La Tunisie célèbre la journée de la culture
Mohamed Salmawy
C’était
une vraie fête de la culture, ce jour vécu par la Tunisie la
semaine dernière à l’occasion de la célébration de la
Journée nationale de la culture. Cette manifestation
célébrée en grande pompe, en la présence du président Zin El
Abidine ben Ali, a réuni les écrivains, intellectuels et
artistes, au cours de laquelle un nombre d’entre eux a été
honoré alors que d’autres ont reçu prix et décorations.
J’ai assisté avec plaisir à cette célébration, pour
témoigner de l’essor récent que vit actuellement la Tunisie
dans le domaine des arts et des lettres. Ceci vient prouver
que la Tunisie est parfaitement consciente de l’importance
de la culture et démontre sa disposition totale à la
parrainer sur plusieurs niveaux. Ainsi, les fondements de la
Cité de la culture ont-ils été posés dans l’un des quartiers
de la capitale. C’est une grande ville qui comprend des
théâtres et des salles de conférence et elle aura ainsi un
grand impact sur les arts et les activités intellectuelles
qu’elle abritera. Lorsque j’ai visité la ville, qui selon
toutes les prévisions sera un centre de rayonnement culturel
et artistique de haut niveau, j’ai découvert des
constructions gigantesques et ultra-modernes.
Le
budget alloué à la culture en Tunisie a augmenté
graduellement ces deux dernières décennies pour arriver
actuellement à 1,25 % du budget général. Un chiffre de loin
supérieur à ce qui était consacré à la culture de par le
passé. Il n’en demeure pas moins que la politique de l’Etat
a commencé récemment à encourager le secteur privé en
Tunisie à financer l’activité culturelle. Ce qui veut dire
que le budget de la culture et des arts connaîtra des
augmentations supplémentaires dans la période à venir.
Pour ce qui est des intellectuels, eux-mêmes, un nouveau
programme de sécurité sociale est entré en vigueur pour la
première fois en Tunisie après de longues années
d’insécurité pour les écrivains et les artistes, surtout au
cours de leur vieillesse ou dans les cas de maladies qui les
empêcheraient de mener leur activité artistique. Un Haut
conseil de la culture a été pour la première fois mis en
place permettant aux intellectuels de participer à la
supervision de l’activité culturelle dans le pays.
A mon avis, la plus importante évolution dont a témoigné le
domaine de l’art est l’abolition de la censure sur les
livres et les publications. Une mesure qui aura un large
impact pour la diffusion de la culture et son
épanouissement. Le président Zin El Abidine ben Ali a brandi
à cet égard un important slogan qui a largement soutenu
cette mesure en apposant un « non à la culture de la
marginalisation et un non à la marginalisation de la culture
».
Le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine,
Mohamed El Aziz ben Achour, a déclaré que la politique
culturelle en Tunisie repose sur une tentative de parvenir à
une équation correcte pour se situer entre authenticité et
contemporanéité. C’est de là qu’aura alors émané le nom de
son ministère qui est celui de « la culture et de la
sauvegarde du patrimoine ». Le ministère s’intéresse à la
préservation du patrimoine culturel et artistique arabe,
tout en s’ouvrant sur toutes les expériences étrangères dans
ce domaine. Ceci s’est manifesté clairement pour moi en ce
qui concerne les arts plastiques, qui ont incarné cette
relation entre l’ancien et le nouveau de manière intrinsèque
et complémentaire.
Le ministre ajoute avec calme que l’Etat en Tunisie ne
conçoit pas la culture comme une simple activité de
divertissement, mais comme un pilier essentiel de progrès et
de développement. Pour lui, c’est un outil garantissant la
croissance équilibrée, il navigue de concert avec l’époque
et ancre davantage l’identité.
J’ai rencontré le ministre de la Culture tunisien à
plusieurs reprises et nous avons discuté de plusieurs
thèmes. Il me donnait l’impression toujours d’être une
personne d’une vigilance et d’une conscience intellectuelle
évidente face à tous les défis que doivent relever les
activités artistiques et littéraires dans les pays arabes, à
cause de certains courants religieux arriérés qui ont dévié
pour faire de la religion un outil de rigorisme. Un outil
qui permet à ces partisans d’avoir la mainmise sur la
société pour parvenir au pouvoir.
