Massacre .
Douze tués et 20 blessés. C’est le triste bilan d’une
fusillade jeudi dans un village de Qalioubiya entre deux
familles revendiquant la propriété d’un même terrain. Les
habitants vivent avec la peur au ventre. Reportage.
Mit Al- Attar a feu et a sang
12
morts dont des enfants et des femmes et 20 blessés, tel est
le bilan d’une confrontation sanglante, qui a eu lieu jeudi
dernier entre deux grandes familles à Mit Al-Attar, un
village du gouvernorat de Qalioubiya au nord du Caire. Des
blindés sillonnent les rues et des soldats sont postés un
peu partout. Le dispositif s’intensifie encore plus en
s’approchant du lieu du massacre. L’entrée du village est
bloquée par une dizaine de soldats armés, qui doivent se
référer à leurs supérieurs avant de permettre l’accès aux
journalistes. Deux jours se sont écoulés depuis le drame,
mais l’odeur de la mort et des incendies règne encore dans
ce lieu déserté par ses habitants. Un bulldozer est en train
de débarrasser les décombres des bâtiments endommagés.
L’histoire que se racontent les habitants a commencé
lorsqu’un membre de la famille Al-Kallafine a tué à
coups de fusils deux personnes de la famille Al-Barbari.
L’une de ces deux victimes fut Réfaï, un homme avec un
casier judiciaire « assez lourd » et considéré comme le
doyen des Barbari. Le crime est motivé par une ancienne
dispute sur la propriété d’un terrain de 48 hectares. Une
heure après, plusieurs hommes de la famille sinistrée se
sont dirigés vers les habitations des Barbari avec des
bonbonnes de gaz et des armes à feu. Des hommes, des femmes
et des enfants tombent l’un après l’autre ... Les maisons
sont en ruines. Pendant deux heures, aucun policier n’a pu
s’aventurer sur les lieux. « C’était un jour apocalyptique,
le sifflement des balles n’a pas arrêté une seconde, le sang
coulait partout , ni femmes ni enfants ni vieillards,
personne n’était épargné. Un vrai film d’horreur », raconte
Nagui Al-Zohni, un habitant du village qui a perdu une de
ses proches dans le massacre.
« Tout le monde sait que beaucoup de Barbari travaillent
dans le trafic d’armes. Réfaï lui-même a été emprisonné à
deux reprises pour des crimes de vendetta », assure Ahmad
Essawi, un habitant.
En 2001, et pour résoudre à l’amiable ce conflit terrien,
des représentants locaux et des députés se sont réunis avec
des membres des deux familles et ont réussi à trouver un
compromis. Mais la paix a été de courte durée et les
frictions reprenaient pour un oui, pour un non. La querelle
la plus récente avant le massacre, et qui en fut le
détonateur, portait sur l’installation d’une canalisation
d’eau pour desservir les habitations des Kallafine mais qui
devait passer par les terrains des Barbari.
Les habitants estiment que leur village est plutôt paisible,
malgré les problèmes de voisinage habituels. Ils sont
d’accord que c’est l’histoire criminelle de certains membres
de ces deux familles qui a fait dégénérer une simple
discorde en massacre.
En fait, beaucoup de questions restent en suspens notamment
autour de l’existence de toutes ces quantités d’armes entre
les mains des habitants, malgré les restrictions
prohibitives sur l’acquisition d’armes en Egypte. Aussi, les
habitants se demandent pourquoi des hommes dangereux sont
laissés en liberté malgré leur casier judiciaire. « Réfaï
Al-Barbari a été arrêté deux fois par la police mais rien ne
l’accablait. Aucune arme n’a été alors trouvée chez lui,
sûrement à cause de la nature du terrain qui permet aux
habitants de se servir des plantations pour cacher leurs
armes », explique Magdi Al-Bassiouni, ancien adjoint du
ministre de l’Intérieur. D’après lui, le fait que le
habitants ont utilisé des bonbonnes de gaz montre que le
nombre de pièces d’armes dont ils disposent n’est pas très
important.
Le procureur général a décidé d’ouvrir une enquête. Neuf
personnes des deux côtés ont été arrêtées et plusieurs
autres sont recherchées par la police.
Reste que les effets du massacre sur les habitants de ce
petit village risquent de se prolonger au-delà de l’enquête.
« Notre village est connu pour le commerce et l’élevage des
volailles, mais depuis ce drame, les marchands et les
chauffeurs de camions n’ont pas mis le pied ici », se plaint
Sayed Hanafi, un marchand de volailles dont les pertes se
multiplient « jour après jour » ... Sans parler du sentiment
d’insécurité qui s’empare des habitants face à la
possibilité (très plausible) d’un renouvellement des
confrontations entre ces mêmes familles. « On s’attend à une
spirale de violence. Les policiers vont finir par s’en aller
... », prédit un autre un habitant .
Sabah
Sabet