Coptes.
Les opposants à l’amendement du code de leur statut
personnel par le conseil communautaire ont choisi d’attaquer
la démarche jugée rigoriste sur des bases «
constitutionnelles ».
La bataille du divorce et du mariage
La
modification récente du code de statut personnel par le
conseil communautaire copte, qui visait à mettre un terme au
conflit entre la loi ecclésiastique et celle appliquée par
les tribunaux en ce domaine, a été considérée comme «
inconstitutionnelle » par des juristes et des personnalités
publiques coptes qui nient au conseil toute compétence
législative.
Le nouveau texte, supposé entrer en vigueur un mois après sa
publication le 2 juin dans le journal officiel, est destiné
à remplacer l’ancien code, élaboré par ce même conseil en
1938.
Formé dans le temps de notables coptes majoritairement
opposés au clergé, il est aujourd’hui très proche du pape.
Le nouveau code de statut personnel est ainsi en harmonie
avec les lois ecclésiastiques contrairement à l’ancien texte
qui n’a jamais été reconnu par l’Eglise, mais qui a toujours
constitué une référence pour les tribunaux.
Si la loi en Egypte est laïque, le statut personnel obéit à
la charia (la loi islamique) pour les musulmans et, pour les
chrétiens, à ce code spécial dit de 1938. La dualité dans
les affaires de statut personnel se limite pratiquement aux
questions de divorce et de remariage. Alors que le code de
1938, toujours appliqué par les tribunaux, permet aux coptes
le divorce dans une dizaine de cas comme l’absence
prolongée, la maladie incurable, ou le manquement aux
devoirs conjugaux de l’un des conjoints, l’Eglise ne le
permet qu’en cas d’adultère et par conséquent ne prend pas
acte des verdicts accordant aux citoyens chrétiens le
divorce pour une raison autre que celle-ci. Ces derniers
n’ont aucune chance de se remarier puisque le mariage civil
n’existe pas en Egypte.
Jusque-là, le débat se limitait entre ceux qui défendent le
droit de l’Eglise d’interpréter les textes des évangiles et
de s’en tenir, et ceux qui lui reprochent de pousser
certains de ses fidèles à changer de religion à cause de son
attitude rigide. Aujourd’hui, le débat a pris des couleurs
juridiques.
C’est un vice-président du Conseil de l’Etat, Labib Halim,
lui-même copte, qui est monté au créneau pour mettre en
question la constitutionnalité de l’amendement du code de
1938. Halim pense que le nouveau texte risque en cas de son
adoption d’encourager à l’abandon du christianisme par ceux
et celles à qui l’église renie un deuxième mariage. C’est
sur des bases juridiques que le magistrat copte a préféré
attaquer. « La loi constitutive du conseil, créé par un
firman de la Sublime Porte en 1883, ne lui accorde pas le
droit de légiférer, cela d’ailleurs a été confirmé à
plusieurs reprises par la Cour de cassation », avance-t-il.
Halim estime que le conseil communautaire n’a fait
qu’adopter « au pied de la lettre » le décret papal issu en
1971 au lendemain de l’intronisation du pape Chénouda III,
et qui consiste à ne permettre le divorce qu’en cas
d’adultère. « Le conseil communautaire aurait mieux fait de
déclarer caduque la législation de 1938 et de laisser le
soin aux législateurs de combler ce vide juridique »,
affirme-t-il. Il a appelé le ministre de la Justice à
ordonner à tous les tribunaux de ne pas tenir compte du
nouveau code de statut personnel.
Comme lui, Kamal Zakher, un autre copte, qui défend la
législation de 1938 avec son interprétation « souple et plus
adéquate à la réalité sociale » des textes religieux,
attaque l’amendement en avançant qu’après l’annulation des
tribunaux confessionnels en 1955 la législation est devenue
le travail exclusif du Parlement. « Tout ce que peut faire
le conseil, c’est d’envoyer un projet de loi au ministère de
la Justice », assure-t-il.
Le secrétaire général du conseil communautaire, Sarwat
Bassili, a rappelé aux opposants que le président du Conseil
d’Etat, Nabil Merham, ainsi que sept autres grands
magistrats, membres au conseil communautaire « dépassent
Halim en ancienneté ». Bassili a en outre souligné que si
l’ancien code du statut personnel avait eu force de loi
pendant 70 ans, il en sera de même pour le nouveau texte.
L’affaire a pris des proportions politiques lorsqu’en mars
dernier, la Haute Cour administrative a enjoint le
patriarche copte Chénouda III à autoriser le remariage d’un
citoyen chrétien qui avait obtenu le divorce suite à un
recours en justice.
Le pape Chénouda III a réagi fermement en affirmant qu’il
n’obéirait qu’à Dieu. Ce qui a été interprété par certains
commentateurs comme un « non respect » de la justice de la
part du chef de l’église qui veut instaurer un « Etat dans
l’Etat ».
Pour mettre un terme à l’escalade, l’amendement du code de
1938, en supprimant toutes les clauses non conformes aux
enseignements des évangiles, s’est présenté alors comme une
solution. Le raisonnement était simple : puisque la
législation sur laquelle se basent les tribunaux est l’œuvre
du conseil communautaire, il suffit donc que ce conseil
introduise un amendement à cette législation pour que
l’institution judiciaire en vienne à appliquer le nouveau
texte. Sauf qu’après un intervalle de 70 ans, le conseil
risque de ne pas pouvoir faire valoir ses prérogatives
d’antan.
Chérif Albert