Ce qui distingue probablement Mohamed El Aziz ben Achour est
cette sérénité dans le discours, son bon raisonnement et
cette confiance en lui que j’ai relevés alors qu’il disait
laconiquement : « la mission du ministère est la
consécration de la modération en reposant sur le dialogue
comme un outil social effectif et sur l’entente comme un
objectif prôné rassemblant toutes les forces intellectuelles
dans la société ».
J’ai fait la connaissance, alors que je me trouvais dans la
célébration organisée au palais présidentiel à Carthage,
d’une pléiade d’intellectuels, d’artistes et d’écrivains qui
sont venus pour assister à cette occasion d’envergure. Le
prix maghrébin de la culture est allé à M. Abdellatif Kchich,
réalisateur tunisien, en considération pour sa remarquable
production cinématographique qui lui a valu d’obtenir
plusieurs prix du cinéma européen.
Je me suis également longuement arrêté devant l’un des prix
importants qui est celui décerné par le président tunisien à
la meilleure entreprise économique qui se distingue par son
activité culturelle. Le prix était le lot du groupe chimique
tunisien d’El Medhilla. Ce prix est, à mon sens,
exceptionnel dans notre monde arabe. Nous parlons beaucoup
de la contribution nécessaire des sociétés et des organismes
du secteur privé, économique et commercial dans le
financement de l’activité culturelle. Mais nous ne faisons
aucun pas concret dans ce sens et nous n’encourageons pas le
secteur privé à prendre ses initiatives. Le fait de rendre
hommage aux organismes ayant soutenu le plus la culture
encouragerait le reste de compagnies du secteur privé de
suivre sa voie.
Je me suis arrêté devant le prix national d’architecture.
J’ai d’ailleurs appris de certains intellectuels que les
architectes avaient l’espoir de consacrer une journée pour
leur discipline semblable à la Journée nationale de la
culture au cours de laquelle le président décernerait ce
prix. Mais vu l’engagement présidentiel à la Journée
nationale de la culture, il a préféré annoncer qu’il y
aurait un prix de l’architecture le même jour. C’est une
confirmation de l’intérêt que l’Etat porte à la culture à
tous les niveaux. Le prix de cette année est allé à
l’architecte M. Taoufik ben Hadid.
Le président Zin El Abidine ben Ali a prononcé une
allocution à cette occasion devant les intellectuels et les
hommes d’Etat, dans laquelle il a mis l’accent sur
l’importance accrue qu’acquiert la culture en Tunisie et
dans laquelle il a annoncé un ensemble de mesures visant à
promouvoir davantage le secteur et ses acteurs. Certaines de
ces mesures me semblent de grande importance.
Il a ordonné à cet égard de préparer un programme de
célébration au cours de l’année 2009 pour le centenaire du
théâtre tunisien.
Il a recommandé de recourir aux technologies de
l’information et de la communication pour transformer
graduellement les bibliothèques classiques en bibliothèques
numériques. D’entreprendre toutes les mesures nécessaires
pour assurer la réussite de la manifestation de l’année
prochaine ayant pour titre « Kairouan, capitale de la
culture islamique ». Et d’élaborer un programme spécial pour
la célébration du centenaire de la naissance de l’illustre
poète tunisien Aboul Kacem Chebbi.
Il a appelé le ministère de la Culture et de la Sauvegarde
du patrimoine ainsi que toutes les parties compétentes de
prendre soin de l’aspect architectural des anciens quartiers
et des villages traditionnels pour protéger leurs
particularités et leurs aspects esthétiques, afin de
soutenir leur rôle visant à dynamiser le tourisme culturel.
Et, enfin, il a appelé à ouvrir les portes des musées
tunisiens gratuitement au public pendant la journée du 18
mai de chaque année, qui coïncide avec la Journée mondiale
des musées.