Al-Ahram Hebdo, Arts | Entre briser et alimenter les tabous
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 Semaine du 9 au 15 juillet, numéro 722

 

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Arts

Cinéma. La sortie de la comédie Hassan et Morcos dans les salles suscite une polémique houleuse. Cinéphiles et intellectuels sont en émoi.

Entre briser et alimenter les tabous

Débats, colère, suspicions, appels au boycott : un véritable tollé secoue la communauté religieuse depuis l’annonce de la sortie du film, présentant un message qualifié par certains de controversé.

Le film aborde l’entente entre deux personnages de confession différente : Hassan, à l’origine prêtre chrétien, joué par Adel Imam, et Morcos, un musulman modéré caché sous l’image d’un penseur chrétien, joué par Omar Al-Chérif, et ce sont ces identités simulées qui posent problème.

La diffusion du film a soulevé des réactions acerbes chez les différentes couches intellectuelles et religieuses en Egypte, surtout sur les différents sites Internet. Elle n’a eu d’antécédents que lors de la diffusion d’un autre film au fond religieux, Baheb Al-Cima (j’aime le cinoche), de Leïla Elwi et Mahmoud Hémeida (2004).

La toile d’Internet était dès lors à l’affût pour accueillir et réfléchir les débats relatifs au film. Le rôle d’un prêtre interprété par Adel Imam est désapprouvé par les internautes et les intellectuels. Imam a consulté à plusieurs reprises le pape pour mieux entrer dans la peau du personnage, comme il s’est penché sur des ouvrages ecclésiastiques.

Résultat : un groupe de jeunes contestataires s’est constitué sur le Facebook sous le titre Nidaë lel Moslemine : qatéo al-massihi Adel Imam (Appels aux musulmans : boycottez Adel Imam, le chrétien), pour dénoncer l’initiative du comédien. D’autres sont allés jusqu’à organiser des sondages sur Internet pour collecter les voix accusant Imam d’apostasie, parce que, dans la majorité des scènes du film, il est vêtu de la longue soutane noire des prêtres et porte autour du cou une grande croix pectorale ! Même motif de l’indignation de certains membres de Magmaa Al-Bohous Al-Islamiya (Centre des recherches islamiques). Une indignation toutefois qui surprend d’autant plus que d’autres comédiens ont incarné des personnages de religion différente de la leur, notamment dans Baheb Al-Cima d’Oussama Fawzi.

Quant au cheikh Khaled Al-Guindi, il a avoué avoir rejeté la consultation d’Imam jugeant « par conviction qu’un film pareil pourrait susciter les controverses et causer la confusion chez certains ».

De même, pour certains critiques, le film a nui au message de l’unité patriotique déjà réalisée en Egypte, au lieu de lui profiter. Ne niant pas la délicatesse du sujet, Youssef Maati, scénariste du film, insiste sur le fait que : «Il incombe aux stars de la stature de Adel Imam d’interpréter ces rôles, amenant le public réticent à les tolérer ». Pour sa part, la confrérie des Frères musulmans a qualifié le film de « chargé d’incertitudes ». Certains hommes de religion ont même été plus radicaux, appelant la semaine dernière à interdire la programmation du film aussi bien en Egypte que dans les pays musulmans. La projection du film au Koweït ainsi qu’aux Emirats est encore sujet au doute.

Sérénité officielle

Quant à Adel Imam, fort du soutien des organisations chrétiennes et certaines entités musulmanes en Egypte, ainsi que de ses amis cinéastes, il a nié aux critiques l’intention de provoquer les groupes religieux musulmans en incarnant le rôle d’un prêtre. Pourtant, son message est clair : « Musulmans et chrétiens se partagent la citoyenneté dans leur patrie et la même destinée et sont appelés de ce fait à s’unir pour améliorer et protéger leur futur commun, explique-t-il tout en exprimant sa grande surprise de cette vague de critiques. Et d’ajouter : « Je suis habitué à me trouver du jour au lendemain sujet à des critiques aussi violentes et parfois fanatiques, comme dans le cas de mes rôles épineux dans des films tels que Al-Irhabi (le terroriste) ou Toyour Al-Zalam (chauves-souris de l’obscurité). Mais cette fois, être accusé d’apostasie pour avoir interprété un homme de religion chrétien me rend perplexe et ahuri ». Il émet, toutefois, une mise en garde contre la manipulation d’une telle conjoncture au profit de ceux qui veulent nuire à l’image de l’islam et des Arabes.

En fait, cette controverse a plutôt profité à la propagande du film. Mais, loin du niveau artistique du film, Hassan et Morcos peut marquer une nouvelle phase dans les relations entre Al-Azhar et l’Eglise copte vis-à-vis des œuvres cinématographiques. Ils s’accordent à prévenir contre « la controverse entourant le film qui pourrait être préjudiciable aux relations religieuses respectueuses entre les institutions ainsi qu’entre les concitoyens », selon la déclaration de Dr Gharib Chama, l’un des oulémas d’Al-Azhar. Une attitude, pour le moins, fort louable.

Yasser Moheb

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Micro-trottoir

A la sortie de Hassan et Morcos, Al-Ahram Hebdo a demandé l’avis à certains spectateurs. Voici quelques réflexions à chaud.

 

Mariam Moustapha, 31 ans, employée à la société Vodafone.

« Fan de Adel Imam, je suis malheureusement déçue. Manque d’humour, et surtout une grosse impression de déjà-vu, en particulier la scène finale. Franchement, ce film ne restera pas gravé dans ma mémoire ».

 

Wagdi Doss, 49 ans, homme d’affaires et chef d’une entreprise.

« J’avais lu les critiques et du coup, j’ai été surpris finalement de voir un film sympa, au contenu toujours excellent. De quoi la critique fanatique pour Adel Imam me paraît préfabriquée. Par ailleurs, Omar Al-Chérif a vieilli. Et alors ? C’est la suite logique des choses. L’amusement est toujours au rendez-vous : interprétation de rêve, la relève est assurée, bravo Youssef Maati. Un bon divertissement en famille ! ».

 

Chérine Assem, 23 ans, en master presse et communication à Alexandrie.

« Une bonne dose d’interprétation bien sincère m’a permis de passer un bon moment, mais on est loin de la conviction, du niveau et de l’éclat des anciennes œuvres de Omar Al-Chérif et de Adel Imam ».

 

Tareq Safouat, 20 ans, étudiant en 2e année de droit à l’Université du Caire.

« Evidemment, j’ai été content de retrouver Omar Al-Chérif : son charisme, sa haute performance. Mention spéciale à Adel Imam. J’ai été heureux, on va dire les trois quarts du film, le reste c’était sans grande importance dramatique ni artistique ».

 




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