Al-Ahram Hebdo, Nulle part ailleurs |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 9 au 15 juillet, numéro 722

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Nulle part ailleurs

Publicités . Dans ce domaine, la fraude est de plus en plus fréquente et cause parfois des drames. Le matraquage quotidien avec promesse de guérison rapide de l’hépatite C ou de fin de la calvitie fait plusieurs victimes parmi les consommateurs.

L’illusion en  boite

« Adieu à la stérilité et aux problèmes d’impuissance sexuelle, nous vous offrons le comprimé de tous les bonheurs ... un produit au pouvoir magique qui ouvre les portes fermées, un traitement prodigieux qui guérit la stérilité en 21 jours. La pilule jaune pour retrouver la virilité, et la bleue pour stimuler la fertilité chez les femmes ». « Pour la première fois, et sous contrôle médical, la Citadelle des herbes au Moyen-Orient propose un traitement contre le diabète, l’hypertension, le cancer et le virus A, B et C, ainsi que d’autres problèmes de santé ». « Vous perdez vos cheveux, ne déprimez pas, la solution est dans la crème magique composée de graisse de lion, d’hippopotame, de crocodile qui aide à les retrouver de nouveau et met fin à la calvitie. Ne tardez pas à commander votre crème. Offre limitée ». « Pourquoi payer cher et affronter les risques des interventions chirurgicales de liposuccion ? Aujourd’hui, la ceinture du sauna promet monts et merveilles, en quelques heures, un corps de rêve et une perte de tonnes de graisses, plus un cadeau, crème et lotion pour rendre la peau plus nette. Tout cela pour 150 L.E. au lieu de 200 L.E., une offre spéciale à ne pas manquer ... Enfin, finies les douleurs atroces. L’urine de chameau, un produit naturel, moins coûteux et plus sain que les médicaments traditionnels ... ». Une liste infinie de formules sur écran vantant les mérites de différents produits. De bien étranges traitements se rapprochant de la composition d’un grigri.

Le Dr Moustapha Ghazi l’a payé de sa vie. Souffrant du virus C, il n’a pas hésité à se déplacer de son gouvernorat de Kafr Al-Cheikh pour frapper à la porte d’un centre de traitement par les herbes, situé au quartier de Doqqi. Après avoir vu défiler sur les chaînes satellites des pubs vantant la médecine naturelle, il opte donc pour les recettes de ce centre. Et pourquoi pas, puisque l’herboriste ou le propriétaire prétend qu’il a découvert une herbe guérissant le virus de l’hépatite C en six mois. Après une longue liste d’attente, Moustapha a pu enfin passer sa consultation. On lui prescrit le remède miracle qui coûte 2 000 L.E. « Ces herbes médicinales sont magiques. Vous n’avez qu’à les dissoudre dans de l’eau et les consommer pour une durée de six mois, ensuite vous serez guéri et vous n’allez jamais plus souffrir », lui assure le pseudo-médecin. Vingt jours plus tard après avoir consommé ces herbes, Moustapha a fait une insuffisance rénale. Ne pouvant plus manger, ni marcher ni pratiquer sa vie normale, il a été transporté à l’hôpital dans un état critique. Moustapha a envoyé une plainte auprès du directeur de l’Association des malades de foie, lui décrivant la détérioration de son état, en joignant un échantillon des herbes qu’il avait consommées. Suite à cette lettre, le médecin Gamal Chiha a tenu à l’examiner. Le diagnostic tombe comme un couperet : les deux reins de Moustapha ne fonctionnent plus. La grande quantité de poison contenue dans ces herbes dangereuses les avaient bloqués. Moustapha n’a pas longtemps résisté, il est entré dans un coma et est décédé. Pourtant, les portes de ce centre sont toujours ouvertes et accueillent de nouvelles victimes.

Moustapha n’est ni la première ni la dernière victime de ces publicités. De nombreuses publicités constituent une tromperie grossière pour le consommateur et vont plus loin en signalant l’ouverture de petites cliniques sans aucune autorisation du ministère de la Santé, exploitant ainsi l’éternelle quête des gens en matière de beauté et de santé. A cela viennent s’ajouter les médicaments censés traiter la calvitie, qui ont connu un grand succès commercial dans les années 1990. Un traitement qui n’a fourni que de l’illusion. « Qui va-t-on croire ? », s’interroge Samiha, 45 ans, femme au foyer. A commencer par les herbes qui, selon l’annonce, peuvent soigner toutes les maladies chroniques jusqu’au miel, première récolte, en passant par les recettes miracle et les produits qui traitent l’obésité ou rendent viriles. Et personne n’échappe à ces messages publicitaires : les écrans de télé, les chaînes de radio, les pages de journaux et magazines en regorgent. Qu’on le veuille ou non, la pub envahit nos vies et manipule nos désirs et même nos habitudes de consommation. Elle est là partout et sans vergogne et nous donne rendez-vous de manière astucieuse avec un objet de consommation ou un remède prodigieux. Tout est fait pour que le consommateur ne puisse pas détourner son regard, et impossible d’y échapper ni même d’y résister.

