Palestiniens.
Divers pays arabes, dont l’Arabie saoudite et l’Egypte, ont
tenté de résoudre le conflit, mais sans grand succès, suite
à l’intransigeance des factions palestiniennes.
Des médiateurs découragés
«
Nous marchons sur un terrain miné. Le moindre faux pas et
c’est le retour à la case départ », s’exprime avec déception
Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, après la
dernière confrontation armée entre le Fatah et le Hamas. Le
pire dans cette affaire est que plusieurs membres du Fatah
ont cherché refuge en Israël, faisant de ce pays un arbitre
du conflit. Voilà un an et plus que ce tiraillement persiste
et prend des dimensions de plus en plus graves. D’où la
question de savoir quelles sont les réactions des pays
arabes pour régler des différends qui compromettent la cause
palestinienne en tant que telle ? « A l’heure actuelle, le
rôle des pays arabes est nettement absent. Ils se contentent
seulement d’être des spectateurs et leurs seules réactions
se situent au niveau des déclarations », estime le
politologue Magdi Moustapha. Faut-il pour cela critiquer les
pays arabes et les rendre responsables de cet état de choses
? A suivre la situation de près, on se rend compte que
l’absence du rôle arabe serait principalement le résultat de
l’intransigeance des deux camps et leur refus de s’entendre.
Ainsi, toutes les tentatives de médiation arabe se
sont-elles soldées par un grand échec. Que ce soit le Hamas
ou le Fatah, chacun campe sur ses positions et s’abstient de
prendre un seul pas dans la direction de l’autre, même si
c’est pour sauver le peuple palestinien. Ammar Ali Hassan,
directeur du Centre d’études du Proche-Orient, partage ce
même point de vue. Pour lui, les Arabes regardent
aujourd’hui ce conflit, avec nonchalance. La situation a été
tout à fait différente quand le conflit était à ses débuts
en 2006.
A l’époque, on a témoigné de fortes pressions et réactions
de la part des pays arabes ainsi que de la Ligue arabe. Mais
un état de dépit et de déception avait frappé les pays
arabes après avoir vu les deux factions rompre soudainement
l’accord de La Mecque. Cet accord, parrainé par l’Arabie
saoudite en février 2007, établit un partage du pouvoir
entre le Hamas et le Fatah, qui avait abouti à la formation
d’un gouvernement d’union nationale de courte durée. Mais le
Hamas a opéré une volte-face et a pris le contrôle de la
bande de Gaza à l’issue d’un coup de force contre le Fatah
en juin 2007. « L’Arabie saoudite impliquée dans la
médiation, avec tout son poids religieux et financier, se
trouvait alors dans une situation très critique », dit
Hassan. Mais la médiation de l’Arabie saoudite n’était pas
la seule à avoir échoué. Le Yémen a lancé, lui aussi, le 28
mars 2008, une initiative. Mais à peine la Déclaration de
Sanaa était-elle signée que les divergences ont apparu. Les
deux parties se sont divisées même autour de l’explication
de la première clause, qui invitait à rétablir la situation
à Gaza dans les conditions d’avant le 14 juin 2007,
c’est-à-dire avant le coup de force du Hamas. Même le Qatar,
qui a réussi à réconcilier les forces politiques libanaises,
a échoué dans ses tentatives de rapprocher les points de vue
entre les deux factions. Dès lors, les pays arabes ont eu
peur d’intervenir d’une façon directe dans ce conflit pour
éviter un échec. Quant à la Ligue arabe, son rôle est
compliqué, puisqu’elle ne trouve pas jusqu’à maintenant la
réponse à sa question : Avec qui négocier ? « Pour le cas du
Liban, il existe des ténors politiques qui, une fois
d’accord, la crise serait résolue. L’affaire est tout à fait
différente dans le cas du Fatah et du Hamas. Ce sont des
personnalités du troisième ou du quatrième rang dans les
deux factions qui contrôlent la situation en réalité », dit
Hassan. La Ligue arabe dit alors attendre les résultats de
la médiation égyptienne. Selon Amr Moussa, « les efforts
égyptiens vont préparer un patronage par la Ligue arabe du
dialogue entre les factions palestiniennes ».
La médiation égyptienne
Concernant cette intervention de l’Egypte, Le Caire s’est
toujours posé en tant que médiateur, d’une part dans le
conflit israélo-palestinien et d’autre part dans celui
opposant les factions palestiniennes. Il est maintenant
considéré comme le grand médiateur arabe qui entame des
discussions directes avec les deux factions. Juste avant les
derniers combats sanglants début août entre le Fatah et le
Hamas, l’Egypte parlait d’un arrangement d’une réunion
élargie qui va grouper 14 factions. La rencontre de Moubarak
et Abbass, deux jours avant ces incidents a donné un
résultat : le dialogue sera lancé sans conditions
préalables, en partant à zéro. Mais malheureusement, les
heurts entre les combattants des deux groupes ont compliqué
les choses. En fait, l’Egypte a organisé auparavant un tas
de rencontres entre les factions palestiniennes mais
toujours en vain. L’Egypte a aussi peur de l’échec. Et même
plus que les autres. Pour Magdi, l’Egypte, en insistant à
placer sa médiation sous les auspices de la Ligue arabe,
essaye d’éviter d’assumer seule les résultats d’échec. En
cas d’insuccès, il sera alors celui de tous les Arabes. «
N’oublions pas que l’Egypte se trouve maintenant sous les
projecteurs des médias arabes, qui l’accusent de blocage du
peuple palestinien à Gaza, à cause de sa fermeture du point
de passage de Rafah », dit Magdi.
D’ailleurs, la médiation égyptienne n’échappe pas aux
critiques, notamment de la part du Hamas. Cette faction
l’accuse d’être parfois trop proche du Fatah. Et la réponse
du Hamas à la dernière invitation égyptienne au dialogue
était claire : « Pour tout dialogue national, l’Egypte doit
être à distance égale entre les deux partis, et avoir un
programme clair pour la réconciliation ».
Et ce n’est pas tout. Quelques factions palestiniennes
accusent aussi l’Egypte de se plier devant le veto
américain, qui est contre tout dialogue intérieur entre le
Fatah et le Hamas et de pousser l’Egypte à donner la
priorité à l’apaisement entre le Hamas et Israël, notamment
pour libérer le prisonnier Shalit.
Aliaa
Al-Korachi