Palestiniens.
Entre le Hamas et le Fatah, c’est une lutte sourde qui se
poursuit. Atteignant des pics de violence, elle rend
plus compliqué le quotidien d’une population qui souffre
déjà de l’occupation israélienne.
Le mal court
Mieux
vaut en rire qu’en pleurer. Tout étranger qui pénètre dans
le secteur de Gaza doit s’étonner de lire une affiche sur
laquelle est marqué un emblème : « Souriez, vous êtes à Gaza
». Dans la région de Beit Hanoun, proche du point de passage
du même nom que les Israéliens appellent Erez, dans le nord,
se trouve cette enseigne. Une autre est du côté du point de
Rafah dans le sud du secteur. C’est dire que quel que soit
le lieu par lequel vous passez pour aller dans ce territoire
palestinien, vous devez sourire. En fait, c’est plutôt
dramatique et même incroyable de voir les factions
palestiniennes s’entre-tuer et se combattre pour des raisons
qui n’obéissent à aucune logique. S’il y a lieu de sourire,
c’est pour l’ingéniosité avec laquelle la population trouve
des solutions à ses problèmes complexes. Outre l’occupation
israélienne et le blocus imposé par le Tsahal, les habitants
de Gaza témoignent d’une véritable lutte fratricide entre le
Fatah et le Hamas.
Deux mouvements dits de résistance palestinienne qui ne
cessent de s’affronter mettant en péril la cause
palestinienne et faisant d’Israël un arbitre de la
situation.
Un attentat, puis c’est tout un drame qui avance
inexorablement. Sur une plage de Gaza, cinq membres de la
brigade Qassam, la branche armée du Hamas, ainsi qu’une
fillette ont été tués dans une explosion imputée par le
Hamas au Fatah. Ce mouvement de Mahmoud Abbass a démenti
avant de procéder à une vague d’arrestations de militants du
Hamas en Cisjordanie, territoire sous son contrôle. Le Hamas
riposte en recourant de son côté à une série
d’interpellations touchant des cadres fathistes dans la
bande de Gaza. En quelques jours, 11 personnes ont trouvé la
mort et une centaine d’autres ont été blessées lors
d’affrontements entre les forces du Hamas et les membres
armés de la famille Helless, partisans du Fatah et accusés
d’être derrière l’attentat de la plage.
A Naplouse, Mohamad Ghazal, membre du bureau politique du
Hamas, est enlevé par des hommes relevant du Fatah. Ils
menacent de le tuer si les violences en cours dans le
quartier de Choujaya, à Gaza, ne cessent pas. Le chef de la
famille Helless ainsi que 179 de ses hommes parviennent à
trouver refuge en Israël après une perquisition des plus
honteuses où ils étaient rangés comme des animaux et
déshabillés sauf de leurs sous-vêtements. Un nouveau pic
d’affrontements qui, une fois de plus, traduit cette
tentation dévastatrice de la force.
Au-delà des accusations et contre-accusations, ces nouvelles
violences ont porté un coup dur aux efforts déployés,
notamment par l’Egypte, pour réconcilier le Fatah et le
Hamas, qui se boudent l’un l’autre depuis la prise de
contrôle de la bande de Gaza par ce dernier. L’intervention
d’Abou-Mazen, ordonnant la libération des partisans du Hamas
détenus en Cisjordanie, traduit ce constat de risque, voire
d’échec qui s’est emparé des deux organisations censées
lutter ensemble contre l’occupation israélienne.
Le Hamas agit par la suite et relâche 150 détenus membres du
Fatah, dont un important dirigeant, qu’il avait arrêtés dans
la bande de Gaza. Des gestes des deux côtés ? Peut-être,
mais dans la bande de Gaza ou encore en Cisjordanie, les
Palestiniens croient bien que le mal est fait. Ces derniers
événements étaient ce qu’on pouvait craindre de pire.
Théoriquement, tous les appels en faveur d’une
réconciliation interpalestinienne semblent plus que
séduisants. Mais sur le terrain, cette re-unité s’avère plus
que compliquée. Les Palestiniens d’aujourd’hui sont plus que
jamais divisés, au moins au niveau de leurs dirigeants.
Mahmoud Abbass s’est ainsi manifesté au grand jour comme le
président incapable à rallier le peuple palestinien autour
de lui. Une position qui s’est confirmée autant par une
abstention israélienne de conclure la paix avec lui.
En dépit des rencontres répétées entre lui et le premier
ministre Ehud Olmert, il est clair que les négociations,
dans le sens concret du terme, ont été mises au ban. C’est
bel et bien Israël aussi qui maintient le siège de la bande
de Gaza et l’occupation de la Cisjordanie empêchant ici et
là la circulation des Palestiniens, voire une vie normale.
L’Occident en est complice, assurant à Israël une impunité
absolue, mais aussi le renforçant en décrédibilisant
l’Autorité palestinienne. Les mots de soutien ne suffisent
pas à eux seuls pour permettre à Abou-Mazen de bien
gouverner. Et dans tous les cas, les Palestiniens encaissent
les résultats, dont les plus évidents sont la violation de
leur droit de vivre.
