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Hommage.
Extrait de l’autobiographie d’Al-Messeiri
Mon voyage intellectuel dans les graines, les racines et les
fruits (Editions Al-Chourouq).
Ma relation avec le sionisme
L’on pourrait dire que ma véritable relation avec le
sionisme a commencé en 1963 lorsque je suis parti à
l’Université de Colombia à New
York pour obtenir mon magistère de littérature anglaise et
comparée. (...) J’ai été replié dans un coin tout seul ne
parlant à personne (je n’avais pas encore maîtrisé l’art de
participer aux cocktails et galas, un art assez fin et
difficile), lorsqu’une de mes collègues est venue vers moi.
J’avais l’impression qu’elle était comme moi ne sachant pas
comment s’en sortir dans ce milieu aristocrate (dont j’ai
compris plus tard que c’était le Wapish
dérivé de WASP qui est l’abréviation de White Anglo-Saxon
Protestant, Américain protestant d’origine anglo-saxonne,
qui peut être anglais, allemand, norvégien, etc.). De ces
Wasp provenaient tous les présidents de la République
américaine (jusqu’à l’élection de Kennedy comme premier
président catholique), de même que tous les propriétaires de
l’industrie lourde et directeurs des grandes compagnies,
soit les membres de l’élite propriétaire au pouvoir.
Ma collègue a pris l’initiative de me parler en me disant
que nous étions tous les deux incapables de nous mouvoir
facilement dans ce milieu, et donc pourquoi ne pas discuter
ensemble. J’ai partagé son avis, elle m’a devancé en
demandant — comme c’est le cas dans de pareilles occasions
et situations — mon nom et ma nationalité. Je lui ai répondu
: untel, fils d’untel, et que je suis égyptien. A mon tour,
je lui ai posé la même question. Elle m’a fait : Thelma
Bernestien, puis a ajouté
qu’elle était juive. J’ai répété ma question : « Je n’ai pas
demandé votre religion, mais votre nationalité ». Elle a
insisté : « Nationalité juive ». J’avais appris des livres
de politique et de sociologie qu’on séparait la religion de
l’Etat dans le monde occidental, et j’ai senti un certain
déséquilibre dans ce terme, une certaine lacune dans la
vision, chez moi ou chez elle.
Les causes idéologiques deviennent toujours pour moi des
problèmes existentiels personnels. Il importait de trouver
une réponse ou une justification, c’est pourquoi j’ai
commencé à lire avec acharnement sur le sionisme, le
judaïsme, les juifs et les Israéliens. Une vision tout a
fait différente de nos connaissances commençait à voir le
jour. J’ai appris par exemple que ledit Israël n’est pas
autant « ledit » que les Etats-Unis, plutôt le monde
occidental, soutiennent férocement et considèrent comme le
représentant élu de la civilisation occidentale. J’ai appris
à propos des aides qui tombent directement dans l’entité
sioniste « prétendue », et à propos des programmes
d’entraînement militaire et social. Enfin, j’ai appris que
l’Etat sioniste est fondé en Palestine, le portail oriental
de l’Egypte. Celui qui l’occupe, il serait tenant des clés
de l’Egypte et de l’Orient arabe.
L’implantation de colonies sionistes en Palestine n’a de but
que de réaliser cet objectif. (...) La ligne principale de
la propagande sioniste était à ce moment de dénier la
responsabilité des sionistes des massacres commis contre les
Arabes. Ils affirmaient que les massacres de Deir
Yassin étaient l’exception, et
que les Haganas « modérés »
avaient dénoncé puissamment cette opération commise par des
« extrémistes ». A cette époque, Théodore
Hertzel, le fondateur du
mouvement sioniste, était décrit comme un écrivain libéral
tentant de ne nuire à personne.
