Al-Ahram Hebdo, Voyages | De Ras Mohamad à Sainte-Catherine
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Voyages

Lire. Des fonds marins aux oasis de montagne, en passant par de surprenants vestiges pharaoniques, Alberto Siliotti ne néglige aucun de ces trésors. Un guide agréable à lire avec ses 350 photos et cartes, et utile à condition de sauter la partie « histoire contemporaine ».

De Ras Mohamad à Sainte-Catherine

C’est sur une description de la formation géologique du Sinaï et de son histoire pharaonique que s’ouvre cet ouvrage de Siliotti, journaliste spécialisé en égyptologie, et auteur de plusieurs guides de l’Egypte ancienne. Dans les premières pages introductives, il donne également quelques repères au lecteur sur les lieux évoqués dans la Bible, comme le Mont Moïse, où Moïse aurait reçu les Dix commandements. Dans ce rapide tour d’horizon introductif, on trouve une présentation des « indigènes » du Sinaï, avec une carte indiquant la répartition des tribus bédouines, ainsi qu’un court exposé sur « l’histoire contemporaine » de la péninsule. L’auteur résume cette « histoire contemporaine » aux accords de Camp David en 1979, dont la présentation, qui se veut neutre, est non seulement tronquée et biaisée, mais ouvertement partiale. Ainsi, Siliotti n’hésite pas à regretter la situation « inéquitable » faite aux navires israéliens par Nasser qui leur refusait le passage du Canal de Suez, et utilise une carte indiquant le Golfe de Aqaba par son nom israélien, « Gulf of Eilat », erreur que l’éditeur n’a pas semblé bon de rectifier.

Qu’à cela ne tienne. Emboîtons le pas à Siliotti, qui entame son périple par le Nord-Sinaï, peu prisé par l’industrie du tourisme occidental, de Port Fouad à Al-Arich et Rafah, il s’arrête principalement sur les ruines pharaoniques de Tell Al-Farama/Peremum. Sur la côte ouest, tout le long du Golfe de Suez, de magnifiques photos nous font pénétrer dans l’intimité de petites oasis lovées dans le creux des wadi. A Abou-Zeneima, l’auteur nous entraîne sur les pistes menant au temple de Sarabit Al-Khadem, l’un des deux sites archéologiques les plus importants du Sinaï. A 850 m d’altitude, construit au milieu des mines de turquoise, ce temple pharaonique date de l’époque du Moyen-Empire, et il y reste des bas-reliefs à admirer. Tout au bout de la côte ouest du Sinaï, au sud de la péninsule, le guide s’arrête longuement sur le parc naturel de Ras Mohamad : faune, flore, différents accès, ainsi qu’itinéraires sous-marins. De l’observatoire des requins à l’épave du Thistlegoum (bateau anglais coulé par les Allemands en 1941), en passant par les formations coralliennes les plus étonnantes, Siliotti conduit pas à pas le lecteur dans ces fonds sous-marins, relativement épargnés par les législations sur les parcs naturels, que ce soit à Ras Mohamad ou à Ras Abou-Galloum ainsi que dans d’autres baies sur la côte est du Sinaï, tout au long du Golfe de Aqaba.

Ce n’est pas le cas à Charm Al-Cheikh, ville balnéaire devenue la plaque tournante du tourisme sous-marin. Si Siliotti s’applique à faire une description détaillée du site de la ville, des différentes baies autour desquelles elle s’organise, avec cartes à l’appui, il ne s’arrête pas sur sa réalité sociopolitique. Ceux qui auraient aimé en savoir plus, même de manière succincte, sur les activités économiques de Charm Al-Cheikh, son organisation urbaine, entre l’habitat des travailleurs saïdis et les hôtels cinq étoiles, ou encore sur les conséquences écologiques de l’industrie du tourisme, resteront sur leur faim. Siliotti clôt son livre par la traditionnelle balade dans la région de Sainte-Catherine, accompagnée d’une visite détaillée du monastère. Si ce guide permettra aux novices du Sinaï de découvrir une nature magnifique, et aux anciens de se familiariser avec de nouvelles pistes de randonnées ou de plongée sous-marine, il laissera cependant un goût de trop peu à ceux qui ne se satisfont pas d’une simple description des paysages et des monuments, aussi fouillée et minutieuse soit-elle.

Dina Heshmat

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