Géorgie-Russie.
L’Union européenne s’active pour régler la crise entre
Moscou et Tbilissi, après les combats meurtriers qui ont
opposé les forces des deux pays autour de l’Ossétie du Sud,
province séparatiste de Géorgie.
Stopper l’escalade
Les
tentatives de médiation se multiplient dans le conflit qui
oppose la Géorgie à la Russie. Le président français Nicolas
Sarkozy, dont le pays préside actuellement l’Union
européenne, était attendu ce mardi à Moscou et Tbilissi pour
tenter d’établir un cessez-le-feu, après les combats
meurtriers qui ont opposé les troupes russes et géorgiennes
autour de l’Ossétie du Sud, région sécessionniste de Géorgie
qui a proclamé son indépendance depuis la chute de l’URSS en
1991. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard
Kouchner, dépêché dimanche à Tbilissi pour discuter des
moyens de stopper l’escalade, a affirmé lundi qu’il fallait
trouver des moyens pour « un cessez-le-feu immédiat ». Lors
de sa rencontre avec le président géorgien, M. Kouchner a
présenté un plan de paix en trois points, soutenu par l’UE :
respect de l’intégrité territoriale de la Géorgie, cessation
immédiate des hostilités et rétablissement de la situation
qui prévalait antérieurement sur le terrain. « Le président
géorgien Mikheïl Saakachvili a accepté à peu près toutes les
propositions de l’Union européenne et de l’OSCE pour arrêter
le conflit avec la Russie », a déclaré le chef de la
diplomatie française.
Encore fallait-il convaincre la Russie, victorieuse sur le
terrain. Le président russe, Dmitri Medvedev, a déclaré
lundi que Tskhinvali, capitale d’Ossétie du Sud, était sous
le contrôle des forces russes de maintien de la paix,
affirmant que l’opération militaire en Ossétie du Sud était
« en grande partie terminée », après la prise de Tskhinvali.
Pourtant, selon Tbilissi, plus de 50 avions des forces
russes survolaient le territoire géorgien et Tbilissi est
toujours la cible des bombardements. Ces accusations ont été
démenties lundi par les troupes russes qui ont affirmé « ne
pas entrer en Géorgie » depuis le début du conflit.
Le drame a commencé, vendredi, quand la Géorgie a saisi
l’occasion du début des Jeux olympiques de Pékin pour lancer
une offensive de grande ampleur contre la région séparatiste
d’Ossétie du Sud. Une attitude qui a porté les forces russes
à déclencher une vaste offensive pour repousser les forces
de Tbilissi et prêter main forte aux séparatistes,
déclenchant une guerre dans la région. Ces récents combats
constituent les premiers affrontements de l’après-guerre
froide entre la Russie et la Géorgie, soutenue par
Washington, dans une région stratégique riche en
hydrocarbures.
Sur la défensive après des pertes militaires, la Géorgie a
appelé dimanche la Russie à entamer des pourparlers pour
mettre fin aux hostilités et ordonné à ses forces un
cessez-le-feu immédiat. Pourtant, la Russie a exigé que la
Géorgie « retire complètement » ses troupes d’Ossétie du Sud
avant toute négociation. Se faisant « la déesse » de la paix
dans la région, la Russie a affirmé, dimanche, qu’elle ne
veut pas de guerre avec la Géorgie et s’efforce simplement
de restaurer l’ordre en vigueur en Ossétie du Sud avant
l’escalade du conflit, selon les termes du président russe,
Dmitri Medvedev. « La Russie n’a pas l’intention d’envahir
la Géorgie », a assuré Alexandre Darchiev, chargé d’affaires
de l’ambassade de Russie aux Etats-Unis, tout en insistant
sur la responsabilité de Tbilissi dans ce conflit. M.
Darchiev a accusé les forces géorgiennes d’être responsables
de la mort de 2 000 civils en Ossétie du Sud et d’avoir
lancé des grenades dans les abris où se cachaient des femmes
et des enfants, d’avoir blessé des civils qui étaient
achevés à coups de fusil ou de baïonnette.
