Hommage .
Le penseur égyptien Abdel-Wahab Al-Messeiri, l’auteur de
l’Encyclopédie Les Juifs, le judaïsme et le sionisme, s’est
éteint la semaine dernière à l’âge de 70 ans. Témoignage de
son ami, le professeur et économiste Galal Amine.
Une intelligence à part
Par : Dr Galal Amine
La
nouvelle du décès du Dr Abdel-Wahab Al-Messeiri, qui s’est
éteint, jeudi dernier, a eu un poignant effet sur moi. J’ai
toujours voué un amour et un grand respect pour cet homme
qui était entouré d’une aura particulière et qui était doté
d’une mentalité de génie et d’un dynamisme et d‘une énergie
allant au-delà de l’ordinaire.
Je n’étais pas d’accord avec lui sur toute la ligne. Il
concevait la religion avec l’œil du philosophe, alors que
j’avais un penchant de la considérer plutôt selon une
approche sociale.
En politique, il trouvait que la seule solution résidait
dans le face-à-face direct avec l’Etat. Ainsi était-il épris
d’un fervent militantisme et d’un enthousiasme qui
l’incitaient à se mêler à l’activisme politique. Alors que
moi je préférais me tenir à l’écart. Cependant, même avec
cette divergence de points de vue, notre amitié est restée
intacte.
Il avait un charisme particulier généré par de nombreuses
qualités : il côtoyait toujours les gens ordinaires, était
toujours préoccupé par les menus détails de leur vie, voire
de leurs moindres soucis. Loin de toute lourdeur ou
agressivité, il était facilement abordable et avait de
d’éthique. Il appréciait le sens de l’humour, et avait le
don de recourir à la plaisanterie subtile pour faire régner
une atmosphère décontractée dans son entourage.
Il avait une tête de génie, je ne pense pas avoir jamais
rencontré une telle intelligence. Son cerveau ne cessait de
bouillonner, de tourner dans tous les sens. Toujours prêt à
saisir au vol toutes les idées qui lui étaient soumises, et
qu’il digérait à la minute même pour en faire la matière
première de ses théories. Jamais, il ne minimisait une idée,
même si elle paraissait superficielle et futile. En la
retravaillant, il la transformait en un joyau précieux.
A mon sens, c’est cette attitude mentale toujours alerte qui
l’a incité à se fondre dans la foule, lorsqu’il s’est trouvé
à la tête du mouvement d’opposition Kéfaya (assez). Même si
la nature de ce travail populaire semble en contradiction
avec la nature de son travail intellectuel. Et ce parce
qu’Al-Messeiri n’a jamais senti que ses préoccupations
intellectuelles pouvaient prendre le dessus sur les soucis
des masses.
C’est cet équilibre délicat qu’il a pu réaliser entre ses
préoccupations intellectuelles et philosophiques et celles
des gens ordinaires, qui l’amenait à descendre dans la rue
revendiquant leurs droits, et qui le rapprochait notamment
du grand philosophe français Jean-Paul Sartre. Une
particularité qui a été à l’origine de l’estime et du
respect à leur égard .