Publicités .
Dans ce domaine, la fraude est de plus en plus fréquente et
cause parfois des drames. Le matraquage quotidien avec
promesse de guérison rapide de l’hépatite C ou de fin de la
calvitie fait plusieurs victimes parmi les consommateurs.
L’illusion en boite
«
Adieu à la stérilité et aux problèmes d’impuissance
sexuelle, nous vous offrons le comprimé de tous les bonheurs
... un produit au pouvoir magique qui ouvre les portes
fermées, un traitement prodigieux qui guérit la stérilité en
21 jours. La pilule jaune pour retrouver la virilité, et la
bleue pour stimuler la fertilité chez les femmes ». « Pour
la première fois, et sous contrôle médical, la Citadelle des
herbes au Moyen-Orient propose un traitement contre le
diabète, l’hypertension, le cancer et le virus A, B et C,
ainsi que d’autres problèmes de santé ». « Vous perdez vos
cheveux, ne déprimez pas, la solution est dans la crème
magique composée de graisse de lion, d’hippopotame, de
crocodile qui aide à les retrouver de nouveau et met fin à
la calvitie. Ne tardez pas à commander votre crème. Offre
limitée ». « Pourquoi payer cher et affronter les risques
des interventions chirurgicales de liposuccion ?
Aujourd’hui, la ceinture du sauna promet monts et
merveilles, en quelques heures, un corps de rêve et une
perte de tonnes de graisses, plus un cadeau, crème et lotion
pour rendre la peau plus nette. Tout cela pour 150 L.E. au
lieu de 200 L.E., une offre spéciale à ne pas manquer ...
Enfin, finies les douleurs atroces. L’urine de chameau, un
produit naturel, moins coûteux et plus sain que les
médicaments traditionnels ... ». Une liste infinie de
formules sur écran vantant les mérites de différents
produits. De bien étranges traitements se rapprochant de la
composition d’un grigri.
Le Dr Moustapha Ghazi l’a payé de sa vie. Souffrant du virus
C, il n’a pas hésité à se déplacer de son gouvernorat de
Kafr Al-Cheikh pour frapper à la porte d’un centre de
traitement par les herbes, situé au quartier de Doqqi. Après
avoir vu défiler sur les chaînes satellites des pubs vantant
la médecine naturelle, il opte donc pour les recettes de ce
centre. Et pourquoi pas, puisque l’herboriste ou le
propriétaire prétend qu’il a découvert une herbe guérissant
le virus de l’hépatite C en six mois. Après une longue liste
d’attente, Moustapha a pu enfin passer sa consultation. On
lui prescrit le remède miracle qui coûte 2 000 L.E. « Ces
herbes médicinales sont magiques. Vous n’avez qu’à les
dissoudre dans de l’eau et les consommer pour une durée de
six mois, ensuite vous serez guéri et vous n’allez jamais
plus souffrir », lui assure le pseudo-médecin. Vingt jours
plus tard après avoir consommé ces herbes, Moustapha a fait
une insuffisance rénale. Ne pouvant plus manger, ni marcher
ni pratiquer sa vie normale, il a été transporté à l’hôpital
dans un état critique. Moustapha a envoyé une plainte auprès
du directeur de l’Association des malades de foie, lui
décrivant la détérioration de son état, en joignant un
échantillon des herbes qu’il avait consommées. Suite à cette
lettre, le médecin Gamal Chiha a tenu à l’examiner. Le
diagnostic tombe comme un couperet : les deux reins de
Moustapha ne fonctionnent plus. La grande quantité de poison
contenue dans ces herbes dangereuses les avaient bloqués.
Moustapha n’a pas longtemps résisté, il est entré dans un
coma et est décédé. Pourtant, les portes de ce centre sont
toujours ouvertes et accueillent de nouvelles victimes.
Moustapha
n’est ni la première ni la dernière victime de ces
publicités. De nombreuses publicités constituent une
tromperie grossière pour le consommateur et vont plus loin
en signalant l’ouverture de petites cliniques sans aucune
autorisation du ministère de la Santé, exploitant ainsi
l’éternelle quête des gens en matière de beauté et de santé.
A cela viennent s’ajouter les médicaments censés traiter la
calvitie, qui ont connu un grand succès commercial dans les
années 1990. Un traitement qui n’a fourni que de l’illusion.
« Qui va-t-on croire ? », s’interroge Samiha, 45 ans, femme
au foyer. A commencer par les herbes qui, selon l’annonce,
peuvent soigner toutes les maladies chroniques jusqu’au
miel, première récolte, en passant par les recettes miracle
et les produits qui traitent l’obésité ou rendent viriles.
Et personne n’échappe à ces messages publicitaires : les
écrans de télé, les chaînes de radio, les pages de journaux
et magazines en regorgent. Qu’on le veuille ou non, la pub
envahit nos vies et manipule nos désirs et même nos
habitudes de consommation. Elle est là partout et sans
vergogne et nous donne rendez-vous de manière astucieuse
avec un objet de consommation ou un remède prodigieux. Tout
est fait pour que le consommateur ne puisse pas détourner
son regard, et impossible d’y échapper ni même d’y résister.
Ahmad Abdallah, psychiatre, explique que dans une société où
les rêves sont compromis par des conditions de vie
lamentables, il est normal de trouver beaucoup de victimes
de telles .
