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 Semaine du 9 au 15 juillet, numéro 722

 

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Arts

Exposition. A la galerie Ofoq, des œuvres d’artistes arabes et italiens se juxtaposent. Mettant en relief les influences des deux rives de la Méditerranée.

Mondes analogiques

« L’art est universel. On m’a demandé une fois de rédiger mon curriculum vitae, dans ma langue maternelle. C’est alors que j’ai découvert que tous les chemins mènent à Rome. Car cette ville a laissé en moi plein de traces. Un mélange d’expériences et de sensations », exprime l’artiste libanaise Randa Berouti, dans le catalogue de l’exposition Artistes arabes, entre l’Italie et la Méditerranée. (une exposition itinérante qui a déjà eu lieu au Liban et en Syrie, avant de stationner en Egypte).

Cette attirance pour l’Italie et Rome particulièrement, étant La Mecque des plasticiens, est partagée par d’autres artistes arabes, égyptiens, libanais et syriens, lesquels participent à la même exposition se déroulant à la galerie Ofoq, annexée au musée Mahmoud Khalil.

Conçue par la curatrice italienne Martina Corgnati, celle-ci vise à rapprocher les artistes de part et d’autre de la Méditerranée. Il fallait aussi rompre avec l’académisme italien. « On ne cherchait pas à opposer orientalisme et occidentalisme, ni nationalisme arabe et européanisme. Mais il faut tenir compte aussi que l’Italie nous a tous marqués de par ses courants artistiques et ses technicités », introduit la curatrice dans le catalogue.

Cet estime partagé entre Egyptiens et Italiens remonte notamment à 1908. Car, plusieurs professeurs italiens sont venus travailler à l’école des beaux-arts de Darb Al-Guemmez au Caire. Ensuite, a été fondée l’Académie des arts au Caire, en 1929, par l’Italien Ortorino Bicchi (1878-1949). Les œuvres de Bicchi étaient davantage une source d’inspiration pour Ragheb Ayyad (1892-1982). Ce dernier a d’ailleurs obtenu une bourse d’études à Rome en 1924. Son œuvre exposée actuellement à Ofoq n’est pas en fait sans révéler une autre influence italienne, celle de Ferrazzi (1891-1978).

Les séjours de Adel Al-Siwi à Milan à partir de 1980 marquent une rupture décisive dans sa carrière, témoignant de son désir de liberté. En Italie, Al-Siwi a fait la connaissance de plusieurs artistes dont notamment Renzo Ferrari. « Il m’a appris surtout l’académisme pictural et le déchiffrage du tableau », dit-il. Cela est bien évident en voyant les deux œuvres exposées d’Al- Siwi et Ferrari. Dans Des rois disparus, inspiré du monde bruyant et chaotique du Caire, Al-Siwi met en scène cinq rois morts qui, selon l’artiste, « sont dépassés par le temps. Des fantômes du passé qui nous font penser à un présent incertain ».

Autre recherche plus personnelle et féminine se dégage des peintures de Gazbia Sirry laquelle a effectué ses études à l’Académie égyptienne à Rome, en 1952. Avec un style qui transcende toute étiquette, l’œuvre de Gazbia Sirry est comparée, dans l’exposition, à celle de l’artiste Renato Guttuso (1911-1987). Avec ses couleurs audacieuses et vivantes, Sirry s’évade et nous emmène en escapade, en des lieux privilégiés. Des lieux d’où se dégage une essence méditerranéenne. Car, ce n’est pas le site qui intéresse l’artiste, mais plutôt le mélange des lieux et des hommes. Ceux-ci ne laissent guère deviner s’ils sont des Occidentaux ou des Orientaux, gisant au bord de la mer ou dans la vacuité du désert. Ils sont toujours les mêmes et c’est « leur essence » que Gazbia Sirry essaie de capter, touchant les deux bords du figuratif et de l’abstrait, du géométrique et du poétique.

Poursuivant sa quête inlassable « d’horizons nouveaux », le peintre Farghali Abdel-Hafiz investit les dimensions picturales de son œuvre, de manière singulière, afin de rendre à « son Alexandrie » son passé, son présent et son avenir. Abdel-Hafiz, qui a étudié à l’Académie des arts de Florence dans les années 1960, est proche techniquement parlant de son homologue italien Giovanni Colacicchi.

De Florence, est aussi invité Giuseppe Migneco (1900-1992) dont l’œuvre juxtapose les toiles de Hamed Eweis. Ce dernier a aussi touché de près à l’art italien depuis sa participation à la Biennale de Venise, en 1952.

Ces deux figures de proue de la peinture moderne, Eweis et Migneco, placent au premier plan la classe paysanne et ouvrière.

Sculptures méditerranéennes

Outre les peintures et collages, s’étalent de remarquables sculptures. Celles en bois et bronze du Syrien Moustapha Ali jouxte celles de l’Italien Pier Giorgio Balocchi, en marbre noir et blanc. C’est au début des années 1990 que Moustapha Ali a décidé de partir pour l’Italie, à la recherche de nouvelles sources d’inspiration.

Avec sa pièce Des signes échangés sans histoire, regroupant trois statuettes dressées en bronze, il se rapproche du style de Giorgio Balocchi. La sculpture de ce dernier, en modulations plastiques de mesure rigoureuse, est pure et classique.

Les créatures de la Libanaise Marya Kazoun marchent sans arrêt et sans but, avec l’espoir de créer un monde où tout va bien. quelque chose les rapproche de celles sans pieds de Franco Losvizzero. Celui-ci met à nu la distorsion mentale des êtres par le biais d’un jeu mécanique modifiable et déplaisant. Autant d’idées riches en souvenirs et en similitudes.

Névine Lameï

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Artistes arabes, entre l’Italie et la Méditerranée,

jusqu’au 15 juin

à la galerie Ofoq I. 1, rue Kafour, Guiza.

Tél. : 33 36 29 21.

De 10h à 21h30 (sauf le vendredi)

 




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