Al-Ahram Hebdo, Afrique | Le cas Mugabe divise
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 Semaine du 9 au 15 juillet, numéro 722

 

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Afrique

Zimbabwe . Africains et Occidentaux divergent sur la position à prendre vis-à-vis du régime de Robert Mugabe, dont la récente réélection à la tête du pays a été largement contestée.

Le cas Mugabe divise 

La crise née de la présidentielle au Zimbabwe et de la réélection contestée de Robert Mugabe a largement dépassé les frontières, passant d’un bras de fer entre pouvoir et opposition à un bras de fer entre le régime de Mugabe et la communauté internationale. Lors du sommet africain la semaine dernière à Charm Al-Cheikh, la situation au Zimbabwe figurait en tête de liste de l’agenda des chefs d’Etat de l’Union Africaine (UA). Il en était de même cette semaine au sommet du G8 au Japon. Or, la position des uns et des autres n’est pas la même. Alors que les Africains, qui prônent une solution négociée, veulent à la fois ménager le président Robert Mugabe et le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai, les Occidentaux, eux, se veulent beaucoup plus radicaux vis-à-vis du régime de M. Mugabe.

Ainsi, le président de la Tanzanie, Jakaya Kikwete, dont le pays exerce la présidence de l’UA, a rappelé lundi en marge du sommet du G8 le souhait de l’UA de voir la crise au Zimbabwe se résoudre par la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. « Nous pensons qu’aucun parti ne peut gouverner seul au Zimbabwe, et par conséquent, les protagonistes doivent travailler ensemble dans un gouvernement, et regarder ensemble l’avenir de leur pays », a-t-il déclaré. M. Kikwete s’exprimait à l’issue d’une rencontre entre les dirigeants de sept pays africains (Afrique du Sud, Algérie, Ethiopie, Ghana, Nigeria, Sénégal, Tanzanie, plus l’Union africaine) et ceux du G8 (Etats-Unis, Canada, Russie, Japon, France, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne) à Toyako (nord du Japon). Le président tanzanien a déclaré « comprendre les inquiétudes » américaines et a assuré que « le seul domaine sur lequel nous pouvons diverger, c’est sur la manière d’aller de l’avant » pour résoudre la crise zimbabwéenne.

En revanche, les pays occidentaux, avec à leur tête les Etats-Unis, sont partisans d’une ligne dure contre le régime du président Robert Mugabe. Le président américain, George Bush, s’est déclaré « extrêmement déçu » par l’élection « truquée » au Zimbabwe par laquelle M. Mugabe entend se maintenir au pouvoir. Il s’agit là d’une position largement partagée par les pays occidentaux désireux de le voir abandonner la scène politique.

En effet, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, qui a qualifié le deuxième tour des présidentielle d’« illégitime », a appelé lundi dans un entretien à l’AFP le retour « des règles démocratiques, de l’Etat de droit, de la paix et de la stabilité » au Zimbabwe, exigeant des « partis politiques au Zimbabwe qu’ils travaillent à un accord permettant le véritable retour » de ces règles. Allant dans le même sens, les dirigeants du G8 ont dit vouloir adresser « un message fort » à M. Mugabe, a indiqué un haut fonctionnaire japonais. Le premier ministre japonais Yasuo Fukuda s’est entretenu lundi en tête à tête avec son homologue britannique Gordon Brown, peu avant l’ouverture du sommet du G8. « Au cours de la rencontre, le premier ministre Brown a dit qu’il était important d’adresser un message fort pour assurer la démocratie au Zimbabwe », a rapporté le haut fonctionnaire japonais sous le couvert de l’anonymat. M. Fukuda a répondu qu’il partageait son opinion, affirmant qu’il était même nécessaire d’« envisager des mesures » contre le régime de Harare.

Aussi, au moment même où se tenait la rencontre des dirigeants du G8, Londres a dépêché son chef de la diplomatie, David Miliband, en Afrique du Sud pour des entretiens consacrés à la crise zimbabwéenne, le président sud-africain Thabo Mbeki, étant le médiateur de l’Afrique australe au Zimbabwe. A son arrivée, M. Miliband a déclaré que « le régime de Mugabe n’est pas une représentation légitime de la volonté du peuple du Zimbabwe ». « Il est impératif que le gouvernement qui sera formé respecte les résultats (des élections) du 29 mars au Zimbabwe (…) et que soit établi un gouvernement de transition tel que l’a souhaité une partie de la population (...) et reflétant les résultats des élections du 29 mars », a-t-il dit. Le secrétaire au Foreign Office faisait référence au premier tour des présidentielles, au cours duquel le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) Morgan Tsvangirai était arrivé en tête.

 

Pas de base pour un dialogue

Or, côté africain, la position n’est pas aussi ferme. Le président sud-africain, accusé de soutenir le régime de Mugabe, propose un plan qui maintient Robert Mugabe comme président et accorde le poste de premier ministre au chef de l’opposition Morgan Tsvangirai, a rapporté le Guardian lundi. Thabo Mbeki s’est vu reprocher, dans son pays et à l’étranger, une approche diplomatique conciliante de la crise. En effet, cette position « conciliante » a été claire lors de sa visite à Harare, la première depuis la réélection de M. Mugabe. M. Mbeki a rencontré samedi le président réélu, mais le chef de l’opposition, Morgan Tsvangirai, qui s’est retiré de la course électorale à quelques jours du second tour, a refusé de s’entretenir avec lui. M. Tsvangirai rejette en outre l’idée d’un gouvernement d’unité nationale et demande la mise en place d’une autorité de transition qui rédigerait une nouvelle Constitution avant l’organisation de nouvelles élections. Quant à la proposition du médiateur sud-africain, elle consiste, selon le Guardian, à maintenir M. Mugabe en fonction jusqu’à ce qu’une nouvelle Constitution soit négociée et que de nouvelles élections soient organisées. Selon le journal, ces informations émanent d’une source du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai. Selon cette source, le plan de M. Mbeki propose la reconnaissance du premier tour des élections de mars remportées par M. Tsvangirai.

La situation reste donc bien complexe, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Si les deux camps se sont dit prêts au dialogue mais ne sont pas d’accord sur la base des discussions : le président Mugabe a déclaré qu’il n’engagerait le dialogue qu’à la condition que sa réélection soit reconnue. Le MDC de Morgan Tsvangirai y est totalement opposé. « Le plus important est que (le plan) reconnaît le résultat de l’élection du 29 mars dernier et tout gouvernement sera une transition vers de nouvelles élections », a ajouté la source, selon le quotidien britannique.

Des positions diamétralement opposées donc entre M. Mugabe et son opposant ; un tollé international à l’encontre du régime de Harare ; et pourtant, à 84 ans et au pouvoir depuis 28 ans, Robert Mugabe, ne semble pas près de fléchir. Pour seule réponse au mécontentement de la communauté internationale, le régime zimbabwéen, par la voix du ministre de la Justice, Patrick Chinamasa, a prié lundi l’Occident de cesser de se mêler des affaires du pays. Quelques jours auparavant, le porte-parole de Robert Mugabe avait déclaré que les Occidentaux pouvaient « aller se faire pendre » dans leur bras de fer avec Harare.

Abir Taleb

 




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