Pakistan.
La coalition au pouvoir devrait se prononcer cette semaine
sur la destitution du président Pervez Musharraf. Une
première dans le pays qui promet, si elle aboutit, d’être
longue et difficile.
Nouveau bras de fer
L’avenir politique du président Pervez Musharraf est
désormais en jeu. Il est menacé d’une procédure de
destitution par la nouvelle majorité parlementaire formée en
mars dernier. Lundi soir, l’Assemblée nationale
pakistanaise, dominée par les partis du veuf de Benazir
Bhutto, Asif Ali Zardari, et l’ex-premier ministre Nawaz
Sharif, a entamé des réunions à Islamabad pour se prononcer
« plus tard dans la semaine » sur un acte d’accusation
visant le président Musharraf, allié des Etats-Unis dans
leur « guerre contre le terrorisme ». La procédure, si elle
aboutit, prendra « au moins des semaines », selon des
juristes.
A la veille de cette réunion, Farzana Raja, une responsable
du premier parti de la coalition, le Parti du Peuple
Pakistanais (PPP) de Asif Ali Zardari, a affirmé : « Nous
lui (Musharraf) avons donné l’occasion de démissionner, nous
lui avons laissé plusieurs mois. Mais nous devons nous
rendre au fait qu’à présent, c’est au peuple du Pakistan, à
travers ses représentants élus au Parlement, de s’en charger
», a-t-elle dit. Selon le ministre de la Justice, Farooq
Naek, l’acte comporte des accusations de « mauvaise
administration » et de « violation de la Constitution ».
Mais la destitution de Musharraf n’est pas si facile, elle
promet d’être longue et compliquée, selon les experts. Selon
la Constitution, la coalition au pouvoir aura besoin de la
majorité des deux-tiers des deux chambres réunies du
Parlement, soit 295 sièges sur 439, pour destituer le chef
de l’Etat. « Si une résolution de destitution est votée par
les deux-tiers des parlementaires, le président doit cesser
immédiatement d’occuper ses fonctions », affirme la
Constitution dont l’article 47 dispose que le président peut
« être renvoyé en cas d’incapacité physique ou mentale, ou
destitué s’il est coupable de violation de la Constitution
ou de faute grossière ». Si le nombre requis des députés de
l’Assemblée nationale signe un acte d’intention de
destitution du chef de l’Etat, le président de l’une des
deux chambres aura ensuite trois jours pour transmettre ce
document à M. Musharraf. Puis, le Parlement bicaméral devra
être convoqué « entre sept et 14 jours » après que le
président pakistanais aura reçu l’acte d’accusation. Le
Parlement devra alors « enquêter » sur ces accusations,
selon le texte constitutionnel. Pour se défendre, le
président a le droit de se présenter ou d’être représenté
pendant l’enquête devant le Parlement réuni. Sûr que la
procédure de destitution remportera ses fruits, M. Zardari
s’est dit dimanche « sûr d’une majorité de 90 % ». Le camp
présidentiel assure pourtant que « le compte n’y est pas ».
Rejetant toutes ces mesures visant sa destitution, le
président pakistanais Pervez Musharraf a fait savoir lundi
qu’il n’y avait « aucune raison » pour qu’il démissionne,
augurant d’un long et complexe bras de fer procédural au
sommet de l’Etat. En théorie, le chef de l’Etat peut
dissoudre l’assemblée nationale, voire déclarer l’état
d’urgence. Ce qui pourrait renverser les choses.
Selon les experts, la procédure de destitution du président
pakistanais Pervez Musharraf, annoncée par la coalition
gouvernementale, est une première dans l’histoire du pays,
mais elle risque d’être longue compte tenu des complexités
de la Constitution.
Maha
Al-Cherbini