Al-Ahram Hebdo,Monde | L’opposition contre Musharraf revigorée
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Monde

Pakistan . La commémoration du premier anniversaire de l’assaut contre la mosquée rouge risque de replonger le pays dans la violence, après l’attentat suicide qui a causé dimanche la mort de 19 personnes.  

L’opposition contre Musharraf revigorée 

Dimanche matin, des milliers d’islamistes radicaux se sont rassemblés à Islamabad, la capitale pakistanaise placée sous haute surveillance. De nombreux manifestants réputés proches des Talibans et du réseau Al-Qaëda brandissaient des drapeaux noirs et scandaient des slogans rendant hommage aux « martyrs » de l’assaut sanglant contre la mosquée rouge, qui a eu lieu le 10 et le 11 juillet 2007. « Pendez Musharraf », « Musharraf est un assassin », « Les amis des Américains sont des traîtres », scandait aussi la foule. Des milliers d’étudiants en religion étaient également venus de différentes provinces, samedi soir, à Islamabad, pour participer à cette démonstration de force qui a pour but de demander la libération du chef de la mosquée emprisonné, Abdul Aziz, et la restitution du contrôle sur le complexe aux administrateurs qui en avaient la charge. Le chef de la mosquée avait été arrêté alors qu’il tentait de fuir, dissimulé sous une burqa de femme, au deuxième jour du siège. Les manifestants réclament également de reprendre le contrôle de la mosquée Rouge ainsi que la reconstruction de l’école coranique des filles détruite par l’armée lors du siège et le retour des garçons dans une madrassa d’une autre partie de la ville : « Aujourd’hui, ce sera une manifestation pacifique mais nous ne pouvons pas garantir que cela durera si le gouvernement ne nous donne pas satisfaction », a menacé le mufti Abdul Rehman, porte-parole du Comité d’action de la mosquée Rouge.

Déjà, la manifestation de dimanche n’est pas passée sous silence. Un attentat suicide à l’issue de la manifestation a causé la mort de 19 personnes, dont 14 policiers, outre 73 blessés, selon un bilan publié lundi matin. En effet, le Pakistan vit une vague sans précédent d’attentats, suicide pour la plupart qui a fait plus de 1 100 morts en un peu plus d’un an et qui s’était considérablement intensifiée depuis l’assaut sanglant de la mosquée Rouge. Déjà, Al-Qaëda, par la voix de son leader Ossama Bin Laden et son second, Aymane Al-Zawahri, mais aussi les Talibans pakistanais, avaient juré de venger ces « martyrs » et décrété le « Djihad » contre le régime du président Pervez Musharraf et son armée. La grande majorité des attentats ont visé, depuis, les policiers et l’armée, mais n’ont pas épargné les civils.

 

« Acte de violence inutile »

De peur que cet attentat ne soit la goutte qui annonce la pluie, ou en d’autres termes les prémices d’une nouvelle vague de violence incontrôlable à l’instar de l’année passée, la police a mis en place un périmètre de sécurité autour de la mosquée, inaccessible en voiture, avec des fils barbelés et la fouille des piétons à la recherche d’éventuelles armes.

Ne pouvant point cacher leur inquiétude vis-à-vis de la fréquence des attentats meurtriers commis par les Talibans au Pakistan, les Etats-Unis ont condamné, lundi matin, l’attentat suicide contre la mosquée Rouge, le qualifiant d’« acte de violence inutile » et ont assuré le Pakistan de leur soutien dans le combat contre « l’ennemi commun » que constitue le terrorisme islamiste. « Les extrémistes continuent à afficher leur mépris pour toute vie humaine et leur volonté de tuer d’autres musulmans. Nous continuerons à nous tenir aux côtés du peuple du Pakistan pour faire face à cet ennemi commun », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche pour la sécurité, Gordon Johndroe. Partageant la même inquiétude, l’Union européenne a également condamné lundi « avec la plus grande fermeté » l’attentat de dimanche et assure le gouvernement pakistanais de son soutien dans la lutte contre le terrorisme, ajoute le communiqué de la présidence de l’UE.

Décidé à brider l’influence taliban au Pakistan surtout après les manifestations de dimanche qui rappellent fort les événements tristes de 2007, le président Bush doit accueillir, le 28 juillet, à Washington le premier ministre pakistanais, Yousuf Raza Gilani, pour des discussions relatives, entre autres, à la coopération antiterroriste entre les deux pays.

Au sein de toutes ces vagues de violences, de réprobation et d’inquiétude internationale, le président pakistanais, Pervez Musharraf, que la nouvelle majorité parlementaire pousse à la démission, a paru, cette semaine, plus froid que jamais, en se présentant comme le garant de la lutte contre l’extrémisme religieux et de la cohésion nécessaire pour éviter la faillite économique du pays. Même si le Parlement lui est aujourd’hui largement hostile, le président, au pouvoir depuis le coup d’Etat de 1999, conserve l’appui précieux de Washington et se targue encore de celui de l’armée, dont il a rendu l’uniforme en novembre. A l’heure actuelle, l’avenir du président pakistanais est aussi menacé comme celui de son pays .

M. Ch.

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