Palestiniens.
Les pays occidentaux semblent prendre conscience que la paix
ne pourra se faire avec une seule moitié du peuple
palestinien, mais ne parviennent pas à trouver les moyens de
mettre en pratique ces vues.
L’Occident et le Hamas, une diabolisation inopérante
Une fermeté de façade. Voilà comment se caractérise
l’attitude de la communauté internationale vis-à-vis du
Hamas. L’Union Européenne (UE), à l’instar des Etats-Unis,
se montre intransigeante envers l’organisation même si des
contacts informels se sont noués ces derniers temps. Depuis
un bon moment, le mouvement de résistance palestinienne est
placé sur la liste des organisations terroristes des
Etats-Unis et du conseil de l’UE, depuis 2003. Les deux
posent comme conditions préalables à tout dialogue la
reconnaissance d’Israël et l’abandon des violences. Dans ce
contexte, le Fatah, de Mahmoud Abbass, fait donc figure
d’interlocuteur unique pour la plupart des pays occidentaux,
même s’il ne bénéficie plus d’une majorité depuis sa défaite
aux législatives de janvier 2006. Cette victoire électorale
du Hamas avait alors entraîné un gel de l’aide financière
européenne aux Palestiniens. Il faudrait attendre 15 mois
plus tard pour rétablir ce soutien suite à la prise de
contrôle du Hamas de la bande de Gaza qui a poussé
l’Occident à revoir sa politique. Après la formation d’un
gouvernement d’urgence nationale, excluant les Hamsawis,
aucune raison n’imposait de continuer l’embargo. Les choses
ont changé du côté de l’Occident. Nicolas Sarkozy s’est
rendu au Proche-Orient il y a deux mois, évitant
soigneusement Gaza, territoire exclusif du Hamas. Le chef de
l’Etat français, qui exerce aussi la présidence tournante de
l’UE, y a rendu hommage à Mahmoud Abbass, qualifié « d’homme
de paix ». « On ne crée pas la paix avec le terrorisme »,
a-t-il ajouté, pour justifier son refus de discuter avec le
parti islamiste. Jacques Chirac avant lui, pourtant réputé
pour ses amitiés dans le monde arabe, tenait le même
discours : « Le Hamas est une organisation terroriste qui ne
peut pas être un interlocuteur de la communauté
internationale (...). C’est la position de l’Union
européenne, elle est sans ambiguïté et ne changera pas ». En
coulisse, la France, qui espère une avancée du dossier
palestinien lors de ses six mois de présidence européenne, a
pourtant pris contact avec le Hamas au printemps. Dans la
plus grande discrétion, le diplomate Yves Aubin de La
Messuzière a rencontré des responsables de l’organisation,
notamment le premier ministre déchu Ismaïl Haniyeh. D’autres
pays européens, comme l’Espagne ou la Grande-Bretagne, ont,
eux, toujours maintenu le contact avec eux.
A Washington et depuis son accession au pouvoir, George W.
Bush est plus préoccupé par l’Iraq et la traque d’Al-Qaëda
que par le conflit israélo-palestinien. Lors de son discours
à la Knesset, à l’occasion du soixantième anniversaire de
l’Etat hébreux, il a prouvé ses limites dans la connaissance
des dossiers arabes. Assimilant le Hamas au Hezbollah et à
Al-Qaëda, il déclare : « Aucune nation ne devrait jamais
être forcée à négocier avec les tueurs qui se vouent à sa
destruction ». Une allusion claire au refus d’Israël de
négocier avec le mouvement de résistance palestinienne.
Toutefois, un récent sondage indique qu’une majorité
d’Israéliens approuvent des contacts avec le Hamas.
La politique américaine ne devrait pas beaucoup évoluer quel
que soit le président élu en novembre prochain. Le candidat
républicain, John McCain, semble poursuivre la doctrine
d’intransigeance prônée par son prédécesseur. En avril
dernier, il accusait d’ailleurs son rival démocrate d’être «
le candidat favori du Hamas ». Barack Obama a pourtant
toujours fait preuve de fermeté. S’il se déclare prêt à
discuter avec les dirigeants cubains, iraniens ou
nord-coréens, il a en revanche toujours exclu de
s’entretenir avec les responsables du Hamas.
Discuter avec l’organisation islamiste, l’ancien président
américain Jimmy Carter l’a fait, en avril dernier. Bravant
les interdits israéliens et américains (« une mauvaise idée
», selon Obama), il a rencontré Khaled Mechaal, chef
politique du mouvement. A l’inverse de Sarkozy, le prix
Nobel de la paix 2002 affirme : « La paix n’est possible que
si l’on implique le Hamas dans les discussions ». C’est
d’ailleurs la position de la Chine et de la Russie, souvent
alliées aux Nations-Unies. Déjà elles ne considèrent pas le
Hamas comme une organisation terroriste. En 2006, au plus
fort de la crise avec le mouvement palestinien, des
dirigeants ont même été reçus à Pékin et Moscou.
La stratégie d’isolement et de diabolisation du Hamas étant
autant inopérante qu’inefficace, la communauté
internationale semble prendre conscience que la paix ne
pourra se faire avec une seule moitié du peuple palestinien
et qu’en fin de compte, elle finira par négocier avec le
Hamas, d’autant plus qu’elle ne peut pas l’anéantir. Les
Occidentaux, tenus par des engagements envers l’Etat
israélien, font donc face à un dilemme. Tant que le Hamas ne
se rapprochera pas des conditions exigées pour une reprise
du dialogue, il restera, du moins officiellement,
infréquentable. Donc, aucun contact en haut lieu,
c’est-à-dire pas de véritable déblocage de la situation.
Côme
Gallet