Cinéma.
La comédie politique Hassan et Morcos de Rami Imam présente
deux individus différents qui s’entendent bien, sans pouvoir
toutefois transformer leur entourage.
L’un et l’autre
D’emblée,
le film s’annonce comme le plus attendu cet été, du fait de
la présence de deux ténors du cinéma local et mondial, Adel
Imam et Omar Al-Chérif. Cette conjoncture inhabituelle
promettait donc d’offrir davantage d’espace à des
découvertes. A travers le père Boulos (Adel Imam) et cheikh
Mahmoud (Omar Al-Chérif) on s’attendait à ce que les
difficultés propres à chacune de leurs communautés et les
frictions qui les opposent soient mises en lumière dans
leurs rapports réciproques, dont les échos devraient être
relayés et développés. Au lieu de débattre de leur rapport
lui-même pour en faire un moyen de transformation, le
cinéaste insiste sur leur alignement sur les positions de
l’Etat vis-à-vis de l’intégrisme qui menace sa sécurité et
qu’il combat par tous les moyens. Dès lors, les deux
protagnosites se trouvent eux-mêmes en situation
d’incertitude, alors qu’ils possèdent les atouts d’une
évolution ambitieuse plutôt que la poursuite de l’idée de
survie.
Dès le départ, Boulos et Mahmoud ont une position claire et
ferme contre le discours radicaliste de haine qui mobilise
les fanatiques chrétiens et musulmans et met en péril la vie
des citoyens. Cette énergie qu’ils portent aurait pu
susciter leurs engagements et leurs emballements. Or, ils
préférent recourir à la protection de l’Etat, qui s’accorde
à les trouver formidables, juste bons pour intégrer la
clandestinité sous de fausses idendités pour ne pas mourir.
Ce principe d’incertitdue vis-à-vis de l’efficacité de
l’Etat devrait être le principe qui organise et construit le
récit. L’Etat caricaturé à l’extrême à travers un commandant
de police chauve, Mokhtar (Ezzat Abou-Auf), qui n’a
d’occupation que de traquer les terroristes et désamorcer
les bombes qu’ils plantent, il n’y aura donc jamais d’autre
utopie pour les citoyens. N’est-ce pas pour cela qu’il ne
pourrait pas y avoir d’alternative, d’évolution pour les
personnages?
Quelque chose d’essentiel se joue pourtant derrière les
apparences de Boulos et Mahmoud. Le premier troquant son
identité pour celle de Hassan, le musulman, et le second la
sienne pour celle de Morcos, le chrétien, cette inversion
dans l’ordre confessionnel pourrait les disposer à connaître
et à mieux approcher les doléances et revendications des
membres des communautés où ils s’intègrent, non entravés de
racines et de références. C’est une manière de comprendre
l’abus dont les adeptes de chaque communauté sont victimes,
et qui est responsable de leur surchauffe. Car les présenter
comme de mauvais individus prompts à se provoquer et se
quereller sous l’effet de déclinaisons diverses et de
discours religieux de haine et de rancœur ne sert que la
parade de naïveté et de sentimentalisme.
Les protagonistes n’ont cependant d’autre but que de
demeurer légers, pour continuer à vivre sous leurs fausses
identités. Hassan, promu imam par les habitants du village
où il se réfugie, n’écoute que les plaintes de niais en
problèmes de couple ou mal d’enfants. Quant à Morcos, il se
cache derrière l’image de l’âme en peine, étrangère parmi
des individus d’une autre confession, pourtant sans
ressentiment. Il y a comme une marche du raisonnement que le
film rate et dérape. Ce sont pourtant des personnages qui
intègrent des communautés où ils ne peuvent rester neutres,
sans place ou tâche pour avancer et faire avancer.
Le film se rattrape cependant dans la camaraderie qu’il noue
entre Hassan et Morcos, résignés à demeurer dans les limbes
de l’oubli, annonçant une suite qui promet d’être apaisée.
Leur morale tient en une formule comme il se doit :
donnez-nous la paix. Une des grandes affaires du cinéaste
Rami Imam est de défendre la force positive des affects
positifs. L’épisode amoureux entre Fatma (Chery), fille de
Morcos, et Emad (Mohamad Imam), fils de Hassan, assure la
bonne circulation des affects. La qualité de ce film vient
de l’alliance remarquable entre Hassan et Morcos, unis par
le même sort, s’attirant et se repoussant en circuit fermé,
qui permet d’éviter la simple violence du thème « violences
confessionnelles ». Deux musiques s’entrecroisent,
produisant de l’insécurité, ou un effet de cocasserie. Peu
importe, la première chose, c’est l’attaque de la musique.
En marge de la fratrie formidable entre les deux hommes, le
discours du film aurait pu être plus convaincant s’ils
avaient été donnés comme représentants des revendications de
démocratie et de partage équitable des tâches et des
responsabilités entre musulmans et chrétiens dans une
volonté et un devoir de citoyenneté et non de puissance.
Ainsi pourraient-ils transformer, voire sauver leur pays.
Amina
Hassan