Le continent noir et ses turbulences
Morsi Attalla
Le
continent noir auquel nous appartenons se distingue par des
caractéristiques et des marques qui influencent son
évolution, ainsi que les efforts de développement. La plus
éminente de ces caractéristiques est le phénomène de la
violence qui prend divers formes, niveaux et appellations.
Les origines de la violence reviennent à la structure
historique, économique et sociale du continent. Aussi, il y
a le lourd héritage laissé par la période de la
colonisation, lorsque les pays envahisseurs ont
intentionnellement dessiné des frontières consacrant la
division ethnique, tribale et sectaire au large du
continent. Une configuration qui a engendré spontanément
l’éclatement des conflits internes, les guerres civiles et
les conflits séparatistes. N’oublions pas que les régimes
tribaux militaires au pouvoir dans de nombreux pays du
continent ont fait que les conflits et les litiges civils
ont gagné en acuité.
Nous devons signaler dans ce contexte que parmi les plus
importants défis dont le continent a été témoin et qui ont
contribué à éclipser la sécurité est que le passage vers la
démocratie et le pluralisme dans un nombre de pays du
continent a été fait en vertu de décisions supérieures et
sporadiques. Ces dernières n’ont pas pris en compte les
exigences que dicte la progressivité jusqu’à ce que les
conjonctures et le climat nécessaires soient adéquats. Le
résultat a été que les manifestations ethniques et
confessionnelles ont gagné une plus grande envergure et
l’anarchie a sévi dans certains Etats. Alors que dans
d’autres, le régime du parti unique a donné lieu à la
dictature et par conséquent à l’anarchie et au désordre.
Parmi les résultats apparents à ces conflits et guerres
civiles, qui, la plupart du temps ont pris un aspect
chaotique, figurent l’effondrement de l’autorité de l’Etat
et l’exode des millions de réfugiés et de sans-abri et leur
fuite vers un autre pays. Cela outre les dégâts humains et
matériels, ainsi que les génocides collectifs semblables à
ceux dont été témoins la Somalie, l’Ouganda, le Rwanda et le
Burundi.
Il est probable d’ailleurs que l’aggravation de cette
situation tragique dans un nombre de pays africains ait été
le motif essentiel ayant poussé l’Egypte depuis des années à
placer « la sécurité du continent » à la tête de ses
priorités tournées vers l’Afrique, y compris d’autres causes
telles que le développement, l’infrastructure, l’eau,
l’électricité et le drainage sanitaire.
Il serait probablement impératif, voire nécessaire de nous
remémorer à cet égard les efforts de l’Egypte, qui ont été
couronnés de succès en 1993, au moment de la mise en place
de l’organisme de règlement des conflits par les voies
pacifiques. Il incombe à ce dernier d’entreprendre les
mesures nécessaires au règlement des conflits dans leur
berceau avant leur complication et leur basculement dans
l’accrochage militaire.
En réalité, le mécanisme africain de règlement des conflits
est le semblant d’un conseil de sécurité africain. Raison
pour laquelle l’Egypte insiste sur la nécessité de hâter le
développement du mécanisme de suivi des résolutions du
sommet entre les sessions annuelles des sommets. L’objectif
étant de disposer d’une capacité de prendre des décisions
immédiates, consistant à empêcher, à gérer ou à régler
n’importe quelle crise. Cela à travers un appareil de
pré-alerte pour prévenir les crises et les litiges avant
qu’ils ne se transforment en conflits armés.
La plupart des statistiques officielles affirment que 60 %
des pays africains se trouvent obligés d’importer le tiers
de leurs besoins alimentaires. Selon ces mêmes statistiques,
34 pays africains font partie des 48 pays qui souffrent de
la pauvreté et du manque de croissance de par le monde
entier.
Le chômage est l’un des problèmes-clés derrière la
souffrance du continent noir et qui influence négativement
les programmes et les plans de développement d’un taux qui
augmente de 10 % par an, et qui ne cesse de croître.
L’Afrique compte 265 millions d’employés aux salaires
lamentables. L’Afrique souffre, voilà plusieurs années, d’un
problème chronique qui est celui des sans-abri et des
réfugiés. Les chiffres officiels disent qu’il existe plus de
7 millions de réfugiés et de 20 millions de sans-abris, à
cause de la série de conflits et de guerres civiles qui ont
légué le lourd héritage de famine, de malnutrition et de
démantèlement économique. D’ailleurs, il n’est un secret
pour personne que les conflits qui ont déchiré le continent
noir l’ont épuisé à cause des dépenses sur l’armement
militaire qui a dépassé les 7 milliards de dollars annuels.
Des sommes qui ont été retranchées des programmes de
développement économiques et sociaux. Par conséquent, ce
sont les domaines vitaux qui souffrent comme l’éducation, la
santé, l’agriculture, l’industrie, l’infrastructure, les
services et les transports.