Ahmad Abdallah, psychiatre, explique que dans une société où les rêves sont compromis par des conditions de vie lamentables, il est normal de trouver beaucoup de victimes de telles . 

L’art des combines

« En fait, ce ne sont que des escrocs qui ont l’art de convaincre leurs victimes. Ils ont un don pour faire du lavage de cerveau tout en inventant chaque jour de nouvelles combines et de nouveaux outils », assure-t-il. Et d’ajouter : « Avec des conditions difficiles, des prix qui flambent d’un côté et de l’autre, des publicités aussi éloquentes et persuasives, le consommateur tombe facilement dans le piège, surtout s’il vit dans l’espoir de guérir, de rajeunir ou de paraître plus séduisant ». Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?

En fait, les pages des faits regorgent de cas et révèlent plusieurs affaires de ce type. La dernière en date est celle de Gamila qui n’a pas résisté longtemps face aux annonces publicitaires alléchantes des centres de beauté qui poussent comme des champignons, outre les images que l’on diffuse dans les médias insistant sur la beauté et la minceur comme étant un critère de séduction. Cette jeune fille âgée de 23 ans a été transportée d’urgence dans un hôpital. Son état de santé s’est aggravé après avoir subi une opération de liposuccion pour résoudre son problème d’embonpoint. Gamila a fait des complications : forte fièvre, douleurs atroces et apparition d’une masse sur son corps. Transportée d’urgence au bloc opératoire, une surprise attend le chirurgien : la masse n’est autre qu’un morceau de gaze oublié sous la peau du ventre de Gamila.

Cette jeune fille qui voulait en finir avec ses rondeurs ne s’est pas assez renseignée sur le chirurgien qui allait l’opérer et a été séduite par ses nombreuses apparitions sur les chaînes satellites. Un autre cas, celui de Rania, une adolescente dont le désir était de blanchir sa peau et de la rendre satinée comme celle de son actrice préférée Mona Zaki.

Utilisant des pommades, qu’elle a vu défiler lors d’une campagne publicitaire à la télé, Rania a non seulement un visage hideux, couvert de taches brunes, mais elle souffre aussi d’un cancer de peau. La raison est claire ! Elle a utilisé des pommades fabriquées dans des usines qui travaillent au noir. Mais le cas qui a défrayé la chronique est celui de Mohamad Kamel, diabétique qui a risqué sa vie lorsqu’il a renoncé aux injections d’insuline pour un remède miracle qui guérit le diabète en 40 jours. Résultat : il est entré dans un coma suite à une hypoglycémie.

Mais comment limiter les abus de ces publicités et protéger les gens de tomber dans le piège d’une arnaque dont les dommages sont parfois irréparables. Selon Khalifa Adham, conseiller médiatique à l’Organisme de la protection du consommateur, la loi sur la protection du consommateur donne plus de compétences et de pouvoirs pour lutter contre ce genre de corruption. (voir encadré).

« Malheureusement, les consommateurs manquent encore de conscience. Autrement dit, sans un client conscient de ses droits, notre service n’aura aucune efficacité. C’est pour cela que nous menons, depuis la fondation de l’organisme en 2007, des campagnes pour sensibiliser le consommateur à ses droits les plus élémentaires. Il est difficile d’attraper ces vendeurs d’illusions en flagrant délit, car ils publient des annonces où ne figure qu’un numéro de téléphone, ou font du porte-à-porte pour distribuer leurs dépliants. Ce genre de contrevenants ne peuvent être pris au piège que si des clients portent plainte », explique-t-il.

