Iran .
La République islamique joue la carte des atermoiements pour
gagner du temps et achever son programme nucléaire. Un jeu
bien risqué qui pourrait ouvrir la voie à l’option
militaire.
Espoirs de paix, options de guerre
Le
bras de fer se poursuit toujours entre Téhéran et les
puissances occidentales suscitant, tantôt des craintes
d’escalade, tantôt des espoirs de détente. Cette semaine, la
République islamique a opté pour la politique du « suspense
». Trois semaines après avoir reçu une nouvelle offre de
coopération de la part des Européens pour débloquer le
dossier nucléaire, Téhéran a enfin donné, cette semaine, au
diplomate en chef de l’UE, Javier Solana, sa réponse qu’il a
qualifiée de « constructive et créative », sans révéler sa
teneur qui sera « étudiée » en collaboration avec les six
puissances impliquées dans les discussions sur ce dossier :
Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et
Allemagne. « La réponse de l’Iran est difficile et
compliquée et il faut bien l’analyser. J’espère que nous
pourrons continuer le dialogue avant la fin du mois si
possible », a déclaré lundi matin M. Solana, sans donner
d’impressions complètement optimistes.
Côté iranien, Saïd Jalili, le principal négociateur iranien
sur le nucléaire, a tenu à ne donner aucune précision sur le
contenu de la réponse et n’a pas révélé s’il s’agissait d’un
« oui » ou d’un « non », se contentant d’indiquer que
« les deux parties étaient convenues de nouveaux pourparlers
d’ici à la fin du mois actuel ». Et d’ajouter que « la
position du gouvernement iranien reste inchangée dans le
dossier nucléaire », a-t-il renchéri.
Paradoxe ! Comment tenir à poursuivre l’enrichissement et
être en même temps disposé à entamer des pourparlers avec un
Occident qui exige, comme condition préalable à ces
pourparlers, un arrêt de l’enrichissement ? « C’est là que
réside l’essence de la politique iranienne : avancer des
attitudes confuses et inexplicables, souffler le chaud et le
froid et ne jamais avoir une ligne claire et précise. Alors
que certains dirigeants iraniens semblent têtus,
intraitables, rejetant toute sorte de dialogue, d’autres
réitèrent leur bonne volonté de dialoguer et de parvenir à
des compromis », explique Mohamad Abbass, expert politique.
Les agissements iraniens cette semaine sont la preuve
irréfutable de ce stratagème. Alors qu’un espoir de
déblocage après cinq ans d’impasse sur ce dossier est
néanmoins apparu, la semaine dernière, avec la publication
d’un texte de Ali Akbar Velayati, conseiller du guide
suprême iranien Ali Khamenei, plaidant pour un « compromis »
entre Téhéran et les autres pays sur la question nucléaire,
le guide suprême a affirmé, cette semaine, sur un ton ferme
: « l’Iran ne reculera pas sur ses droits en matière
nucléaire. La volonté du peuple iranien est ferme et
inébranlable », a affirmé l’ayatollah Ali Khamenei.
De l’avis de plusieurs analystes et diplomates, l’Iran donne
cette fois l’apparence d’être plus ouvert aux propositions
des Six, mais chercherait en réalité à « gagner du temps »
et n’aurait aucune intention de renoncer à son programme
nucléaire. Déjà, un responsable iranien s’exprimant sous le
sceau de l’anonymat vient d’avouer que le temps était du
côté de l’Iran. « Nous allons étudier l’offre mais pas la
partie qui concerne le gel des activités d’enrichissement.
Nous progressons dans nos travaux et la capacité nucléaire
de l’Iran se renforce constamment », a déclaré ce
responsable impliqué dans les négociations avec Solana.
Selon Mohamad Abbass, Téhéran tentera, dans les quelques
mois à venir, d’ouvrir une nouvelle phase de négociations
avec les Européens dans l’objectif de parvenir à des points
de repères communs : « L’Iran commence à être plus inquiet.
Il commence à prendre les menaces d’une frappe militaire au
sérieux. D’où sa volonté d’entrouvrir la porte et de
paraître plus flexible que jamais, au moins jusqu’à la fin
du mandat de George W. Bush en novembre ».
Préparatifs de guerre
Réalisant bien le stratagème iranien qui vise à gagner du
temps, le président américain George W. Bush a affirmé cette
semaine que l’option militaire était toujours « sur la table
» pour résoudre la crise nucléaire iranienne. Pour sa part,
l’Etat hébreu a affirmé qu’il empêcherait à n’importe quel
prix l’Iran de confectionner l’arme atomique. En effet, la
situation sur le terrain n’augure rien de bon : certains
responsables américains évoquent des préparatifs d’une
guerre contre l’Iran dans les coulisses, des manœuvres
israéliennes sur la Méditerranée il y a quelques semaines,
des appels américains et israéliens à la nécessité d’une
frappe militaire pour mettre fin à l’arrogance iranienne.
Cette semaine, Shabtaï Shabit, l’ex-chef du Mossad, l’agence
de renseignement d’Israël, a déclaré que d’ici un an, Israël
devra intervenir en Iran : « Dans un an, nous
arriverons au point de non-retour où nous devrons agir
contre l’Iran. », a-t-il affirmé. Analysant l’éventualité
d’une frappe militaire imminente, M. Abbass déclare : « En
effet, la situation est fort dangereuse. Les deux options,
celle de la guerre et de la paix, sont à égalité pour le
moment. Alors que des facteurs incitent à la frappe,
d’autres la rendent difficile, comme l’enlisement des
Etats-Unis en Iraq et en Afghanistan, l’absence d’un
consensus international autorisant cette frappe, et plus
important encore l’hégémonie iranienne et sa puissance
régionale. En cas de frappe, la riposte iranienne
transformera la région en une boule de feu, sans citer la
hausse folle des prix du pétrole de par le monde. L’Iran
n’est pas l’Iraq », prévoit l’expert.
Déjà, avant la frappe, les menaces iraniennes commencent à
se cristalliser. Dimanche, le chef des Gardiens de la
révolution iraniens a averti qu’une attaque américaine ou
israélienne contre l’un de ses sites nucléaires équivaudrait
à une déclaration de guerre. « La réponse de l’Iran à toute
action militaire fera regretter aux agresseurs leur décision
», a indiqué le général. Parallèlement, le chef d’état-major
des Forces armées de l’Iran a affirmé que la stratégie du
pays était de ne laisser passer aucun bateau dans le détroit
d’Ormuz dans le sud de l’Iran, si les intérêts iraniens
seraient menacés : « Nous ne laisserons aucun navire passer
par le détroit d’Ormuz si les intérêts du pays sont menacés
», a indiqué le général, soulignant le rôle du détroit, une
voie fluviale étroite dans le Golfe par laquelle environ 40
% du pétrole du monde est transporté.
Téhéran
joue ainsi toutes ses cartes.
Maha
Al-Cherbini