Polémique.
Quels critères pour enregistrer des édifices sur la liste du
patrimoine national ? Un débat vient de surgir suite au
refus du CSA d’inscrire 27 monuments historiques du Fayoum.
Sous le signe du flou artistique
Le
Conseil Suprême des Antiquités (CSA) vient de refuser
l’enregistrement de 27 constructions de valeur historique et
architecturale sur la liste du patrimoine égyptien. Les
bâtiments de la Banque nationale, l’Ordre des avocats, la
deuxième résidence de la princesse Fawziya, le palais de
Wissa Wassef pacha, le célèbre hôtel Auberge du Fayoum, et
bien d’autres édifices de valeur, de propriété privée
et publique, bâtis tous lors de la première moitié du XXe
siècle, figurent sur la liste refusée du CSA. Une affaire
qui a fait écho dans le milieu des intéressés qui veillent à
préserver le patrimoine égyptien de valeur esthétique et
historique. « Le non classement de ces bâtiments ne signifie
pas qu’ils sont sans valeur historique et que toute
défiguration de leur style est permise. Au contraire, ils
devraient être préservés autant que les monuments
pharaoniques, coptes et islamiques », explique Samarat
Hafez, chef du département de classification des monuments
au CSA. En fait, le refus de classer ces bâtiments est
principalement dû à ce que le CSA s’est désintéressé de la
question. « Malheureusement, le département des palais et
des bâtiments historiques du CSA a été gelé en mai 2000. Ses
prérogatives sont passées aux mains des gouverneurs qui
agissent chacun selon son propre gré », explique Mohamad Al-Chechtaoui,
vice-président du département des monuments coptes et
islamiques. « Chaque bâtiment nécessite au moins une somme
de 50 millions de L.E. pour être restauré et réhabilité.
D’où peut-on trouver les moyens financiers pour assumer un
tel projet ? », s’interroge Samarat Hafez. « Le gouvernorat
du Fayoum a demandé l’avis du CSA du point de vue technique
seulement », souligne Al-Chechtaoui. Selon lui, l’avis du
CSA est indispensable de peur que l’édifice en question ne
soit historique. Quoique ces bâtiments ne portent pas
d’éléments architecturaux et décoratifs hors norme, leur
importance provient surtout des événements historiques et du
mode de vie de toute une époque à jamais révolue. Les
bâtiments de valeur, d’après la définition de la charte
internationale de l’ICOMOS que l’Egypte a signée, ce sont
ceux qui font une partie intégrante de la personnalité
architecturale de la ville. « Avec le patrimoine
architectural et intangible, ils constituent un ensemble
architectural de grande valeur, permettant de lire
l’identité particulière de chaque ville et de son évolution,
d’où le besoin de les préserver », explique l’architecte
Ahmad Sedqi, spécialiste du domaine de préservation urbaine.
D’après la liste du CSA, il existe environ 7 000 bâtiments
de valeur dans la capitale et un nombre semblable d’édifices
dispersés au long de la vallée du Nil. Ce qui fait quelque
14 000 bâtiments de valeur méritant l’attention. Les deux
responsables du CSA se sont mis d’accord sur le fait que la
législation concernant la préservation de ce genre de
patrimoine souffre de lacunes. « Après le gel du département
des palais et des bâtiments historiques, il n’existe aucun
organisme chargé de veiller à ces biens », estime Samarat
Hafez. Al-Chechtaoui, quant à lui, insiste sur le fait que
la loi n°117 de l’année 1981 ne s’applique qu’aux monuments
classés uniquement. « La sauvegarde de toute autre forme de
patrimoine est quasi inexistante pour cette loi ». Cette
lacune législative, à laquelle s’ajoute l’absence de tout
organisme responsable de veiller sur ce domaine, donne libre
cours à la volonté individuelle des propriétaires d’agir
chacun selon son propre gré. « Ce constat donne à la ville
l’image d’une architecture dégradée. Il ne permet pas
d’apprécier la qualité spatiale des maisons ni la qualité de
certains espaces urbains. L’esthétique est désormais une
norme quasi absente. Et c’est toute une identité
particulière d’une ville qui sombre dans le chaos », conclut
l’architecte Ahmad Sedqi.
Nada
Al-Hagrassi