Guinée-Bissau.
Après la dissolution du Parlement et l’annonce d’un coup
d’Etat déjoué, un nouveau gouvernement a été formé pour
mener le pays aux législatives du 16 novembre.
Instabilité chronique
La Guinée-Bissau n’en finit pas avec l’instabilité
politique. Ce petit pays d’Afrique de l’ouest a encore
affronté cette semaine des événements explosifs, cruciaux et
successifs. Au début, le président bissau-guinéen Joao
Bernardo Vieira a annoncé la dissolution de l’Assemblée
nationale. Décision qui a conduit à la chute du
gouvernement. Ces événements avaient été suivis par
l’annonce d’un coup d’Etat déjoué et le chef d’état-major de
la marine, le contre-amiral Jose
Americo Bubo Na Tchute, a
été arrêté.
Le porte-parole de l’armée, le colonel
Arsene Balden, a expliqué
: « Nous avons déjoué un coup d’Etat qui devait être
perpétré par un groupe d’officiers dirigé par le
contre-amiral Jose Americo Bubo
Na Tchute, chef d’état-major de
la marine nationale ». Aucune raison n’a été avancée pour
expliquer ce coup de force contre le président Vieira.
Arrivé au pouvoir par un putsch en 1980 puis lui-même
renversé par une rébellion militaire en 1999, il a
finalement été élu à la présidence en juillet 2005. « En ce
moment, Bubo est en résidence surveillée en attendant que
les enquêtes révèlent les circonstances et les éventuels
complices », a ajouté le porte-parole. Selon
Balde, le coup d’Etat a été
déjoué facilement : « Mercredi, le contre-amiral Na
Tchute avait contacté par
téléphone plusieurs officiers supérieurs pour qu’ils se
joignent à lui pour déposer le président. Ce sont des
officiers qui ont informé le chef d’état-major des forces
armées, le général Tagmé Na
Waie, qui a ordonné son
arrestation ». « Nous avons saisi le tribunal militaire et
une commission d’enquête a été mise sur pied pour vérifier
toutes les informations reçues et savoir si Bubo a
d’éventuels complices et qui ils sont », a souligné le
porte-parole. Un militaire joint par l’AFP et s’exprimant
sous couvert de l’anonymat a précisé que « le contre-amiral
avait tenté de sortir de Bissau pour rejoindre la garnison
de Mansoa, située à 60 km de la
capitale. Cette garnison abrite une unité d’élite de
l’armée. Mais, il a été rattrapé et placé en résidence
surveillée », a poursuivi ce militaire. Cette tentative de
coup d’Etat accroît encore un peu plus la tension dans ce
pays miné depuis une décennie par l’instabilité politique.
Mais les analystes prévoient que ce coup d’Etat est dû aux
derniers événements. D’abord, la dissolution de l’Assemblée
nationale, qui avait été suivie de la chute du gouvernement.
Le président Vieira avait rapidement nommé un nouveau
premier ministre, Carlos Correia,
72 ans, qui avait occupé les mêmes fonctions de 1991 à 1997,
en annonçant que son nouveau gouvernement doit mener le pays
aux élections législatives du 16 novembre. Et pour
stabiliser la rue politique, le nouveau premier ministre a
annoncé samedi dernier la composition de son gouvernement.
Sa nouvelle équipe comprend 26 ministres (et sept
secrétaires d’Etat), dont plusieurs appartenaient à l’ancien
gouvernement. La plupart sont issus du PAIGC (Parti africain
pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et les îles du
Cap-Vert), l’ex-parti unique qui compte 45 députés sur les
100. Depuis fin juillet, le PAIGC avait quitté le Pacte de
stabilité politique national signé en mars 2007 entre les
principales formations pour soutenir le gouvernement.
Aujourd’hui âgé de 69 ans, le chef de l’Etat peine depuis
trois ans à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale.
Dans un contexte de crise économique et sociale, il avait dû
se défaire, en avril 2007, sous la pression de l’armée et de
certaines formations politiques, de son premier ministre
Aristide Gomes. Actuellement, la situation est calme dans la
capitale de ce petit pays africain, classé parmi les plus
pauvres du monde et fragilisé par le trafic de cocaïne
sud-américaine en transit vers les marchés européens. Mais
le pays demeure instable surtout à l’approche des élections
législatives.
Maha
Salem