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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Cinéma. A sa projection au Centre de culture cinématographique, le film Ein Chams d’Ibrahim Al-Batout a créé la surprise en décrivant comment le naufrage peut porter en lui les germes d’un renouvellement.

Ein Chams, une autre manière de voir

« Le film tourné en numérique n’avait pas besoin d’autorisation de tournage. Mais une fois transformé en format 35 mm pour une exploitation en salles de cinéma, j’ai demandé une licence de sortie qui est en cours d’émission par l’Organisme de censure », a déclaré Ibrahim Al-Batout pour dissiper les rumeurs qui circulent sur le rejet de son film par la censure. Par ailleurs, la société Al-Arabiya de production et de distribution a acheté les droits de le diffuser, et bientôt il sera en salles.

En fait, la bataille d’Al-Batout est toute autre. Lauréat de deux prix de prestige pour ce film, prix du meilleur film du Festival de Taormina et du Festival du film arabe de Rotterdam, mais épargné par le narcissisme de l’auteur, il parle moins de lui que de son travail et de celui des autres. Il a tout construit de ses propres mains avec ses acteurs non professionnels et son équipe. « J’avais l’idée d’une histoire, ensuite mes amis m’ont aidé à trouver des lieux et un matériel de tournage peu coûteux. Ein Chams, le quartier cairote où habite un ami et où il m’a offert d’accueillir le tournage, est devenu essentiel, une souche à partir de laquelle j’ai développé le sujet et le jeu des acteurs dans une actualité bien définie », explique-t-il. Il a créé une méthode avec peu de moyens pour un cinéma moderne.

Circulation, mouvement, échange, le film Ein Chams (œil du soleil) s’ouvre sur Ramadan, chauffeur de taxi du quartier, qui conduit Mariam, une chanteuse, à la salle où elle entend chanter. En cours de route, apprenant l’histoire triste de Chams, fille de Ramadan, décédée, elle décide de chanter une mélopée d’un martyr iraqien déplorant son triste sort. Les personnages ont des choses à faire et les font sous l’effet d’une sensibilité et d’un regard. C’est là que se situe la pensée du cinéaste du film, c’est-à-dire du monde et de la manière de le filmer. Ensuite le film prend un envol vers l’Iraq lorsque le Dr Mariam, médecin qui assiste au chant de Mariam, décide de partir pour l’Iraq pour étudier les cas répandus de cancer après le bombardement des chars iraqiens avec de l’uranium radioactif par les Américains en 2003. Elle rencontre à l’hôpital de Bagdad des enfants atteints de cancer. Et dans cet univers, où la mort détraque les vivants, un soldat de marines tente désespérément d’expliquer qu’en étant là, il ne pense qu’à sa femme qui va bientôt accoucher. Il n’a trouvé pour armes de destruction massive que les seuls chars iraqiens bombardés par les Américains à l’uranium. Il rappelle la logique du système américain qui se fabrique des arguments pour arriver à ses fins. « Chacun est en fait dupe des arrangements et manipulations de l’administration politique de son pays », souligne le cinéaste.

La caméra insiste sur une monstruosité supplémentaire, la mère de Tayeb, un pêcheur, fouille dans les vestiges des chars iraqiens pour dénicher des pièces à revendre. Son fils Tayeb retourne à la pêche au terme de 12 ans d’incarcération sous Saddam pour avoir vendu une marchandise importée. Le tableau d’Iraq ne pourra dire que l’éparpillement, la trahison des apparences. Ce postulat et la duplicité des systèmes politiques forment la colonne vertébrale de la fiction. Des populations fatiguées du Caire à Bagdad.

Cette introduction renforce le témoignage de Ramadan, le chauffeur de taxi, et ses clins d’œil sur la mosaïque de personnages qu’il croise ou côtoie. Il s’échine à travailler le matin chez un privé, Sélim, un homme d’affaires, et le soir il déambule avec son taxi pour payer les frais de scolarité de sa fille Chams. Plutôt dépressif, Sélim est le type de personnage anesthésié en vertu d’un mystérieux savoir encombrant. Criblé de dettes, il côtoie Ramadan, ruminant ses obsessions. Ce dernier essaye de l’extraire à sa mélancolie en l’invitant à une cérémonie de mariage pour tenter l’illumination d’une rencontre entre l’infini et le plat, le sublime et le morne, entre un verre d’alcool et une cigarette de hasch qu’on fixe. Dans ce monde strié de répétitions, Chams, la fille de Ramadan, une jeune écolière, est une créature complètement différente. Son humour a quelque chose à voir avec une parole irrévérente dans une culture croulant sous le poids du conservatisme. Son imaginaire lui fait croire que toute chose est belle à rêver et que l’existence est plate et horrible. Naïveté ou symbolisme ? A l’évidence, l’entrecroisement des séquences révèle la déception de l’administration politique. Les personnages expriment leurs plaintes de la pollution, la fraude des élections et la pauvreté. Il ne s’agit pas pour autant de promettre des zéniths illusoires, mais d’ouvrir dans leur horizontalité épuisante, sous leurs pieds, des points de fuite.

Chams veut aller au centre-ville pour savourer un bonheur rêvé. Mais Ramadan craint de s’y faire agresser par la police dans les manifestations qui secouent la ville du Caire. Affirmation d’une foi collective dans le déficit du système. Apprenant que Chams est atteinte de leucémie et que ses jours sont comptés, Ramadan l’emmène au centre-ville. A défaut de pouvoir sortir d’eux-mêmes, les hommes inventent des endroits rêvés, se débattant entre une marche solitaire et l’envie de lutter pour écrire une nouvelle histoire de leurs pays.

Amina Hassan

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