Al-Ahram Hebdo, Arts | L’un et l’autre
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 9 au 15 juillet, numéro 722

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Arts

Cinéma. La comédie politique Hassan et Morcos de Rami Imam présente deux individus différents qui s’entendent bien, sans pouvoir toutefois transformer leur entourage.

L’un et l’autre

D’emblée, le film s’annonce comme le plus attendu cet été, du fait de la présence de deux ténors du cinéma local et mondial, Adel Imam et Omar Al-Chérif. Cette conjoncture inhabituelle promettait donc d’offrir davantage d’espace à des découvertes. A travers le père Boulos (Adel Imam) et cheikh Mahmoud (Omar Al-Chérif) on s’attendait à ce que les difficultés propres à chacune de leurs communautés et les frictions qui les opposent soient mises en lumière dans leurs rapports réciproques, dont les échos devraient être relayés et développés. Au lieu de débattre de leur rapport lui-même pour en faire un moyen de transformation, le cinéaste insiste sur leur alignement sur les positions de l’Etat vis-à-vis de l’intégrisme qui menace sa sécurité et qu’il combat par tous les moyens. Dès lors, les deux protagnosites se trouvent eux-mêmes en situation d’incertitude, alors qu’ils possèdent les atouts d’une évolution ambitieuse plutôt que la poursuite de l’idée de survie.

Dès le départ, Boulos et Mahmoud ont une position claire et ferme contre le discours radicaliste de haine qui mobilise les fanatiques chrétiens et musulmans et met en péril la vie des citoyens. Cette énergie qu’ils portent aurait pu susciter leurs engagements et leurs emballements. Or, ils préférent recourir à la protection de l’Etat, qui s’accorde à les trouver formidables, juste bons pour intégrer la clandestinité sous de fausses idendités pour ne pas mourir. Ce principe d’incertitdue vis-à-vis de l’efficacité de l’Etat devrait être le principe qui organise et construit le récit. L’Etat caricaturé à l’extrême à travers un commandant de police chauve, Mokhtar (Ezzat Abou-Auf), qui n’a d’occupation que de traquer les terroristes et désamorcer les bombes qu’ils plantent, il n’y aura donc jamais d’autre utopie pour les citoyens. N’est-ce pas pour cela qu’il ne pourrait pas y avoir d’alternative, d’évolution pour les personnages?

Quelque chose d’essentiel se joue pourtant derrière les apparences de Boulos et Mahmoud. Le premier troquant son identité pour celle de Hassan, le musulman, et le second la sienne pour celle de Morcos, le chrétien, cette inversion dans l’ordre confessionnel pourrait les disposer à connaître et à mieux approcher les doléances et revendications des membres des communautés où ils s’intègrent, non entravés de racines et de références. C’est une manière de comprendre l’abus dont les adeptes de chaque communauté sont victimes, et qui est responsable de leur surchauffe. Car les présenter comme de mauvais individus prompts à se provoquer et se quereller sous l’effet de déclinaisons diverses et de discours religieux de haine et de rancœur ne sert que la parade de naïveté et de sentimentalisme.

Les protagonistes n’ont cependant d’autre but que de demeurer légers, pour continuer à vivre sous leurs fausses identités. Hassan, promu imam par les habitants du village où il se réfugie, n’écoute que les plaintes de niais en problèmes de couple ou mal d’enfants. Quant à Morcos, il se cache derrière l’image de l’âme en peine, étrangère parmi des individus d’une autre confession, pourtant sans ressentiment. Il y a comme une marche du raisonnement que le film rate et dérape. Ce sont pourtant des personnages qui intègrent des communautés où ils ne peuvent rester neutres, sans place ou tâche pour avancer et faire avancer.

Le film se rattrape cependant dans la camaraderie qu’il noue entre Hassan et Morcos, résignés à demeurer dans les limbes de l’oubli, annonçant une suite qui promet d’être apaisée. Leur morale tient en une formule comme il se doit : donnez-nous la paix. Une des grandes affaires du cinéaste Rami Imam est de défendre la force positive des affects positifs. L’épisode amoureux entre Fatma (Chery), fille de Morcos, et Emad (Mohamad Imam), fils de Hassan, assure la bonne circulation des affects. La qualité de ce film vient de l’alliance remarquable entre Hassan et Morcos, unis par le même sort, s’attirant et se repoussant en circuit fermé, qui permet d’éviter la simple violence du thème « violences confessionnelles ». Deux musiques s’entrecroisent, produisant de l’insécurité, ou un effet de cocasserie. Peu importe, la première chose, c’est l’attaque de la musique. En marge de la fratrie formidable entre les deux hommes, le discours du film aurait pu être plus convaincant s’ils avaient été donnés comme représentants des revendications de démocratie et de partage équitable des tâches et des responsabilités entre musulmans et chrétiens dans une volonté et un devoir de citoyenneté et non de puissance. Ainsi pourraient-ils transformer, voire sauver leur pays.

Amina Hassan

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.