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 Semaine du 13 au 19 août 2008, numéro 727

 

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Arts

Cinéma. Créatif dans la comédie Assef ala al-izaag (désolé pour le dérangement), Ahmad Helmi plaque les velléités du réalisme pour trouver une illumination dans un passé réinventé.

Retour vers le futur

Ahmad Helmi, on l’a compris, n’arrête pas de surprendre dans des rôles comiques variés. Depuis le succès de Zarf Tareq (imprévu), Matab sénaï (perturbation) et Kida Réda (cela est satisfaisant), il mérite l’étiquette d’artiste majeur mise au goût du jour par la critique. Cette fois, il est unique dans Désolé pour le dérangement, où il incarne un jeune souffrant d’amnésie, engagé pourtant dans un avenir qui prolonge le passé. A ce niveau, deux courants contraires se rencontrent dans une profondeur mystérieuse.

Hassan (Ahmad Helmi), ingénieur en aéronautique, penché sur son ordinateur dans sa chambre, écrit une lettre au président de la République, lui expliquant qu’il souffre d’agression de la part de son entourage, qui ne comprend pas son génie, mais qu’il persévère dans son projet d’inventer un carburant à prix modique pour les avions. Un projet pour lequel il demande un financement de l’Etat. Le premier mouvement du film ne quitte pas l’intérieur de cette chambre, où Hassan tourne et retourne autour de son projet qu’il raconte dans une centaine de lettres au président. Le second mouvement qui couvre les deux tiers du film se passe dans les endroits où Hassan invente des histoires sur des rapports de proximité ou de répulsion avec des personnages qu’il rencontre au hasard de ses déplacements. Le film mêle deux récits sous forme d’un diptyque : un jeune préoccupé par son projet du futur, mais en même temps déconcerté dans la tourmente de l’incompréhension des autres. C’est la magnifique allégorie du jeune tourné vers l’avenir mais en même temps, tel un vieil homme, est chargé d’un fardeau. Le vieil homme c’est son père, Salah (Mahmoud Hémeida), avec qui il entretient un discours commentant les distorsions du présent, et le fardeau des difficultés qui affligent le pays. Le montage épouse l’ambition de Hassan de raconter une histoire qu’il revit en racontant. Est touchante, l’innocence vibrante de ce jeune qui restitue l’ancien à travers son père pour combler un manque historique. A un âge sans perspective, sans avenir et menacé d’amnésie, c’est dans l’ancien que Hassan cherche matière à inventer. Dans une réflexion lucide, son père lui dit : « Ne me dis pas que ta mère est l’Egypte. Ta mère est malade ». Dans ce cas, la grande histoire qu’enregistre le film, ce sont les effets des actes singuliers de Hassan qui se révèle schizophrène.

Aventure qui s’avère aussi séduisante que dangereuse, le scénario exposant alternativement ces deux influences qui conduisent Hassan d’un saut dans le passé, dans un présent où il se sent déconnecté. S’introduisant dans deux mondes étrangers communiquant comme par magie, on ne saura en effet qu’avec un peu de retard qu’il en détient les clés par la scission de son personnage. L’apparence de cohérence qu’il affiche est mise en doute par sa mère (Dalal Abdel-Aziz), inquiète de le voir effleurer la folie.

 

Curiosité du projet

La comédie naît par l’entrée par effractions dans les mondes du réel et de l’imaginaire, étrangers l’un à l’autre. D’où la curiosité du projet : on ne sait pas si c’est une comédie ou un drame, fantastique et réalisme, dépression et euphorie, désir et abattement, tout communique avec tout en un raccord. Cela sert au cinéaste Khaled Mareï de montrer Hassan tantôt en un simple d’esprit, tantôt en génie. A partir de cette position intermédiaire, un retrait autorise à ne plus le voir comme une évidence, mais comme une énigme à déchiffrer, en revisitant les lieux et les gestes.

Le père est en réalité mort, l’effort de Hassan de le restituer dans le présent consiste à capter dans le passé des bribes, des moments de détresse et d’espoir naissant. Cet espoir se concrétise dans une idylle inventée avec une jeune fille (Menna Chalabi) qu’il croise dans une cafétéria. Convertir le passé en un présent vibrant, au plus près des corps et des affects singuliers, et voilà qu’on franchit un pas vers la lumière, imitant celle des premiers projecteurs à l’aube du cinéma.

Le temps du film est unique : un présent élargi par le retour en avant d’un passé qu’il a su accueillir. Le père, capitaine-pilote, est là pour court-circuiter l’intériorité et l’extériorité de Hassan au plus près des affects, le pousser plus vers la réalisation de son projet inventif. Inventer le temps imaginaire où passé et présent s’inquiètent mutuellement est la grande leçon de Désolé pour le dérangement. Ce n’est pas dans la posture d’un cancre, capable de gags injustifiés, dans un monde irrité, hébété que Ahmad Helmi se répète. Aux coups de cymbales, il préfère la corde tendue et vibrante de la variation de rôles, de film en film.

Amina Hassan

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