UPM.Le
processus de Barcelone décrié notamment par les pays du Sud
a prévu cependant les différents institutions et rouages
d’une coopération Nord-Sud.
Un agenda exhaustif
mais peu appliqué
«
Les participants expriment leur conviction que la paix, la
stabilité et la sécurité de la région méditerranéenne sont
un bien commun qu’ils s’engagent à promouvoir et à renforcer
par tous les moyens dont ils disposent. A cet effet, ils
conviennent de mener un dialogue politique renforcé et
régulier, fondé sur le respect des principes essentiels du
droit international et réaffirment un certain nombre
d’objectifs communs en matière de stabilité interne et
externe ». C’est la déclaration dite de Barcelone qui a été
lancée durant la Conférence euro-méditerranéenne des
ministres des Affaires étrangères en novembre 1995,
proclamant ainsi la naissance d’une première initiative de
partenariat euro-méditerranéen. Connue aussi par l’Euromed
ou le processus de Barcelone, cette initiative est formée
des pays de l’UE, avec les dix autres Etats riverains de la
Méditerranée : à savoir l’Algérie, l’Autorité palestinienne,
l’Egypte, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Syrie,
la Tunisie et la Turquie. Depuis novembre 2007, l’Albanie et
la Mauritanie sont devenues membres de l’Euromed.
Basé sur l’idée d’établir une aire de coopération commune à
la Méditerranée, le processus de Barcelone avait un vaste
programme de partenariat tournant autour de trois volets :
un volet politique et sécuritaire, un volet économique et
financier, et un volet social et culturel. Le renforcement
de la coopération en matière de justice, de migration et
d’intégration sociale était également un élément important
du processus. Pour le volet politique et sécuritaire ; il
avait pour objectif de définir un espace commun de paix et
de stabilité, et surtout de contribuer à la résolution du
conflit israélo-palestinien. Au niveau économique, le
processus vise l’instauration d’un marché de libre-échange
en 2010.
Quant au volet social, culturel et humain, il vise à
favoriser la compréhension entre les cultures et les
échanges entre les sociétés civiles. Ce volet se décline
autour de trois programmes : Euromed audiovisuel, Euromed
héritage, Euromed jeunesse. Ces trois volets du processus de
Barcelone ont bénéficié du soutien financier du programme
qui leur sont dédiés : MEDA, dont l’enveloppe financière,
sur la période 2000-2006, s’élève à 5,35 milliards d’euros.
A ce dispositif s’ajoutent d’importantes interventions de la
Banque Européenne d’Investissement (BEI).
Pour la mise en œuvre de cet agenda complexe, plusieurs
institutions ont été créées. Le dialogue politique est ainsi
mené depuis dans le cadre de la Conférence des ministres des
Affaires étrangères, qui a lieu tous les 18 mois, et des
réunions des ministres des Affaires étrangères à
mi-parcours. La Fondation Anna Lindh, inaugurée le 20 avril
2005 à Alexandrie, vise à faciliter la coopération
culturelle entre les peuples de la région méditerranéenne et
à mener ainsi à terme l’objectif du troisième volet.
12 ans sont passés après la déclaration du Barcelone, on le
désigne toujours comme un processus lent avec un bilan
négatif. La porte vers le Sud reste toujours étroite. On
parle toujours d’un écart de développement entre le Nord et
le Sud. Pour les pays européens, l’échec du processus de
Barcelone est dû en grande partie au désintéressement des
pays arabes à engager des réformes. Par ailleurs, les
acteurs du Sud sont aussi accusés de s’être peu à peu
désintéressés du partenariat lui-même. Durant les dix
premiers ans de celui-ci, seuls 2 chefs d’Etat du Sud
avaient fait le déplacement : le premier ministre turc ainsi
que le président de l’Autorité palestinienne. Les
financements européens pour la région distribués jusqu’en
2006 ont ainsi atteint un total de 8,75 milliards d’euros.
Un chiffre jugé insuffisant pour permettre aux pays du Sud
d’accélérer significativement le rythme de croissance de
leurs économies et de rétrécir le fossé qui les sépare dans
ce domaine de l’Europe.
Le partenariat euro-méditerranéen s’était notamment donné
pour objectif de mettre en place une zone de libre-échange
régionale à l’horizon 2010. Or à ce jour, la Tunisie est le
seul pays de l’espace Euromed à être entré, début 2008 dans
cette dynamique pour ce qui est de ses produits industriels.
D’autres pays, comme la Jordanie, Israël ou l’Egypte ont
signé des accords allant dans ce sens.
L’Euromed s’est laissé prendre, en général, dans les
filets de la bureaucratie.
L’Union pour la Méditerranée est posée aujourd’hui pour
donner une nouvelle dynamique au Barcelone. Un projet que
nombreux s’accordent à présenter comme un processus de
Barcelone bis.
Et
peut-être un échec bis .
Aliaa
Al-Korachi