Lire.
Des fonds marins aux oasis de montagne, en passant par de
surprenants vestiges pharaoniques, Alberto
Siliotti ne néglige aucun de ces
trésors. Un guide agréable à lire avec ses 350 photos et
cartes, et utile à condition de sauter la partie « histoire
contemporaine ».
De Ras Mohamad à Sainte-Catherine
C’est
sur une description de la formation géologique du Sinaï et
de son histoire pharaonique que s’ouvre cet ouvrage de
Siliotti, journaliste spécialisé
en égyptologie, et auteur de plusieurs guides de l’Egypte
ancienne. Dans les premières pages introductives, il donne
également quelques repères au lecteur sur les lieux évoqués
dans la Bible, comme le Mont Moïse, où Moïse aurait reçu les
Dix commandements. Dans ce rapide tour d’horizon
introductif, on trouve une présentation des « indigènes » du
Sinaï, avec une carte indiquant la répartition des tribus
bédouines, ainsi qu’un court exposé sur « l’histoire
contemporaine » de la péninsule. L’auteur résume cette «
histoire contemporaine » aux accords de Camp David en 1979,
dont la présentation, qui se veut neutre, est non seulement
tronquée et biaisée, mais ouvertement partiale. Ainsi,
Siliotti n’hésite pas à
regretter la situation « inéquitable » faite aux navires
israéliens par Nasser qui leur refusait le passage du Canal
de Suez, et utilise une carte indiquant le Golfe de Aqaba
par son nom israélien, « Gulf of Eilat », erreur que
l’éditeur n’a pas semblé bon de rectifier.
Qu’à cela ne tienne. Emboîtons le pas à
Siliotti, qui entame son périple par le Nord-Sinaï,
peu prisé par l’industrie du tourisme occidental, de Port
Fouad à Al-Arich et Rafah, il
s’arrête principalement sur les ruines pharaoniques de Tell
Al-Farama/Peremum.
Sur la côte ouest, tout le long du Golfe de Suez, de
magnifiques photos nous font pénétrer dans l’intimité de
petites oasis lovées dans le creux des
wadi. A Abou-Zeneima,
l’auteur nous entraîne sur les pistes menant au temple de
Sarabit Al-Khadem,
l’un des deux sites archéologiques les plus importants du
Sinaï. A 850 m d’altitude, construit au milieu des mines de
turquoise, ce temple pharaonique date de l’époque du
Moyen-Empire, et il y reste des bas-reliefs à admirer. Tout
au bout de la côte ouest du Sinaï, au sud de la péninsule,
le guide s’arrête longuement sur le parc naturel de Ras
Mohamad : faune, flore, différents accès, ainsi
qu’itinéraires sous-marins. De l’observatoire des requins à
l’épave du Thistlegoum (bateau
anglais coulé par les Allemands en 1941), en passant par les
formations coralliennes les plus étonnantes,
Siliotti conduit pas à pas le
lecteur dans ces fonds sous-marins, relativement épargnés
par les législations sur les parcs naturels, que ce soit à
Ras Mohamad ou à Ras Abou-Galloum
ainsi que dans d’autres baies sur la côte est du Sinaï, tout
au long du Golfe de Aqaba.
Ce n’est pas le cas à Charm
Al-Cheikh, ville balnéaire devenue la plaque tournante du
tourisme sous-marin. Si Siliotti
s’applique à faire une description détaillée du site de la
ville, des différentes baies autour desquelles elle
s’organise, avec cartes à l’appui, il ne s’arrête pas sur sa
réalité sociopolitique. Ceux qui auraient aimé en savoir
plus, même de manière succincte, sur les activités
économiques de Charm Al-Cheikh,
son organisation urbaine, entre l’habitat des travailleurs
saïdis et les hôtels cinq
étoiles, ou encore sur les conséquences écologiques de
l’industrie du tourisme, resteront sur leur faim.
Siliotti clôt son livre par la
traditionnelle balade dans la région de Sainte-Catherine,
accompagnée d’une visite détaillée du monastère. Si ce guide
permettra aux novices du Sinaï de découvrir une nature
magnifique, et aux anciens de se familiariser avec de
nouvelles pistes de randonnées ou de plongée sous-marine, il
laissera cependant un goût de trop peu à ceux qui ne se
satisfont pas d’une simple description des paysages et des
monuments, aussi fouillée et minutieuse soit-elle.
Dina
Heshmat