L’art des combines
« En fait, ce ne sont que des escrocs qui ont l’art de
convaincre leurs victimes. Ils ont un don pour faire du
lavage de cerveau tout en inventant chaque jour de nouvelles
combines et de nouveaux outils », assure-t-il. Et d’ajouter
: « Avec des conditions difficiles, des prix qui flambent
d’un côté et de l’autre, des publicités aussi éloquentes et
persuasives, le consommateur tombe facilement dans le piège,
surtout s’il vit dans l’espoir de guérir, de rajeunir ou de
paraître plus séduisant ». Mais le jeu en vaut-il la
chandelle ?
En
fait, les pages des faits regorgent de cas et révèlent
plusieurs affaires de ce type. La dernière en date est celle
de Gamila qui n’a pas résisté longtemps face aux annonces
publicitaires alléchantes des centres de beauté qui poussent
comme des champignons, outre les images que l’on diffuse
dans les médias insistant sur la beauté et la minceur comme
étant un critère de séduction. Cette jeune fille âgée de 23
ans a été transportée d’urgence dans un hôpital. Son état de
santé s’est aggravé après avoir subi une opération de
liposuccion pour résoudre son problème d’embonpoint. Gamila
a fait des complications : forte fièvre, douleurs atroces et
apparition d’une masse sur son corps. Transportée d’urgence
au bloc opératoire, une surprise attend le chirurgien : la
masse n’est autre qu’un morceau de gaze oublié sous la peau
du ventre de Gamila.
Cette jeune fille qui voulait en finir avec ses rondeurs ne
s’est pas assez renseignée sur le chirurgien qui allait
l’opérer et a été séduite par ses nombreuses apparitions sur
les chaînes satellites. Un autre cas, celui de Rania, une
adolescente dont le désir était de blanchir sa peau et de la
rendre satinée comme celle de son actrice préférée Mona Zaki.
Utilisant des pommades, qu’elle a vu défiler lors d’une
campagne publicitaire à la télé, Rania a non seulement un
visage hideux, couvert de taches brunes, mais elle souffre
aussi d’un cancer de peau. La raison est claire ! Elle a
utilisé des pommades fabriquées dans des usines qui
travaillent au noir. Mais le cas qui a défrayé la chronique
est celui de Mohamad Kamel, diabétique qui a risqué sa vie
lorsqu’il a renoncé aux injections d’insuline pour un remède
miracle qui guérit le diabète en 40 jours. Résultat : il est
entré dans un coma suite à une hypoglycémie.
Mais comment limiter les abus de ces publicités et protéger
les gens de tomber dans le piège d’une arnaque dont les
dommages sont parfois irréparables. Selon Khalifa Adham,
conseiller médiatique à l’Organisme de la protection du
consommateur, la loi sur la protection du consommateur donne
plus de compétences et de pouvoirs pour lutter contre ce
genre de corruption. (voir encadré).
« Malheureusement, les consommateurs manquent encore de
conscience. Autrement dit, sans un client conscient de ses
droits, notre service n’aura aucune efficacité. C’est pour
cela que nous menons, depuis la fondation de l’organisme en
2007, des campagnes pour sensibiliser le consommateur à ses
droits les plus élémentaires. Il est difficile d’attraper
ces vendeurs d’illusions en flagrant délit, car ils publient
des annonces où ne figure qu’un numéro de téléphone, ou font
du porte-à-porte pour distribuer leurs dépliants. Ce genre
de contrevenants ne peuvent être pris au piège que si des
clients portent plainte », explique-t-il.
Aujourd’hui, les associations de protection du consommateur
dépendant de l’organisme se propagent dans les quatre coins
de l’Egypte. Celles-ci essaient d’être à l’écoute des gens.
Et ce, par plusieurs moyens de communications, une ligne
verte (195 88-33 47 17 39) qui reçoit les plaintes du public
ou donne des renseignements. « Ou alors recevoir des
plaintes à travers la poste, les bureaux des associations,
ou l’envoi de télégramme, etc. Un service que l’organisme
présente gratuitement. En cinq jours, le consommateur pourra
suivre le trajet de sa plainte : vers la police de
l’approvisionnement, le ministère de la Santé … », poursuit
Khalifa, tout en ajoutant qu’il suffit de mentionner que
durant le mois de décembre 2007, l’organisme a reçu près de
314 plaintes. Mais vu la rentabilité de ce business, le
nombre des publicités augmente de plus en plus, celui des
victimes aussi.
Dina, journaliste, confie avoir été la proie d’une société
escroc qui multipliait les publicités à la télé. Une société
qui prétend présenter à un prix compétitif un service de
maintenance à domicile, afin de faciliter la tâche au
client. Intéressée par le fait de changer son ancien poste
de télé contre un autre à bon marché, elle a perdu sa
télévision et sa vidéo. « J’ai perdu non seulement la
mienne, mais aussi 400 L.E., une somme complémentaire au
prix de la nouvelle télévision et 320 L.E. pour l’achat de
pièces de rechange afin de réparer ma vidéo. Or, il n’a pas
résisté longtemps et j’ai dû en acheter un autre tout neuf
», conclut Dina.
Chahinaz Gheith