Théâtre.
La pièce Kollo fil balala (être dans les vapes) a été
officieusement interdite le jour même de sa programmation,
car elle incarnait le président de la République. L’incident
ravive le débat sur la censure.
L’épiderme encore sensible
S.E.
Moussa B. Nebie, ambassadeur du Burkina-Faso au Caire évoque
les relations entre son pays et l’Egypte qu’il qualifient de
« très bonnes ». Pour lui, de nouveaux horizons de
coopération économique et commerciale s’ouvrent aux deux
pays.Un responsable du gouvernement s’est mis d’accord avec
les confiseries afin d’ajouter à leurs dragées vendues une
sorte de drogue pour distraire le peuple et l’éloigner des
problèmes politiques. Ces nouvelles dragées doivent
s’appeler « balala » (dans les vapes). D’où le titre de la
pièce Kollo fil balala (être dans les vapes) qui était
prévue au Caire, depuis quelques semaines, au théâtre de
l’Association des ouvriers de Choubra Al-Kheima. Mais le
jour même de sa présentation, elle a été interdite, comme
indiqué dans la presse. Selon elle, c’est le fait de la
censure, car la pièce représente le président de la
République parmi les personnages. En effet, selon le texte
écrit et mis en scène par Rami Qattane, le président est
représenté pour remédier à une situation chaotique. Cela
étant, le président incarné sur les planches intervient de
manière positive en faveur du peuple.
L’idée est en fait représentative de la pensée des jeunes
membres de la troupe indépendante Amwag al-bahr, pour la
plupart membres du PND (Parti National Démocrate, au
pouvoir). « La Sûreté de l’Etat m’a interrogé sur l’idée de
la pièce et comment la personnalité du président va être
représentée. Apparemment, les gens de la sécurité étaient
dérangés par le fait d’incarner Moubarak de manière directe
sur les planches, même si ce n’est pas comique. Tout cela
est fait à travers des coups de fil sans aucune convocation
officielle », explique le metteur en scène et l’auteur de la
pièce.
Résultat : le théâtre a annulé la programmation et le
financement fourni par un homme d’affaires du secteur privé
a été retiré.
Les questions fusent de partout, rappelant un incident
similaire intervenu en 2007 avec la suspension de la pièce «
La Cause 2007 », programmée par le théâtre Al-Hanaguer. La
représentation avait été également annulée suite à une
décision « discrète » du ministère de la Culture, en dépit
de l’approbation de l’Organisme de la censure. Simplement
car on y abordait le rapport entre l’Egypte, Israël et les
Etats-Unis. Aujourd’hui, la mémoire de cette interdiction
revient aux esprits, avec le cas Kollo fil balala. Les
forces de sécurité ont-elles vraiment le pouvoir de censurer
une pièce de théâtre ? Doit-on éviter de s’attaquer
directement à des sujets politiques ? De représenter sur
scène les hommes du pouvoir?
Soutien du PND
En fait, Rami Qattane n’a pas soumis sa pièce à l’Organisme
de la censure, comme nombre des troupes indépendantes et
jeunes amateurs. Ceux-ci évitent à tout prix les organismes
officiels et les lieux de représentation dépendant de
l’Etat. « En principe, ces troupes indépendantes ne donnent
leurs spectacles que deux ou trois fois dans des lieux
modestes. Ceci ne vaut pas le coup de passer par la censure
», indique Ibrahim Al-Husseini, dramaturge.
Rami Qattane, pour sa part, précise que sa troupe, fondée en
1997, n’a jamais cherché à obtenir des autorisations auprès
de la censure. « J’ai pour la première fois mis les pieds
dans l’Organisme de la censure, après l’interdiction »,
dit-il. Qattane tâche en ce moment d’obtenir l’accord des
censeurs et disant par écrit que son texte ne constitue
guère une offense au président. Car « l’autorisation de la
censure est souvent un acte de protection pour ces jeunes,
qu’ils soient amateurs ou professionnels contre toute
intervention externe. Tout spectacle représenté sans cette
autorisation est considéré comme interdit. Le comité
d’inspection qui découvre un tel spectacle a le droit de le
dénoncer. Et ces mesures officielles peuvent s’aggraver
jusqu’à intenter un procès contre la troupe concernée. Si
une pièce de théâtre est autorisée, et que les autorités
doutent de son contenu comme c’est le cas avec Kollo fil
balala, c’est à l’Organisme de la censure de s’en occuper.
C’est-à-dire que les autorités ou les forces de sécurité
n’ont qu’à s’adresser à nous officiellement », souligne
Essam Al-Tahawi, chargé du théâtre auprès de la censure.
Actuellement, le texte de Kollo fil balala est analysé par
la censure qui doit faire connaître son opinion dans les
semaines à venir. L’auteur et metteur en scène profite des
circonstances pour chercher l’appui du PND et aussi le
soutien de l’opinion publique. Il explique : « Nous allons
attendre la position du PND pour voir s’il va nous soutenir.
Une lettre officielle a été adressée à Gamal Moubarak,
secrétaire général du comité politique. Il est temps de
savoir si la démocratie du parti est réelle ou illusoire ».
Et d’ajouter : « Après l’obtention de l’autorisation de la
censure, plusieurs producteurs vont chercher à financer
notre spectacle ». Cela, outre la publicité gratuite qui
s’est faite auprès du grand public.
Une
belle occasion pour se faire connaître.
May
Sélim