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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Géorgie-Russie. L’Union européenne s’active pour régler la crise entre Moscou et Tbilissi, après les combats meurtriers qui ont opposé les forces des deux pays autour de l’Ossétie du Sud, province séparatiste de Géorgie.

Stopper l’escalade

Les tentatives de médiation se multiplient dans le conflit qui oppose la Géorgie à la Russie. Le président français Nicolas Sarkozy, dont le pays préside actuellement l’Union européenne, était attendu ce mardi à Moscou et Tbilissi pour tenter d’établir un cessez-le-feu, après les combats meurtriers qui ont opposé les troupes russes et géorgiennes autour de l’Ossétie du Sud, région sécessionniste de Géorgie qui a proclamé son indépendance depuis la chute de l’URSS en 1991. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, dépêché dimanche à Tbilissi pour discuter des moyens de stopper l’escalade, a affirmé lundi qu’il fallait trouver des moyens pour « un cessez-le-feu immédiat ». Lors de sa rencontre avec le président géorgien, M. Kouchner a présenté un plan de paix en trois points, soutenu par l’UE : respect de l’intégrité territoriale de la Géorgie, cessation immédiate des hostilités et rétablissement de la situation qui prévalait antérieurement sur le terrain. « Le président géorgien Mikheïl Saakachvili a accepté à peu près toutes les propositions de l’Union européenne et de l’OSCE pour arrêter le conflit avec la Russie », a déclaré le chef de la diplomatie française.

Encore fallait-il convaincre la Russie, victorieuse sur le terrain. Le président russe, Dmitri Medvedev, a déclaré lundi que Tskhinvali, capitale d’Ossétie du Sud, était sous le contrôle des forces russes de maintien de la paix, affirmant que l’opération militaire en Ossétie du Sud était « en grande partie terminée », après la prise de Tskhinvali. Pourtant, selon Tbilissi, plus de 50 avions des forces russes survolaient le territoire géorgien et Tbilissi est toujours la cible des bombardements. Ces accusations ont été démenties lundi par les troupes russes qui ont affirmé « ne pas entrer en Géorgie » depuis le début du conflit.

Le drame a commencé, vendredi, quand la Géorgie a saisi l’occasion du début des Jeux olympiques de Pékin pour lancer une offensive de grande ampleur contre la région séparatiste d’Ossétie du Sud. Une attitude qui a porté les forces russes à déclencher une vaste offensive pour repousser les forces de Tbilissi et prêter main forte aux séparatistes, déclenchant une guerre dans la région. Ces récents combats constituent les premiers affrontements de l’après-guerre froide entre la Russie et la Géorgie, soutenue par Washington, dans une région stratégique riche en hydrocarbures.

Sur la défensive après des pertes militaires, la Géorgie a appelé dimanche la Russie à entamer des pourparlers pour mettre fin aux hostilités et ordonné à ses forces un cessez-le-feu immédiat. Pourtant, la Russie a exigé que la Géorgie « retire complètement » ses troupes d’Ossétie du Sud avant toute négociation. Se faisant « la déesse » de la paix dans la région, la Russie a affirmé, dimanche, qu’elle ne veut pas de guerre avec la Géorgie et s’efforce simplement de restaurer l’ordre en vigueur en Ossétie du Sud avant l’escalade du conflit, selon les termes du président russe, Dmitri Medvedev. « La Russie n’a pas l’intention d’envahir la Géorgie », a assuré Alexandre Darchiev, chargé d’affaires de l’ambassade de Russie aux Etats-Unis, tout en insistant sur la responsabilité de Tbilissi dans ce conflit. M. Darchiev a accusé les forces géorgiennes d’être responsables de la mort de 2 000 civils en Ossétie du Sud et d’avoir lancé des grenades dans les abris où se cachaient des femmes et des enfants, d’avoir blessé des civils qui étaient achevés à coups de fusil ou de baïonnette.

