Média.
Jeunes sans frontières est une émission télévisée tournée
conjointement au Caire et à Berlin, invitant un groupe de
dix entre 18 et 25 ans à se jouer des frontières, les
franchir et les manipuler.
Au-delà des clivages
«
Ici, on ne fixe pas les gens dans la rue ! Et dans
l’entreprise où j’ai été, ils n’ont pas de serveurs
préparant thé et café ». Ces deux remarques qui peuvent
paraître anodines au prime abord font partie du témoignage
d’un jeune Egyptien qui a visité l’Allemagne pour la
première fois, étant l’un des participants à l’émission
conjointe préparée par la DW et la Télévision égyptienne.
Cependant, elles révèlent en quelque sorte le concept de
l’émission mensuelle, Jeunes sans frontières, reposant sur
l’idée du regard croisé. Comment ces dix jeunes entre 18 et
25 ans se voient à l’ombre d’une globalisation de la culture
juvénile ?
A travers le premier épisode récemment diffusé (soit
toujours le dernier mercredi du mois, vers 20h en Egypte et
21h en Allemagne), l’on se rend compte combien la notion de
frontière est importante. Car, elle nous permet de penser à
la fois la différence et l’identité, la continuité et la
discontinuité. Jamais, les désirs d’ouverture sur l’autre
n’ont été si grands et les fidélités à soi aussi virulentes.
Les jeunes vont du global au local, durant leur quête
identitaire. Ils sont le produit et les acteurs d’un double
mouvement : une globalisation de la culture juvénile et une
diversification des itinéraires de vie. Ainsi, à travers le
premier épisode, défilent les rêves des participants ; leurs
liens avec les institutions familiales et extra-familiales
ressortent. Sans doute, l’autonomie n’est pas acquise par
ces jeunes de la même manière ici et là-bas, faute de
ressources de toutes sortes et de coutumes. Cela se voit à
travers la discussion sur la dépendance financière par
rapport aux parents, par exemple.
On n’est pas sur le plateau pour prouver quoique ce soit,
mais pour dialoguer et observer des tranches de vie filmées
dans des petits reportages sur les candidats. Le thème
choisi dans chaque épisode n’est qu’un prisme au travers
duquel on pourrait comprendre la culture actuelle des jeunes
: l’énergie et l’environnement, culture jeunesse, … « Durant
le deuxième épisode tourné cette fois-ci au Caire, on relève
les divergences des points de vue quant à l’acquisition de
l’énergie nucléaire. Les jeunes Allemands s’en méfient,
rappelant les tristes souvenirs de Tchernobyle. Et leurs
homologues égyptiens veulent en disposer, trouvant que c’est
leur droit, mais insistent à prendre toutes les précautions
nécessaires », indique Moustapha Al-Saïd, directeur du
service arabe de la DW, lancé à Berlin en 2002. La manière
d’envisager les choses différemment est relevée de part et
d’autre, même si l’émission est financée essentiellement par
des fonds obtenus à l’Union européenne. Derrière le dialogue
des jeunes que l’on voit sur écran, il y a aussi un dialogue
des hommes des médias dans les deux pays. Abdellatif Al-Manawi,
directeur de l’information à la Télévision égyptienne,
affirme qu’il dispose de tous les droits d’objection quant
au contenu et que l’animatrice du talk-show, Sahar Nagui,
est égyptienne. Son équipe vient de tourner le deuxième
épisode dans les rues du Caire et le palais historique de
l’émir Taz. Un bon coup pour faire de la publicité
touristique, mais aussi une belle occasion pour tous ces
jeunes de faire réellement connaissance « au-delà des
frontières ». C’est ce que confirme l’une des participantes,
pas toujours d’accord avec ce que l’on dit : « Parfois,
c’est un peu décevant par les postulats hâtifs et les
réponses langue de bois, mais les coulisses sont très
intéressantes ».
Dalia
Chams