De même, son discours sur l’exclusion des Arabes remonte aux
premiers jours de la période romantique de sa vie, avant
qu’il ne soit mûr sur le plan philosophique. Je savais la
falsification de ces dires, non seulement à partir des
livres, mais aussi de mon expérience personnelle. Je savais
que le paysan ne vend jamais sa terre ni ne la quitte que
sous des circonstances inhumaines. Que le sionisme est un
mouvement qui vise à substituer une masse humaine « juive »
à une masse humaine « palestinienne ». Que Max
Nordau, le collaborateur de
Hertzel à la fondation du
mouvement sioniste, qui avait appris la présence des
Palestiniens à la 1re Conférence du sionisme, s’est
précipité vers Hertzel en disant
: « Pourquoi ne pas me prévenir de la présence des
Palestiniens ? » Hertzel l’a
consolé en disant que tout sera dans l’ordre des choses. Et
nous, les Arabes, savons très bien « comment les choses se
mettent en ordre et les moyens pour y aboutir » .
Traduction
de Dina Kabil
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Al-Messeiri Au fil des ans
« Des graines, des racines et des fruits », quoi de mieux
pour résumer le parcours de vie du penseur Abdel-Wahab Al-Messeiri
que d’emprunter le titre de son autobiographie Rehlati al-fikriya
fil bozour wal gozour wal semar (Organisme général des
palais de culture, 2000, réédité en 2005 à Dar Al-Chourouq).
« Les graines » sont semées à Damanhour en 1938, l’année qui
a témoigné de sa naissance, puis à Alexandrie où il est
diplômé en littérature anglaise. En 1963, il voyage aux
Etats-Unis où il obtient son magistère en 1964 de
l’Université de Colombia et son doctorat en 1969 de
l’Université de Rutgers. Les postes successifs qu’il avait
occupés ont contribué à fixer solidement ses « racines »
dans le mouvement de la pensée : professeur à l’Université
de Aïn-Chams et dans d’autres universités, dont celle du roi
Saoud, maître conférencier à l’Université de Malaisie,
membre au comité d’experts au Centre d’Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram (1970-1975), conseiller
culturel pour la délégation permanente de la Ligue arabe
auprès des Nations-Unies (1975-1979), l’un des fondateurs du
mouvement égyptien Kéfaya et coordinateur général du
mouvement d’opposition à partir de 2007. Une position qui
l’a classé, dans les cinq dernières années, parmi les
grandes figures opposées au régime égyptien.
Au cours de ce long parcours professionnel, il nous offre
une corbeille de bons « fruits ». Des ouvrages marquant à
jamais la pensée arabe. Il se consacre à la question
sioniste dont il devient un expert émérite. « Comprendre et
analyser le phénomène du sionisme » est le thème principal
de la majorité de son œuvre, dont la plus marquante est
l’Encyclopédie Les Juifs, le judaïsme et le sionisme (éd.
Dar Al-Chourouq, 1999) en huit tomes, un travail auquel il a
consacré une trentaine d’années. Ce zèle encyclopédique a
commencé en 1972 par son livre La Fin de l’histoire :
Introduction pour l’étude de la structure de la pensée
sioniste. D’autres thèmes ont également figuré dans son
œuvre, comme l’invasion culturelle occidentale des Arabes
dans Al-Alam min manzour gharbi (le monde selon une vision
occidentale, Dar Al-Hilal, 2001), des études en littérature
comme Dirassat fil chear (des études en poésie, éd. Maktabet
Al-Chourouq Al-Dawliya, 2007). Des traductions trouvent une
place privilégiée dans son œuvre, comme la traduction du
livre Le Vieux marin de Samuel Taylor Coleridge sous le
titre Al-Mallah al-qadim. Les enfants occupent aussi une
part non négligeable de l’intérêt de Messeiri. Il leur dédie
un nombre de livres, dont un recueil de poèmes qui lui a
valu le prix Suzanne Moubarak en 2002, à savoir Oghniyat ila
al-achiyae al-gamila (éd. Dar Al-Chourouq, 2002). Il y
compose des chansons sur une liste de « belles choses »,
dont la naissance, la connaissance, et, paradoxalement, la
mort.
Même atteint du cancer, il a transformé sa souffrance en une
créativité fructueuse. A tel point que les médias israéliens
ont salué en lui un ennemi digne de respect, et ont vu dans
sa mort « la perte d’un ennemi persévérant dans l’étude de
nos affaires internes et historiques, une perte difficile à
compenser » .
Dira
Maurice
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