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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Polémique. Quels critères pour enregistrer des édifices sur la liste du patrimoine national ? Un débat vient de surgir suite au refus du CSA d’inscrire 27 monuments historiques du Fayoum.

Sous le signe du flou artistique

Le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) vient de refuser l’enregistrement de 27 constructions de valeur historique et architecturale sur la liste du patrimoine égyptien. Les bâtiments de la Banque nationale, l’Ordre des avocats, la deuxième résidence de la princesse Fawziya, le palais de Wissa Wassef pacha, le célèbre hôtel Auberge du Fayoum, et bien d’autres édifices de valeur,  de propriété privée et publique, bâtis tous lors de la première moitié du XXe siècle, figurent sur la liste refusée du CSA. Une affaire qui a fait écho dans le milieu des intéressés qui veillent à préserver le patrimoine égyptien de valeur esthétique et historique. « Le non classement de ces bâtiments ne signifie pas qu’ils sont sans valeur historique et que toute défiguration de leur style est permise. Au contraire, ils devraient être préservés autant que les monuments pharaoniques, coptes et islamiques », explique Samarat Hafez, chef du département de classification des monuments au CSA. En fait, le refus de classer ces bâtiments est principalement dû à ce que le CSA s’est désintéressé de la question. « Malheureusement, le département des palais et des bâtiments historiques du CSA a été gelé en mai 2000. Ses prérogatives sont passées aux mains des gouverneurs qui agissent chacun selon son propre gré », explique Mohamad Al-Chechtaoui, vice-président du département des monuments coptes et islamiques. « Chaque bâtiment nécessite au moins une somme de 50 millions de L.E. pour être restauré et réhabilité. D’où peut-on trouver les moyens financiers pour assumer un tel projet ? », s’interroge Samarat Hafez. « Le gouvernorat du Fayoum a demandé l’avis du CSA du point de vue technique seulement », souligne Al-Chechtaoui. Selon lui, l’avis du CSA est indispensable de peur que l’édifice en question ne soit historique. Quoique ces bâtiments ne portent pas d’éléments architecturaux et décoratifs hors norme, leur importance provient surtout des événements historiques et du mode de vie de toute une époque à jamais révolue. Les bâtiments de valeur, d’après la définition de la charte internationale de l’ICOMOS que l’Egypte a signée, ce sont ceux qui font une partie intégrante de la personnalité architecturale de la ville. « Avec le patrimoine architectural et intangible, ils constituent un ensemble architectural de grande valeur, permettant de lire l’identité particulière de chaque ville et de son évolution, d’où le besoin de les préserver », explique l’architecte Ahmad Sedqi, spécialiste du domaine de préservation urbaine.

D’après la liste du CSA, il existe environ 7 000 bâtiments de valeur dans la capitale et un nombre semblable d’édifices dispersés au long de la vallée du Nil. Ce qui fait quelque 14 000 bâtiments de valeur méritant l’attention. Les deux responsables du CSA se sont mis d’accord sur le fait que la législation concernant la préservation de ce genre de patrimoine souffre de lacunes. « Après le gel du département des palais et des bâtiments historiques, il n’existe aucun organisme chargé de veiller à ces biens », estime Samarat Hafez. Al-Chechtaoui, quant à lui, insiste sur le fait que la loi n°117 de l’année 1981 ne s’applique qu’aux monuments classés uniquement. « La sauvegarde de toute autre forme de patrimoine est quasi inexistante pour cette loi ». Cette lacune législative, à laquelle s’ajoute l’absence de tout organisme responsable de veiller sur ce domaine, donne libre cours à la volonté individuelle des propriétaires d’agir chacun selon son propre gré. « Ce constat donne à la ville l’image d’une architecture dégradée. Il ne permet pas d’apprécier la qualité spatiale des maisons ni la qualité de certains espaces urbains. L’esthétique est désormais une norme quasi absente. Et c’est toute une identité particulière d’une ville qui sombre dans le chaos », conclut l’architecte Ahmad Sedqi.

Nada Al-Hagrassi

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