Ces accusations étaient vite démenties par le président
géorgien Mikhaïl Saakachvili : « Nos troupes ont évacué la
plupart des civils avant que les combats ne commencent », a
affirmé M. Saakachvili, accusant, à son tour, la Russie de
mener une guerre ouverte contre son pays et appelant la
communauté internationale à réagir face à ce qu’il appelle «
une guerre que la Russie mène contre nous ». Le président
géorgien a justifié que son pays était « dans une situation
d’autodéfense » en comparant la situation actuelle à
l’invasion de l’Afghanistan par les Forces soviétiques en
1979, et l’arrivée des blindés sur Prague en 1968. Dimanche
matin, des milliers de Géorgiens se sont rassemblés, à
Tbilissi, pour protester contre les bombardements russes
dans le pays alors que les 2 000 soldats géorgiens déployés
en Iraq ont commencé dimanche à quitter le pays pour rentrer
en Géorgie prêter main forte aux troupes engagées dans des
combats en Ossétie du Sud.
Selon les analystes, la Russie, en intervenant militairement
en Ossétie du Sud, a tracé une « ligne rouge » pour montrer
qu’elle ne tolérerait pas que ses intérêts soient bafoués
impunément. Déjà, Moscou a fait savoir, depuis des années,
qu’il ne permettrait pas à la Géorgie de reprendre le
contrôle de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, deux régions
séparatistes de Géorgie, mais était jusqu’ici resté vague
sur la manière dont il répondrait à une telle tentative.
Néanmoins, cette position ferme de Moscou, qui a fait savoir
clairement qu’il était prêt à combattre la réintégration
forcée de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie à la Géorgie,
aura un prix lourd à payer dans ses relations avec
l’Occident. Surtout après les appels qu’a lancés le
président géorgien aux Etats-Unis pour qu’ils usent de tout
leur poids diplomatique afin de régler le conflit opposant
son pays à la Russie. Selon les experts, Mikhaïl Saakachvili,
meilleur allié des Etats-Unis dans la région, n’aurait
certes pas pu défier si ouvertement la grande Russie sans le
soutien financier et militaire que lui ont accordé les
Américains depuis son élection en 2004. En d’autres termes,
cette guerre oppose aussi la Russie aux Etats-Unis.
Entre inquiétude et diplomatie
Tentant de sauver son allié, le président américain, George
W. Bush, a affirmé, lundi, au premier ministre russe,
Vladimir Poutine, que la violence en Géorgie était «
inacceptable ». « Je ne l’ai pas dit qu’à Vladimir Poutine,
je l’ai aussi dit au président Dmitri Medvedev », a affirmé
M. Bush. Pour sa part, la Maison Blanche a jugé que les
actions de la Russie en Ossétie du Sud étaient une «
escalade disproportionnée et dangereuse » qui, en cas de
poursuite, aurait un « impact important sur les relations
américano-russes à long terme ». Plus attaquant encore,
l’ambassadeur américain à l’Onu, Zalmay Khalilzad, a accusé
Moscou de chercher à faire tomber le régime géorgien
pro-occidental à travers la crise actuelle, ce qu’a démenti
complètement Moscou. « C’est complètement inacceptable,
surtout dans la bouche du représentant d’un pays dont nous
connaissons les agissements en Iraq, en Afghanistan et en
Serbie », a déclaré l’ambassadeur de Russie à l’Onu, Vitaly
Tchourkine.
Partageant l’inquiétude des Etats-Unis, l’Union européenne a
exprimé, dimanche, sa « plus vive inquiétude » au sujet des
victimes et des souffrances qu’endurent les habitants, se
déclarant prête à contribuer à l’action humanitaire au
profit de ces populations. Elle a également demandé
l’engagement dès que possible d’une négociation pour régler
ces conflits, déclarant avec force son attachement à la
souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie
dans ses frontières internationalement reconnues. Traduisant
la détermination des Européens à résoudre cette crise, une
réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE doit
être tenue ce mercredi à Bruxelles pour sauver un Caucase en
ébullition, a affirmé lundi la présidence de l’UE.
Maha
Al-Cherbini