Vincenzo Nesci, président
pour le Moyen-Orient et l’Afrique d’Alcatel-Lucent, explique la stratégie du
groupe franco-américain de télécommunications et ses opportunités dans la
région. Et souligne qu’en matière d’investissements, l’Egypte est à la mode.
« La téléphonie est en pleine
expansion, et nous sommes un acteur majeur du secteur »
Al-Ahram Hebdo : Vous allez célébrer
cet été, avec l’Université française d’Egypte, la remise des diplômes de la
première promotion de la faculté d’ingénierie. Pourquoi Alcatel-Lucent
s’intéresse-t-il à l’enseignement ?
Vincenzo Nesci : Notre intérêt à l’éducation et la formation date depuis
plus d’une dizaine d’années. Nous pensons avoir de cette façon des ingénieurs
qualifiés qui vont devenir nos cadres dans l’avenir. Ainsi, collaborons-nous
avec l’Université française d’Egypte depuis sa naissance. Deux des diplômés de
l’Université française ont été sponsorisés par Alcatel-Lucent Egypte, et sont
actuellement en France pour décrocher leur master. Les opportunités d’emploi
vont résulter précisément de cette collaboration, pour laquelle le groupe a
débloqué un demi-million d’euros. Récemment, nous avons participé au
financement du montage d’un laboratoire de télécommunications spécialisé à
l’Université française et 9 autres laboratoires seront montés d’ici septembre. Par
ailleurs, le groupe a créé un centre de formation interne, avec des
investissements de 4 à 5 millions d’euros, pour y organiser des cours de
formation à destination de ses employés et des clients du groupe. Jusqu’à
présent, plus de 5 602 stagiaires ont reçu des formations dans ce centre, de
1999 à décembre 2006.
— Mais vous parlez ici de créer des
emplois alors que votre groupe réduit les effectifs suite à la fusion des deux
grandes entités française et américaine ...
— Le
groupe d’Alcatel-Lucent a réalisé des pertes pour le cinquième trimestre
consécutif. Les mauvais résultats viennent dans un contexte de mauvaise
performance de certains opérateurs dans le monde développé à cause de deux
facteurs principaux : la dépréciation du dollar contre l’euro et le
ralentissement des investissements de certains grands opérateurs
nord-américains et européens qui nous affectent à notre tour. Quant au
licenciement des employés (soit 1 200), il fait partie du plan du groupe après
la fusion avec l’américain Lucent, conclu il y a deux ans. il se limite à
l’Europe et au continent américain et ne touche pas les postes dans notre
région. Cependant, ce ralentissement n’aura aucun impact sur notre plan
d’investissement au Moyen-Orient et en Afrique. Ce sont deux marchés qui
connaissent un important développement d’investissements dans le secteur des
télécommunications. Et donc, c’est grâce à notre présence dans cette région,
que nous essayons d’améliorer la situation d’Alcatel-Lucent.
— Et comment voulez-vous procéder
exactement ?
—
Aujourd’hui, les sociétés opératrices de mobile sont en train d’étudier les
données. Tout cela provoque l’augmentation du besoin des transmissions des
données entre les différents pays. Donc, le défi de la prochaine décennie est :
comment développer un réseau de transmission des données, surtout en Afrique. Et
comment permettre à ces réseaux de se connecter par câbles sous-marins. Il y a
plein de projets à faire dans ce domaine. Par exemple, Alcatel-Lucent a signé
en février un accord avec Orascom Telecom pour créer des câbles reliant
l’Algérie à la France. De même, un autre contrat de 125 millions de dollars a
été signé avec Telecom Egypt, l’opérateur télécom historique égyptien, portant
sur l’implantation d’un nouveau réseau de câbles sous-marins reliant Sidi-Krir
(Egypte) à Marseille (France). Vodafone étudie actuellement de relier l’Afrique
du Sud et l’Europe. Donc la téléphonie est en pleine expansion, et nous sommes
un acteur majeur du secteur.
— Comment comptez-vous renforcer votre
présence régionale ?
- Il
existe davantage de projets de Partenariat Public-Privé (PPP) qui nous
intéressent. Aéroports, chemins de fer, également métro aux Emirats arabes unis
et au Koweït. L’Algérie va investir de larges montants dans le renouvellement
de son réseau ferroviaire. Alcatel a pris 5 % de l’opérateur afghan pour
sécuriser notre rôle de fournisseur d’équipements ...
— Mais les sociétés étrangères
s’abstiennent d’installer leurs projets dans les zones rurales. Comment
interprétez-vous ce phénomène ?
— Les
obligations de couverture des territoires doivent être liées à l’accord des
licences. Et donc les autorités de chaque pays peuvent imposer aux opérateurs
certaines obligations universelles qui exigent de couvrir par exemple 15 % de
la population. C’est un problème réglementaire. On ne parle pas de pays
touristiques mais du Soudan et des pays qui souffrent d’un problème de
couverture. Mais ce problème ne se trouve pas en Egypte. Toutes les zones
rurales sont couvertes par le portable. Quant à l’Internet, le plus gros
segment de la société égyptienne utilise le haut débit qu’Alcatel avait
installé dans les gouvernorats principaux, tels que Le Caire et Alexandrie. De
plus, Telecom Egypt est en train de renforcer son réseau de transmission, donc
il y a plus de possibilités d’atteindre les abonnés. La qualité et la vitesse
sont plus ou moins bonnes, mais il y a de petits centraux installés dans chaque
village.
— Le développement du secteur dans la
région ne sera-t-il pas affecté par les récents malaises, avec en tête les taux
d’inflation record, comme en Egypte ?
—
Aujourd’hui, l’Egypte est à la mode. L’Egypte a adopté un système de protection
d’investissement qui amène les investisseurs européens et américains dans le
pays, considéré comme étant le grand marché de la région avec plus de 80
millions d’habitants. Les chiffres prouvent bien cette réalité. Les
investissements étrangers ont presque doublé dans les 4 dernières années. Toutefois,
il y a évidemment de temps en temps quelque chose qui met en péril ce progrès,
comme les décisions contradictoires du gouvernement vis-à-vis de l’affaire
Agrium. Mais, en général le climat est vraiment optimiste.
— Vous vivez en Egypte depuis plus de
vingt ans. Comment avez-vous vécu la transition du secteur des
télécommunications ?
— A
mon arrivée en Egypte en 1980, je partageais une ligne fixe avec 4 autres
appartements dans les zones rurales. Aujourd’hui, nous avons 14 millions de
lignes fixes et 37 millions de lignes mobiles. Ce pays a choisi de développer
ce secteur et les dirigeants ont compris que les télécoms sont un préalable au
développement. Les investisseurs étrangers ne viennent pas en Egypte s’ils ne
sont sûrs de compter sur un système de communication efficace.
— Comment expliquez-vous la faiblesse
du taux de pénétration de la technologie 3G en Egypte et dans la région ?
— La
3G a eu probablement un développement moins intéressant de ce qui est attendu,
non seulement en Afrique mais partout dans le monde pour deux raisons
principales : Tout d’abord, les opérateurs de mobile utilisent la technologie
3G pour résoudre les problèmes de couverture existant dans les pays et elle
donne vraiment des résultats importants dans ce domaine. Ensuite, cette
technologie s’adresse aux couches les plus élevées de la société. La carte 3G
vous permet de pouvoir travailler n’importe où. Cela n’est pas tellement
nécessaire pour les couches défavorisées de la société.
Propos recueillis par Gilane Magdi