Ces accusations étaient vite démenties par le président géorgien Mikhaïl Saakachvili : « Nos troupes ont évacué la plupart des civils avant que les combats ne commencent », a affirmé M. Saakachvili, accusant, à son tour, la Russie de mener une guerre ouverte contre son pays et appelant la communauté internationale à réagir face à ce qu’il appelle « une guerre que la Russie mène contre nous ». Le président géorgien a justifié que son pays était « dans une situation d’autodéfense » en comparant la situation actuelle à l’invasion de l’Afghanistan par les Forces soviétiques en 1979, et l’arrivée des blindés sur Prague en 1968. Dimanche matin, des milliers de Géorgiens se sont rassemblés, à Tbilissi, pour protester contre les bombardements russes dans le pays alors que les 2 000 soldats géorgiens déployés en Iraq ont commencé dimanche à quitter le pays pour rentrer en Géorgie prêter main forte aux troupes engagées dans des combats en Ossétie du Sud.

Selon les analystes, la Russie, en intervenant militairement en Ossétie du Sud, a tracé une « ligne rouge » pour montrer qu’elle ne tolérerait pas que ses intérêts soient bafoués impunément. Déjà, Moscou a fait savoir, depuis des années, qu’il ne permettrait pas à la Géorgie de reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, deux régions séparatistes de Géorgie, mais était jusqu’ici resté vague sur la manière dont il répondrait à une telle tentative. Néanmoins, cette position ferme de Moscou, qui a fait savoir clairement qu’il était prêt à combattre la réintégration forcée de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie à la Géorgie, aura un prix lourd à payer dans ses relations avec l’Occident. Surtout après les appels qu’a lancés le président géorgien aux Etats-Unis pour qu’ils usent de tout leur poids diplomatique afin de régler le conflit opposant son pays à la Russie. Selon les experts, Mikhaïl Saakachvili, meilleur allié des Etats-Unis dans la région, n’aurait certes pas pu défier si ouvertement la grande Russie sans le soutien financier et militaire que lui ont accordé les Américains depuis son élection en 2004. En d’autres termes, cette guerre oppose aussi la Russie aux Etats-Unis.

Entre inquiétude et diplomatie

Tentant de sauver son allié, le président américain, George W. Bush, a affirmé, lundi, au premier ministre russe, Vladimir Poutine, que la violence en Géorgie était « inacceptable ». « Je ne l’ai pas dit qu’à Vladimir Poutine, je l’ai aussi dit au président Dmitri Medvedev », a affirmé M. Bush. Pour sa part, la Maison Blanche a jugé que les actions de la Russie en Ossétie du Sud étaient une « escalade disproportionnée et dangereuse » qui, en cas de poursuite, aurait un « impact important sur les relations américano-russes à long terme ». Plus attaquant encore, l’ambassadeur américain à l’Onu, Zalmay Khalilzad, a accusé Moscou de chercher à faire tomber le régime géorgien pro-occidental à travers la crise actuelle, ce qu’a démenti complètement Moscou. « C’est complètement inacceptable, surtout dans la bouche du représentant d’un pays dont nous connaissons les agissements en Iraq, en Afghanistan et en Serbie », a déclaré l’ambassadeur de Russie à l’Onu, Vitaly Tchourkine.

Partageant l’inquiétude des Etats-Unis, l’Union européenne a exprimé, dimanche, sa « plus vive inquiétude » au sujet des victimes et des souffrances qu’endurent les habitants, se déclarant prête à contribuer à l’action humanitaire au profit de ces populations. Elle a également demandé l’engagement dès que possible d’une négociation pour régler ces conflits, déclarant avec force son attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues. Traduisant la détermination des Européens à résoudre cette crise, une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE doit être tenue ce mercredi à Bruxelles pour sauver un Caucase en ébullition, a affirmé lundi la présidence de l’UE.

Maha Al-Cherbini

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