Aujourd’hui, les associations de protection du consommateur dépendant de l’organisme se propagent dans les quatre coins de l’Egypte. Celles-ci essaient d’être à l’écoute des gens. Et ce, par plusieurs moyens de communications, une ligne verte (195 88-33 47 17 39) qui reçoit les plaintes du public ou donne des renseignements. « Ou alors recevoir des plaintes à travers la poste, les bureaux des associations, ou l’envoi de télégramme, etc. Un service que l’organisme présente gratuitement. En cinq jours, le consommateur pourra suivre le trajet de sa plainte : vers la police de l’approvisionnement, le ministère de la Santé … », poursuit Khalifa, tout en ajoutant qu’il suffit de mentionner que durant le mois de décembre 2007, l’organisme a reçu près de 314 plaintes. Mais vu la rentabilité de ce business, le nombre des publicités augmente de plus en plus, celui des victimes aussi.

Dina, journaliste, confie avoir été la proie d’une société escroc qui multipliait les publicités à la télé. Une société qui prétend présenter à un prix compétitif un service de maintenance à domicile, afin de faciliter la tâche au client. Intéressée par le fait de changer son ancien poste de télé contre un autre à bon marché, elle a perdu sa télévision et sa vidéo. « J’ai perdu non seulement la mienne, mais aussi 400 L.E., une somme complémentaire au prix de la nouvelle télévision et 320 L.E. pour l’achat de pièces de rechange afin de réparer ma vidéo. Or, il n’a pas résisté longtemps et j’ai dû en acheter un autre tout neuf », conclut Dina.

Chahinaz Gheith

Retour au sommaire

 

3 questions à

Fahmi Seddiq,
secrétaire général de l’Organisme égyptien pour la protection du consommateur.

« Nous ne pouvons être efficaces sans un consommateur conscient »

Al-Ahram Hebdo : Comment les associations de protection du consommateur peuvent-elles limiter les abus de publicités trompeuses ?

Fahmi Seddiq : L’Organisme de la protection du consommateur a demandé aux sociétés travaillant dans le domaine de la publicité de tenir leurs engagements vis-à-vis du critère de transparence et de crédibilité des informations et des photos diffusées sur les chaînes satellites et de ne pas diffuser à l’aveuglette les publicités qui trompent le client. Cependant, le contrôle des publicités sur tous les produits, notamment alimentaires, est inexistant. Actuellement, les sociétés qui veulent faire de la publicité sur leurs produits ne sont pas obligées d’obtenir l’autorisation des ministères de la Santé et de l’Approvisionnement. Autrement dit, certaines compagnies soumettent leurs produits aux laboratoires du ministère de la Santé, mais il n’y a aucune loi qui les oblige à le faire. Ainsi les médias doivent-ils donc aider la société civile à connaître la vérité, en faisant clairement la part des choses entre la mission des médias et celle de la publicité. Et nous ne pouvons être efficaces sans un consommateur conscient de ses droits, et c’est à lui d’adresser ses plaintes en cas de supercherie.

— Cela veut-il dire que vous attendez que le client soit dupé et vous adresse une plainte pour commencer à agir ?

— En effet, les associations de protection du consommateur n’ont ni le droit de contrôler les prix ni d’organiser des campagnes d’inspection, à l’instar des pays européens. Mais elles peuvent actuellement agir en justicier à la place des citoyens, et c’est ça la grande nouveauté. Autrefois, pour poursuivre en justice une quelconque société, il fallait obtenir l’autorisation du ministre à la tête du secteur dont dépend cette société, alors qu’aujourd’hui, les associations de la protection du consommateur ont le droit d’intenter des procès à la place des consommateurs. Ces derniers, s’ils sont lésés, auront droit dorénavant à des compensations. De plus, ils ont la possibilité de changer les produits dans un délai de 14 jours à partir de la date d’achat en cas de défaut de fabrication. Quant aux services, le client a le droit d’être remboursé si la qualité est mauvaise.

— Mais pensez-vous que cela est suffisant pour protéger les droits des consommateurs ?

— Aucune loi ne rend obligatoire la publication dans les journaux des noms des compagnies frauduleuses. Dans la plupart des cas, on annonce dans les journaux que les ministères de l’Approvisionnement ou de la Santé ont saisi des produits impropres à la consommation. On n’a jamais cité le nom de la compagnie pour avertir les consommateurs.

Et voilà que l’Organisme égyptien pour la protection du consommateur a annoncé, il y a quelques mois et pour la première fois, que six marques d’eau minérale vendues en bouteilles ne sont pas conformes aux normes internationales.

N’est-ce un pas en avant ? Mais sans un consommateur conscient de ses droits, les organisations non gouvernementales ne pourront jamais accomplir parfaitement leur tâche .

Propos recueillis par Ch. G.

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.