Le synonyme de cette division et de cette difficulté, voire
impossibilité de vivre normalement est cette crise de
carburants qui rend tout compliqué. Résultat : tous les
véhicules sont immobilisés et les Gazaouis sont à la
recherche d’alternative et de succédanés : gaz naturel,
devenu même une denrée rare.
Dans ce contexte trouble et même tragique, les choses ne
font que se compliquer. A moins d’une réconciliation ou
d’une trêve réelle, l’issue semble bien lointaine. Voire,
les informations en cours n’annoncent rien de bon. Ainsi,
selon des sources palestiniennes informées, le Comité
Exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine (CEOLP)
a-t-il débattu récemment l’idée de déclarer le secteur de
Gaza comme « province rebelle » avec suspension des salaires
des fonctionnaires et de nombreux autres services. Selon les
mêmes sources, un courant se cristallise à l’heure actuelle
au sein de l’Autorité palestinienne à Ramallah, selon lequel
il faudrait trancher la situation par la force étant donné
l’échec de tous les efforts menés pour mettre fin à «
l’effusion de sang », dont le Hamas s’est rendu coupable à
Gaza et le refus de l’organisation du dialogue national,
auquel a invité le président Mahmoud Abbass.
Gaza, province rebelle
Ces
mêmes sources font état d’une décision du commandement
palestinien, selon laquelle la porte du dialogue ne sera pas
éternellement ouverte. Il a donné un délai d’un mois maximum
pour que débute un « dialogue global ». En cas d’échec des
efforts visant à nouer ce dialogue ou en cas d’insuccès de
ce dernier, le commandement palestinien sera obligé de «
prendre des mesures douloureuses ». Il en a informé le
secrétaire général de la Ligue arabe ainsi qu’un certain
nombre de dirigeants.
Selon ce plan donc, Gaza sera déclarée « province rebelle
sous la tutelle de milices armées » En conséquence, il sera
mis fin à tous les services fournis au secteur :
coordination pour approvisionnement alimentaire, paiement
des factures d’électricité, d’eau et des salaires des
fonctionnaires, arrêt des services médicaux et scolaires,
interdiction d’exportation de carburants de tous genres au
secteur, suspension d’émission de passeports et de tout
document officiel issu de l’Autorité palestinienne. Selon le
même plan, il sera autorisé à la justice de saisir les
plaintes contre le Hamas, de soumettre les dossiers relatifs
à la justice palestinienne et de se diriger dans ce contexte
à la Cour Internationale de Justice (CIJ) à La Haye. Il
s’agira de présenter des documents contre toute la direction
du Hamas, l’accusant de procéder à des massacres collectifs
à Gaza. Ainsi tout responsable du Hamas dans un pays
reconnaissant la CIJ, comme la Syrie par exemple, sera-t-il
sous pression extrême et juridique, exposant en cas de non
extradition de ces responsables, le pays hôte à des
sanctions internationales.
Commentant ces informations, le porte-parole du Hamas, Fawzi
Barhoum, a affirmé qu’il n’a pas été informé d’une décision
du CEOLP de considérer Gaza comme province rebelle. Mais au
cas où cela s’avérerait vrai, il s’agirait d’une chose très
dangereuse, rendant plus aiguës les divisions
interpalestiniennes et confirmant la séparation de Gaza de
la Cisjordanie.
Pour lui, « il y a un plan des éléments du Fatah qui
dominent le CEOLP pour empêcher tout rapprochement avec le
Hamas, creuser la division et punir un million et demi de
Palestiniens, comme le fait l’ennemi israélien ». Barhoum
ajoute que le Hamas est au courant du fait que « le CEOLP
est dominé par le Fatah. Il s’y trouve des voix qui ont
toujours appelé à considérer le Hamas comme illégitime, sans
être sanctionnées ». Le responsable hamasi souligne, à cet
égard, que c’est le CEOLP qui a approuvé « le gouvernement
illégitime de Fayyad » et des centaines de décrets
promulgués par le président Abbass, qui ont augmenté les
divisions interpalestiniennes et qui ont appelé à punir le
Hamas et l’écarter de l’arène politique. Le responsable a
souligné, à cet égard, que le Hamas est une partie de
l’équation palestinienne qui croit en « l’unité de la patrie
et du peuple, la prise de décision unifiée et la nécessité
de mettre de l’ordre au sein du foyer palestinien » et de
mettre en garde contre les intentions prêtées au CEOLP.
Selon lui, si elles s’avèrent fondées, elles ne feront que
servir les intérêts de l’occupation sioniste et détruiront
le projet national palestinien en accord avec ce que veulent
les Etats-Unis et Israël. De toute façon, le seul fait que
de telles informations soient colportées témoignent de la
profondeur du malaise actuel entre les deux factions
palestiniennes. Le peuple en paye le prix et on ne saurait
que regretter un tel état des choses. « Souriez, vous êtes à
Gaza » ou même « en Cisjordanie » témoigne de l’absurde.
Achraf Aboul-Hol