera mise en vente à un
investisseur étranger », tempère-t-il.
Dahlia Réda