Zimbabwe .
Africains et Occidentaux divergent sur la position à prendre
vis-à-vis du régime de Robert Mugabe, dont la récente
réélection à la tête du pays a été largement contestée.
Le cas Mugabe divise
La
crise née de la présidentielle au Zimbabwe et de la
réélection contestée de Robert Mugabe a largement dépassé
les frontières, passant d’un bras de fer entre pouvoir et
opposition à un bras de fer entre le régime de Mugabe et la
communauté internationale. Lors du sommet africain la
semaine dernière à Charm Al-Cheikh, la situation au Zimbabwe
figurait en tête de liste de l’agenda des chefs d’Etat de
l’Union Africaine (UA). Il en était de même cette semaine au
sommet du G8 au Japon. Or, la position des uns et des autres
n’est pas la même. Alors que les Africains, qui prônent une
solution négociée, veulent à la fois ménager le président
Robert Mugabe et le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai,
les Occidentaux, eux, se veulent beaucoup plus radicaux
vis-à-vis du régime de M. Mugabe.
Ainsi, le président de la Tanzanie, Jakaya Kikwete, dont le
pays exerce la présidence de l’UA, a rappelé lundi en marge
du sommet du G8 le souhait de l’UA de voir la crise au
Zimbabwe se résoudre par la mise en place d’un gouvernement
d’union nationale. « Nous pensons qu’aucun parti ne peut
gouverner seul au Zimbabwe, et par conséquent, les
protagonistes doivent travailler ensemble dans un
gouvernement, et regarder ensemble l’avenir de leur pays »,
a-t-il déclaré. M. Kikwete s’exprimait à l’issue d’une
rencontre entre les dirigeants de sept pays africains
(Afrique du Sud, Algérie, Ethiopie, Ghana, Nigeria, Sénégal,
Tanzanie, plus l’Union africaine) et ceux du G8 (Etats-Unis,
Canada, Russie, Japon, France, Grande-Bretagne, Italie,
Allemagne) à Toyako (nord du Japon). Le président tanzanien
a déclaré « comprendre les inquiétudes » américaines et a
assuré que « le seul domaine sur lequel nous pouvons
diverger, c’est sur la manière d’aller de l’avant » pour
résoudre la crise zimbabwéenne.
En revanche, les pays occidentaux, avec à leur tête les
Etats-Unis, sont partisans d’une ligne dure contre le régime
du président Robert Mugabe. Le président américain, George
Bush, s’est déclaré « extrêmement déçu » par l’élection «
truquée » au Zimbabwe par laquelle M. Mugabe entend se
maintenir au pouvoir. Il s’agit là d’une position largement
partagée par les pays occidentaux désireux de le voir
abandonner la scène politique.
En effet, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, qui a
qualifié le deuxième tour des présidentielle d’« illégitime
», a appelé lundi dans un entretien à l’AFP le retour « des
règles démocratiques, de l’Etat de droit, de la paix et de
la stabilité » au Zimbabwe, exigeant des « partis politiques
au Zimbabwe qu’ils travaillent à un accord permettant le
véritable retour » de ces règles. Allant dans le même sens,
les dirigeants du G8 ont dit vouloir adresser « un message
fort » à M. Mugabe, a indiqué un haut fonctionnaire
japonais. Le premier ministre japonais Yasuo Fukuda s’est
entretenu lundi en tête à tête avec son homologue
britannique Gordon Brown, peu avant l’ouverture du sommet du
G8. « Au cours de la rencontre, le premier ministre Brown a
dit qu’il était important d’adresser un message fort pour
assurer la démocratie au Zimbabwe », a rapporté le haut
fonctionnaire japonais sous le couvert de l’anonymat. M.
Fukuda a répondu qu’il partageait son opinion, affirmant
qu’il était même nécessaire d’« envisager des mesures »
contre le régime de Harare.
Aussi, au moment même où se tenait la rencontre des
dirigeants du G8, Londres a dépêché son chef de la
diplomatie, David Miliband, en Afrique du Sud pour des
entretiens consacrés à la crise zimbabwéenne, le président
sud-africain Thabo Mbeki, étant le médiateur de l’Afrique
australe au Zimbabwe. A son arrivée, M. Miliband a déclaré
que « le régime de Mugabe n’est pas une représentation
légitime de la volonté du peuple du Zimbabwe ». « Il est
impératif que le gouvernement qui sera formé respecte les
résultats (des élections) du 29 mars au Zimbabwe (…) et que
soit établi un gouvernement de transition tel que l’a
souhaité une partie de la population (...) et reflétant les
résultats des élections du 29 mars », a-t-il dit. Le
secrétaire au Foreign Office faisait référence au premier
tour des présidentielles, au cours duquel le chef du
Mouvement pour le changement démocratique (MDC) Morgan
Tsvangirai était arrivé en tête.
Pas de base pour un dialogue
Or, côté africain, la position n’est pas aussi ferme. Le
président sud-africain, accusé de soutenir le régime de
Mugabe, propose un plan qui maintient Robert Mugabe comme
président et accorde le poste de premier ministre au chef de
l’opposition Morgan Tsvangirai, a rapporté le Guardian
lundi. Thabo Mbeki s’est vu reprocher, dans son pays et à
l’étranger, une approche diplomatique conciliante de la
crise. En effet, cette position « conciliante » a été claire
lors de sa visite à Harare, la première depuis la réélection
de M. Mugabe. M. Mbeki a rencontré samedi le président
réélu, mais le chef de l’opposition, Morgan Tsvangirai, qui
s’est retiré de la course électorale à quelques jours du
second tour, a refusé de s’entretenir avec lui. M.
Tsvangirai rejette en outre l’idée d’un gouvernement d’unité
nationale et demande la mise en place d’une autorité de
transition qui rédigerait une nouvelle Constitution avant
l’organisation de nouvelles élections. Quant à la
proposition du médiateur sud-africain, elle consiste, selon
le Guardian, à maintenir M. Mugabe en fonction jusqu’à ce
qu’une nouvelle Constitution soit négociée et que de
nouvelles élections soient organisées. Selon le journal, ces
informations émanent d’une source du Mouvement pour le
changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai. Selon cette
source, le plan de M. Mbeki propose la reconnaissance du
premier tour des élections de mars remportées par M.
Tsvangirai.
La situation reste donc bien complexe, aussi bien à
l’intérieur qu’à l’extérieur. Si les deux camps se sont dit
prêts au dialogue mais ne sont pas d’accord sur la base des
discussions : le président Mugabe a déclaré qu’il
n’engagerait le dialogue qu’à la condition que sa réélection
soit reconnue. Le MDC de Morgan Tsvangirai y est totalement
opposé. « Le plus important est que (le plan) reconnaît le
résultat de l’élection du 29 mars dernier et tout
gouvernement sera une transition vers de nouvelles élections
», a ajouté la source, selon le quotidien britannique.
Des positions diamétralement opposées donc entre M. Mugabe
et son opposant ; un tollé international à l’encontre du
régime de Harare ; et pourtant, à 84 ans et au pouvoir
depuis 28 ans, Robert Mugabe, ne semble pas près de fléchir.
Pour seule réponse au mécontentement de la communauté
internationale, le régime zimbabwéen, par la voix du
ministre de la Justice, Patrick Chinamasa, a prié lundi
l’Occident de cesser de se mêler des affaires du pays.
Quelques jours auparavant, le porte-parole de Robert Mugabe
avait déclaré que les Occidentaux pouvaient « aller se faire
pendre » dans leur bras de fer avec Harare.
Abir
Taleb